
Une scène de violence extrême a plongé la commune de Makala dans la stupeur ce jeudi, après qu’un militaire des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), en mission d’escorte, a mortellement agressé un motocycliste et grièvement blessé un second à l’arme blanche, précisément à coups de baïonnette. L’incident, survenu sur la route Elengesa, a immédiatement provoqué des tensions et des mouvements de colère parmi la population locale.
Un drame brutal en pleine circulation
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les faits se sont déroulés en pleine journée sur cet axe routier très fréquenté reliant plusieurs quartiers de la commune de Makala. Le militaire, affecté à une mission d’escorte, aurait engagé une altercation avec des conducteurs de motos-taxis, communément appelés « wewa ».
La situation a rapidement dégénéré. Dans un accès de violence, le militaire a sorti sa baïonnette et s’en est pris aux motocyclistes. L’un d’eux a succombé sur le champ à ses blessures, tandis qu’un second a été grièvement atteint.
Le blessé a été transporté en urgence à l’hôpital de Kimbuta, situé dans la commune voisine de Ngiri-Ngiri, où il a été admis pour des soins intensifs.
Une population sous le choc
À la suite de cet acte, la colère a gagné les habitants de Makala. Plusieurs témoins parlent d’une scène « insoutenable », dénonçant un usage disproportionné de la force par un agent censé assurer la sécurité.
Des jeunes du quartier ont tenté de manifester leur indignation, érigeant des barricades de fortune sur la route Elengesa. Pendant plusieurs heures, la circulation a été perturbée, obligeant certains conducteurs à emprunter des voies secondaires.
« Ce n’est pas la première fois que nous assistons à ce genre de bavure. Trop c’est trop », a déclaré un habitant sous couvert d’anonymat.
Un climat d’insécurité préoccupant
La commune de Makala, située dans le sud de la ville de Kinshasa, est régulièrement confrontée à des problèmes d’insécurité et de tensions entre civils et forces de l’ordre. Makala est connue pour sa forte densité de population et ses difficultés socio-économiques, facteurs qui contribuent souvent à des situations de friction avec les autorités.
Ce nouvel incident vient s’ajouter à une série de violences impliquant des éléments armés. En mars 2026, un autre cas avait été signalé dans la même commune, où une passagère avait été grièvement blessée à la tête par un militaire utilisant également une baïonnette lors d’une opération de régulation de la circulation.
Ces événements récurrents alimentent un sentiment d’insécurité grandissant parmi les habitants.
Des précédents inquiétants
Ce drame n’est malheureusement pas isolé. Ces dernières années, plusieurs cas de violences impliquant des militaires contre des civils ont été documentés dans la capitale congolaise.
En décembre 2025, un motocycliste avait été abattu par balle par un militaire sur le boulevard Lumumba, à la suite d’un différend lié à l’incivisme routier.
Ces incidents traduisent une tension persistante entre certains éléments des forces de sécurité et la population civile, particulièrement dans le contexte de la régulation du trafic routier, souvent chaotique à Kinshasa.
Les autorités appelées à réagir
Face à cette nouvelle bavure, plusieurs voix s’élèvent pour exiger l’ouverture d’une enquête et des sanctions exemplaires contre l’auteur des faits.
Des organisations de la société civile appellent les autorités militaires à renforcer la discipline au sein des troupes, notamment celles déployées dans des missions d’escorte ou de maintien de l’ordre.
« Il est urgent de restaurer la confiance entre les forces de sécurité et la population. Cela passe par la justice », a déclaré un acteur associatif local.
Jusqu’à présent, aucune communication officielle n’a été faite par les FARDC concernant cet incident.
Une problématique structurelle
Au-delà de ce cas précis, cet événement relance le débat sur la gestion des forces armées en milieu urbain. De nombreux experts estiment que les militaires ne devraient pas être directement impliqués dans des missions de régulation de la circulation ou de maintien de l’ordre civil, domaines traditionnellement réservés à la police.
Le manque de formation adaptée, combiné à des conditions de travail difficiles, pourrait expliquer en partie ces dérapages. Toutefois, cela ne saurait justifier l’usage de la violence contre des civils non armés.
La question de la justice et de l’impunité
La répétition de ces actes soulève également la question de l’impunité. Dans plusieurs cas similaires, les auteurs présumés n’ont pas été poursuivis ou les procédures judiciaires n’ont pas abouti.
Pour de nombreux observateurs, seule une justice ferme et transparente permettra de dissuader de tels comportements à l’avenir.
Une population en attente de mesures concrètes
En attendant, les habitants de Makala restent sous le choc et redoutent de nouveaux incidents. Certains appellent à une présence accrue de la police pour sécuriser la zone et éviter que la situation ne dégénère davantage.
D’autres exigent une réforme profonde du système de sécurité urbaine à Kinshasa, afin de mieux encadrer les interventions des forces armées.
Le drame survenu ce jeudi 16 avril 2026 sur la route Elengesa met une nouvelle fois en lumière les dérives observées dans l’usage de la force par certains éléments des FARDC. Au-delà de l’émotion suscitée par la mort d’un motocycliste et les blessures graves infligées à un autre, cet incident interpelle sur la nécessité urgente de réformer les pratiques sécuritaires en milieu urbain.
Sans une réponse ferme des autorités, ces violences risquent de se multiplier, aggravant davantage le climat de méfiance entre la population et les forces de défense.
Esaïe Vumi Objectif DK TV