RDC : Delly Sesanga dénonce un “coup d’État constitutionnel” autour d’une proposition de loi sur le référendum

En République démocratique du Congo, le climat politique connaît une nouvelle montée de tension après les déclarations fermes de l’opposant Delly Sesanga, qui accuse le Parlement de préparer une dérive grave contre la démocratie. Dans un message largement relayé dans l’opinion publique, le député national a dénoncé ce qu’il qualifie de « marche noire contre la démocratie », visant selon lui à contourner la Constitution en vue d’un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.

Une sortie médiatique alarmante

Dans sa déclaration rendue publique le 30 avril 2026, Delly Sesanga affirme que « le plan d’exécution de notre démocratie et de la liquidation de nos institutions est en marche ». Il cible particulièrement une proposition de loi sur le référendum initiée par l’honorable Gaspard Ngondankoy, qu’il considère comme un instrument politique dangereux.

Selon lui, ce texte introduirait une voie parallèle de révision constitutionnelle, en dehors des mécanismes prévus par la loi fondamentale. Une telle initiative, soutient-il, pourrait ouvrir la porte à une modification des règles du jeu démocratique sans consensus national, ce qui constituerait une rupture avec l’ordre constitutionnel établi.

Le cœur du débat : la révision constitutionnelle

Au centre de la controverse se trouve la question sensible de la révision de la Constitution congolaise. Dans le système actuel, toute modification de la Constitution est strictement encadrée par des procédures précises impliquant le Parlement et, dans certains cas, un référendum populaire.

Pour Delly Sesanga, la proposition de loi évoquée introduirait des « notions floues » et un « champ extensible » permettant d’interpréter de manière large les conditions d’organisation d’un référendum. Il redoute que cette flexibilité juridique soit exploitée pour modifier des dispositions verrouillées, notamment celles relatives à la limitation du nombre de mandats présidentiels.

Cette crainte n’est pas isolée dans l’histoire politique africaine, où plusieurs tentatives de révision constitutionnelle ont suscité des controverses similaires, souvent liées à la prolongation du pouvoir exécutif.

Une accusation de “coup d’État constitutionnel”

Le terme employé par Delly Sesanga est particulièrement fort : « coup d’État constitutionnel ». Par cette expression, il désigne une stratégie consistant à utiliser les institutions légales pour en détourner l’esprit, afin de modifier les règles démocratiques au profit du pouvoir en place.

Selon lui, la dynamique actuelle viserait à instaurer une « constituante Union sacrée », en référence à la plateforme politique majoritaire soutenant le président Tshisekedi. Cette constituante serait, d’après ses propos, « taillée sur mesure » pour permettre une réforme institutionnelle favorable au régime.

Cette accusation intervient dans un contexte où une partie de l’opposition congolaise dénonce déjà une « régression démocratique », notamment sur les questions de gouvernance, de libertés publiques et d’équilibre des pouvoirs.

Un appel à la mobilisation des démocrates

Face à ce qu’il considère comme une menace imminente, Delly Sesanga appelle à une mobilisation générale : « J’appelle tous les démocrates à l’union pour protéger l’État de droit et l’ordre constitutionnel ». Il insiste sur le fait que « la démocratie ne se négocie pas » mais qu’elle « se défend ».

Cet appel vise non seulement les acteurs politiques, mais aussi la société civile, les organisations citoyennes et l’ensemble des institutions attachées à la préservation de la Constitution.

Dans l’histoire récente de la RDC, les mobilisations citoyennes ont déjà joué un rôle déterminant, notamment lors des débats sur la révision constitutionnelle sous le régime précédent.

Le silence des autorités et la nécessité de clarifications

À ce stade, aucune réaction officielle détaillée n’a été largement relayée pour répondre directement aux accusations de Delly Sesanga concernant cette proposition de loi. Toutefois, dans des situations similaires, les autorités congolaises ont souvent justifié les réformes institutionnelles par la nécessité d’adapter les textes aux réalités politiques et sociales du pays.

La question reste donc ouverte : s’agit-il d’une réforme technique visant à encadrer le recours au référendum, ou d’une manœuvre politique aux implications plus profondes ?

Un contexte politique fragile

La sortie de Delly Sesanga intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, les relations entre le pouvoir et une partie de l’opposition sont marquées par une méfiance persistante.

Ancien ministre du Plan et député national depuis 2006, Delly Sesanga s’est progressivement imposé comme une figure critique du pouvoir en place, dénonçant régulièrement ce qu’il considère comme des dérives autoritaires.

En 2023, il avait été candidat à l’élection présidentielle avant de se désister en faveur de Moïse Katumbi, illustrant les recompositions constantes au sein de l’opposition congolaise.

Les enjeux pour la démocratie congolaise

Au-delà des déclarations politiques, cette controverse met en lumière un enjeu fondamental : la stabilité des institutions démocratiques en RDC. La Constitution actuelle, adoptée en 2006, est souvent perçue comme un pilier de l’équilibre politique du pays, notamment en ce qui concerne la limitation des mandats présidentiels.

Toute tentative de modification de ces dispositions sensibles suscite généralement de vives réactions, tant au niveau national qu’international.

Pour de nombreux observateurs, la crédibilité du processus démocratique en RDC dépendra de la transparence des réformes institutionnelles et du respect des règles établies.

Vers une nouvelle crise politique ?

Si les inquiétudes exprimées par Delly Sesanga trouvent un écho au sein de l’opinion ou de la classe politique, la RDC pourrait entrer dans une nouvelle phase de tensions politiques. À l’inverse, une clarification rapide du contenu et des objectifs de la proposition de loi pourrait contribuer à apaiser le débat.

En attendant, cette déclaration marque une nouvelle étape dans le bras de fer entre pouvoir et opposition, autour d’une question centrale : l’avenir de la démocratie congolaise.

La dénonciation par Delly Sesanga d’un supposé « coup d’État constitutionnel » relance le débat sur les limites du pouvoir et la protection de la Constitution en RDC. Entre inquiétudes légitimes et enjeux politiques, la situation appelle à une vigilance accrue de tous les acteurs afin de préserver l’État de droit.

L’évolution de ce dossier dans les prochaines semaines sera déterminante pour mesurer l’ampleur réelle des risques évoqués et l’orientation future du paysage politique congolais.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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