RDC : Martin Fayulu dénonce un “acte de sabotage” après l’arrivée de migrants refoulés des États-Unis et évoque un projet d’accueil d’Afghans

La question de l’accueil de migrants en République démocratique du Congo (RDC) continue de susciter de vives tensions politiques. Dans une déclaration rendue publique cette semaine, l’opposant congolais Martin Fayulu a vivement critiqué la gestion par le gouvernement du dossier des migrants refoulés des États-Unis, allant jusqu’à évoquer un « acte de sabotage » si des ressortissants afghans venaient à être accueillis sur le territoire national.

Une polémique née de l’arrivée de migrants à Kinshasa

L’origine de la controverse remonte à l’arrivée, le 17 avril 2026, d’un premier groupe de 15 migrants expulsés des États-Unis, accueillis à Kinshasa dans un cadre présenté comme « temporaire » par les autorités congolaises.

Selon le gouvernement, ces personnes sont des ressortissants de pays tiers, notamment d’Amérique latine, et leur présence en RDC s’inscrit dans un accord de coopération migratoire avec les États-Unis. La Première ministre Judith Suminwa a insisté sur le caractère transitoire et humanitaire de cet accueil, affirmant qu’il s’agit d’une solution provisoire en attendant leur réinstallation dans d’autres pays.

Elle a également précisé que les frais liés à leur séjour sont pris en charge par les autorités américaines, présentant cette initiative comme un « service » rendu par la RDC à son partenaire américain.

Fayulu hausse le ton et met en garde

Dans ce contexte déjà sensible, Martin Fayulu a réagi avec fermeté. Dans sa déclaration, il affirme :

« Après le tollé suscité par l’arrivée des 15 premiers migrants refoulés des États-Unis, si Monsieur Félix Tshisekedi a réellement accepté d’accueillir en RDC des migrants afghans, il faut le dire clairement : cela s’apparente à un acte de sabotage contre notre pays. »

Par ces propos, l’opposant s’attaque directement au président Félix Tshisekedi, dénonçant ce qu’il considère comme une politique opaque et potentiellement dangereuse pour la souveraineté nationale.

Des rumeurs autour d’un transfert d’Afghans

La sortie de Fayulu intervient alors que plusieurs informations relayées dans la presse évoquent un projet d’acheminement vers la RDC de plus de 1 000 migrants afghans, anciens alliés des États-Unis.

Certaines organisations et observateurs parlent d’un mécanisme qui s’apparenterait davantage à une externalisation de la gestion migratoire américaine qu’à une véritable politique humanitaire. D’ailleurs, une ONG citée dans la presse estime que l’envoi d’Afghans vers la RDC relèverait d’un « plan de refus » plutôt que d’un programme de réinstallation durable.

Ces révélations, bien que non officiellement confirmées par le gouvernement congolais, ont amplifié les inquiétudes au sein de l’opinion publique et de la classe politique.

Une opinion publique divisée

À Kinshasa comme dans d’autres grandes villes du pays, la question divise profondément. D’un côté, certains voient dans cette initiative un acte de solidarité internationale et une opportunité diplomatique pour renforcer les relations avec Washington.

De l’autre, une partie de la population et de l’opposition redoute les conséquences sociales, économiques et sécuritaires d’un tel accueil, surtout dans un contexte national déjà marqué par des défis importants, notamment dans l’Est du pays.

Selon plusieurs sources médiatiques congolaises, la RDC fait face à d’importants défis socio-économiques, avec des millions de personnes en situation de vulnérabilité, ce qui alimente les inquiétudes quant à sa capacité à accueillir de nouveaux migrants.

Les critiques portent notamment sur :

le manque de transparence autour des accords conclus avec les États-Unis,

l’absence de débat parlementaire approfondi,

et les priorités nationales jugées urgentes, notamment en matière de sécurité et de développement.

Un dossier désormais politique

Au-delà de la dimension humanitaire, le dossier des migrants est devenu un enjeu politique majeur. Plusieurs initiatives parlementaires ont déjà été annoncées pour exiger des explications du gouvernement, preuve que la question dépasse désormais le simple cadre administratif.

Pour Martin Fayulu, cette affaire s’inscrit dans une critique plus large de la gouvernance actuelle. Leader de la coalition Lamuka et figure majeure de l’opposition congolaise, il continue de contester les orientations politiques du pouvoir en place, notamment sur les questions de souveraineté et de gestion des ressources nationales.

Du côté du gouvernement dirigé par Félix Tshisekedi, aucune confirmation officielle n’a été faite concernant un éventuel accueil de migrants afghans. Les autorités insistent plutôt sur le caractère strictement temporaire de l’accueil des migrants déjà présents à Kinshasa.

Le gouvernement tente de rassurer

Face à la montée des critiques, les autorités congolaises maintiennent leur position : l’accueil des migrants est strictement temporaire, encadré par des normes internationales et ne constitue en aucun cas une installation permanente.

Le gouvernement insiste également sur le fait que la RDC ne supporte pas financièrement cette opération et qu’elle agit dans un cadre de coopération internationale.

Une affaire appelée à évoluer

À ce stade, plusieurs zones d’ombre persistent, notamment sur la réalité d’un éventuel transfert de migrants afghans vers la RDC. En l’absence de communication officielle claire sur ce point, les déclarations de Martin Fayulu contribuent à maintenir la pression sur le pouvoir.

Cette affaire pourrait continuer à alimenter le débat politique dans les semaines à venir, surtout si de nouveaux arrivants sont signalés ou si des accords supplémentaires avec les États-Unis venaient à être confirmés.

Cette situation s’inscrit dans une tendance mondiale où certains pays occidentaux externalisent la gestion des flux migratoires vers des États partenaires, une pratique souvent critiquée par des organisations de défense des droits humains.

L’arrivée des migrants refoulés des États-Unis en RDC, initialement présentée comme une opération humanitaire temporaire, s’est rapidement transformée en une controverse politique majeure. Entre accusations de « sabotage » lancées par l’opposition et tentatives de rassurer du gouvernement, le dossier révèle des tensions profondes autour de la souveraineté, de la transparence et du rôle de la RDC sur la scène internationale.

Dans un contexte déjà fragilisé par des enjeux sécuritaires et économiques, la gestion de cette question migratoire pourrait bien devenir un test politique important pour le pouvoir de Félix Tshisekedi.

Plus qu’une simple polémique, cette affaire met en lumière les enjeux de souveraineté, de diplomatie et de gestion humanitaire auxquels la RDC est confrontée, dans un contexte où chaque décision gouvernementale est désormais scrutée de près par l’opinion publique.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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