
Réunis du 6 au 8 avril 2026 à l’occasion de leur deuxième conclave, les membres fondateurs du mouvement « Sauvons la RDC » ont vivement critiqué la gouvernance actuelle en République démocratique du Congo. Sous la présidence de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila Kabange, les participants ont publié un communiqué final dans lequel ils accusent le régime en place, dirigé par le président Félix Tshisekedi, d’avoir engagé le pays dans une « dérive dictatoriale ».
Selon plusieurs médias congolais, dont Radio Okapi et Actualité.cd, ce conclave s’inscrit dans un contexte de tensions politiques croissantes autour de la gouvernance et des débats sur une éventuelle réforme constitutionnelle.
Dans ce document, les signataires dressent un tableau sombre de la situation politique nationale, évoquant une répression accrue de l’opposition, une restriction des libertés fondamentales et un climat politique jugé hostile à toute voix dissidente. Selon eux, les mécanismes démocratiques seraient progressivement affaiblis, au profit d’une concentration du pouvoir exécutif.
Une critique sévère de la gouvernance actuelle
Les membres du mouvement « Sauvons la RDC » dénoncent ce qu’ils qualifient de « musellement systématique des voix critiques ». Ils estiment que les opposants politiques, les activistes et certains acteurs de la société civile font l’objet de pressions, d’intimidations, voire de poursuites judiciaires motivées politiquement.
Le communiqué insiste également sur le « refus de tout dialogue crédible » avec les forces politiques et sociales du pays. Pour les signataires, cette absence de concertation nationale fragilise davantage la cohésion sociale et compromet les perspectives de stabilité politique à moyen et long terme.
Dans leur déclaration, ils appellent à un retour aux principes démocratiques fondamentaux, notamment le respect des libertés publiques, l’indépendance de la justice et l’organisation d’un dialogue inclusif entre les différentes parties prenantes de la vie nationale.
Inquiétudes face à la situation sécuritaire
Au-delà des questions politiques, le conclave a également abordé la situation sécuritaire dans plusieurs régions du pays. Les membres du mouvement dénoncent des « bombardements de zones habitées », qu’ils jugent préoccupants pour la protection des populations civiles.
Ils évoquent en particulier les violences persistantes dans l’Est de la RDC, notamment en Ituri et au Nord-Kivu, où les attaques attribuées aux Forces démocratiques alliées continuent de faire des victimes parmi les civils. Les signataires parlent de « massacres récurrents » et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une incapacité de l’État à assurer la sécurité des populations.
Ils pointent également du doigt la situation dans le Grand Bandundu, où les violences attribuées aux milices Mobondo ont provoqué des déplacements massifs de populations et une crise humanitaire persistante. Le mouvement accuse les autorités de « négligence » et d’« abandon » face à la détresse des populations affectées.
Selon des rapports d’organisations internationales, des centaines de civils ont été tués dans ces zones au cours des derniers mois, notamment lors d’attaques attribuées aux Forces démocratiques alliées.
Des réserves sur la politique étrangère
Sur le plan diplomatique, « Sauvons la RDC » exprime de vives inquiétudes concernant certains accords récents conclus entre la RDC et les États-Unis. Les signataires citent notamment un accord sanitaire ainsi qu’un autre relatif à l’accueil de migrants refoulés du territoire américain.
Selon eux, ces accords seraient « contraires aux intérêts nationaux » et pourraient compromettre la souveraineté du pays. Ils appellent à une plus grande transparence dans la conclusion de partenariats internationaux et à une implication accrue des institutions nationales dans les processus décisionnels liés à la السياسة étrangère.
Cette prise de position intervient dans un contexte où la diplomatie congolaise cherche à renforcer ses relations avec plusieurs partenaires internationaux, notamment dans les domaines de la sécurité, de la santé et du développement économique.
Opposition ferme à toute révision constitutionnelle
L’un des points centraux du communiqué reste le rejet catégorique de toute tentative de révision de la Constitution. Les membres du mouvement estiment que le débat sur une éventuelle modification de la loi fondamentale constitue une menace pour l’ordre démocratique.
Ils affirment que la Constitution actuelle représente un socle essentiel pour la stabilité institutionnelle du pays et que toute tentative de révision pourrait ouvrir la voie à des dérives autoritaires. Le mouvement appelle ainsi à son respect strict et à la préservation des principes qu’elle consacre, notamment la limitation des mandats présidentiels.
Cette position fait écho aux débats qui animent la classe politique congolaise depuis plusieurs mois, certains acteurs évoquant la nécessité d’adapter la Constitution aux réalités actuelles, tandis que d’autres y voient un risque de remise en cause des acquis démocratiques.
Une stratégie politique en construction
Le conclave de « Sauvons la RDC » s’inscrit dans une dynamique de structuration de ce mouvement, qui semble vouloir s’imposer comme une force politique majeure sur la scène nationale. En réunissant ses membres fondateurs autour de Joseph Kabila Kabange, le mouvement affiche clairement ses ambitions et sa volonté de peser dans le débat public.
Cependant, cette prise de position suscite également des réactions contrastées. Certains observateurs estiment qu’elle reflète une inquiétude réelle face à certaines évolutions politiques, tandis que d’autres y voient une stratégie de repositionnement politique de l’ancien régime.
Du côté du pouvoir en place, aucune réaction officielle n’avait encore été enregistrée au moment de la publication du communiqué. Néanmoins, des proches du gouvernement rejettent généralement ce type d’accusations, affirmant que les institutions fonctionnent normalement et que les libertés fondamentales sont respectées.
Pour rappel, les relations entre Joseph Kabila Kabange et Félix Tshisekedi ont évolué d’une coalition politique après les élections de 2018 à une rupture marquée en 2020, donnant lieu à une recomposition du paysage politique congolais.
Un climat politique sous tension
Cette sortie médiatique du mouvement « Sauvons la RDC » intervient dans un contexte politique marqué par des tensions croissantes entre la majorité au pouvoir et certains acteurs de l’opposition. À l’approche des prochaines échéances électorales, les positions se radicalisent et les discours se durcissent.
Les analystes politiques estiment que ce type de déclaration pourrait contribuer à polariser davantage le débat public, mais aussi à mobiliser certaines franges de la population autour des enjeux démocratiques.
Dans ce climat, plusieurs voix appellent à l’apaisement et au dialogue, afin d’éviter une escalade des tensions et de préserver la stabilité du pays.
Cette prise de position pourrait annoncer une montée en puissance du mouvement « Sauvons la RDC » sur la scène politique, notamment à l’approche des prochaines échéances électorales.
Le conclave du mouvement « Sauvons la RDC » marque une étape importante dans l’expression des critiques à l’égard du pouvoir en place en République démocratique du Congo. En dénonçant une « dérive dictatoriale », en s’opposant à toute révision constitutionnelle et en pointant les défis sécuritaires et diplomatiques, les signataires posent les bases d’un discours politique structuré.
Reste à savoir quel impact cette prise de position aura sur la scène politique nationale, et si elle ouvrira la voie à un dialogue constructif ou à une intensification des tensions dans les mois à venir.
Dans un contexte marqué par des tensions politiques persistantes et des défis sécuritaires majeurs, la question du dialogue national reste plus que jamais au cœur des attentes des Congolais.
Esaïe Vumi Objectif DK TV