Kinshasa : « Pitié ! » Le cardinal Fridolin Ambongo dénonce l’état de la route Mokali à Kimbanseke

L’archevêque métropolitain de Kinshasa, Fridolin Ambongo Besungu, a vivement critiqué l’état de la route Mokali dans la commune de Kimbanseke, à l’occasion d’une visite pastorale marquée par un contexte sécuritaire préoccupant. Son cri du cœur – « Pitié, pitié ! Et dire que nous sommes à Kinshasa » – illustre l’exaspération face à la dégradation des infrastructures dans la capitale congolaise.

Une visite sous tension après une attaque nocturne

Le cardinal s’est rendu à la paroisse Saint-Théophile, située dans la commune de Kimbanseke, pour soutenir des prêtres victimes d’une attaque armée survenue dans la nuit du jeudi 30 avril au vendredi 1er mai 2026. Selon plusieurs sources médiatiques concordantes, un groupe d’hommes armés a pris d’assaut la résidence des prêtres, détruisant une partie du mur d’enceinte avant de saccager les lieux et d’emporter divers biens.

Le bilan fait état d’un prêtre grièvement blessé, sans perte en vies humaines.  Cette attaque s’inscrit dans une série d’actes d’insécurité visant des lieux religieux à Kinshasa, une situation qui suscite une inquiétude croissante au sein de la population.

« Pitié ! » : le cri face à l’état des routes

C’est en se rendant sur place que le cardinal Ambongo a été frappé par l’état de la route Mokali, axe important desservant plusieurs quartiers de Kimbanseke. Visiblement choqué, il a lancé un appel poignant :

« Je viens de Limete et, pour arriver ici, je suis passé par Mokali… pitié, pitié ! Et dire que nous sommes à Kinshasa. C’est vraiment déplorable. »

Cette déclaration, largement relayée, met en lumière la dégradation avancée des infrastructures routières dans certaines zones périphériques de la capitale. La route Mokali, connue pour ses difficultés d’accès, surtout en saison des pluies, symbolise pour beaucoup l’abandon de certains quartiers par les politiques publiques.

Une dénonciation plus large de la gouvernance

Au-delà de l’état des routes, le cardinal a élargi son propos à la situation générale du pays. Lors de son intervention, il a qualifié l’attaque de Kimbanseke de symptôme d’un malaise profond :

« C’est le sous-produit de la médiocrité de notre société, le sous-produit de la mauvaise gouvernance de notre pays. »

Il a également évoqué une « faillite sociale » et un « échec de l’État », pointant du doigt l’incapacité des autorités à garantir la sécurité des citoyens et de leurs biens.

Ces propos s’inscrivent dans une ligne constante du prélat, connu pour ses prises de position critiques sur la gouvernance en République démocratique du Congo et son plaidoyer en faveur de la paix et de la justice sociale.

L’insécurité à Kinshasa, une préoccupation persistante

L’attaque de la paroisse Saint-Théophile relance le débat sur la montée de l’insécurité dans la capitale congolaise. Ces derniers mois, plusieurs quartiers ont été le théâtre d’actes de banditisme, souvent attribués à des groupes organisés ou à des jeunes délinquants communément appelés « kuluna ».

Les lieux de culte, autrefois considérés comme des espaces sûrs, ne sont plus épargnés. Cette évolution inquiète particulièrement les communautés religieuses, qui jouent un rôle social majeur dans l’encadrement des populations.

Pour de nombreux observateurs, cette situation est liée à des facteurs multiples : chômage des jeunes, urbanisation rapide, insuffisance des forces de sécurité et dégradation des conditions de vie.

Kimbanseke, symbole des défis urbains

Avec une population en forte croissance, la commune de Kimbanseke est souvent citée parmi les zones les plus vulnérables de Kinshasa. Le manque d’infrastructures de base – routes, éclairage public, systèmes de drainage – accentue les difficultés quotidiennes des habitants.

La route Mokali, évoquée par le cardinal, est un exemple frappant de ces défis. Axe stratégique reliant plusieurs quartiers, elle est régulièrement impraticable, entravant la mobilité, les activités économiques et même l’accès aux services essentiels comme les soins de santé.

Des études sur la mobilité urbaine à Kinshasa soulignent d’ailleurs que la capitale souffre d’un déficit important en infrastructures routières, aggravé par un manque de financement et de planification à long terme.

Réactions et attentes de la population

Les propos du cardinal Ambongo ont rapidement suscité des réactions au sein de la population et sur les réseaux sociaux. Beaucoup de Kinois se sont reconnus dans son indignation, dénonçant eux aussi l’état des routes et l’insécurité grandissante.

Certains y voient un appel à l’action adressé aux autorités, tandis que d’autres saluent le courage d’une figure religieuse qui ose exprimer publiquement les frustrations de la population.

Un appel à la responsabilité collective

Malgré la fermeté de ses critiques, le cardinal a également invité à une réflexion collective. Il a exhorté les fidèles à s’interroger sur les causes profondes de la violence et à œuvrer pour un changement de mentalité.

Pour lui, la solution ne peut venir uniquement des autorités, mais doit impliquer l’ensemble de la société, dans un effort commun pour restaurer les valeurs et renforcer la cohésion sociale.

La visite du cardinal Fridolin Ambongo Besungu à Kimbanseke aura été marquée par un double constat alarmant : la persistance de l’insécurité et la dégradation des infrastructures urbaines. Son cri « Pitié ! » résonne comme un symbole du ras-le-bol d’une population confrontée à des conditions de vie difficiles.

Au-delà de l’émotion, cette sortie médiatique relance le débat sur la gouvernance, l’aménagement urbain et la sécurité à Kinshasa. Elle pose une question essentielle : jusqu’à quand ces réalités continueront-elles à être tolérées sans réponses concrètes ?

Esaïe Vumi objectif DK TV

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