Kinshasa : L’Hôtel de Ville lance une vaste opération de démolition le long de la rivière Bitshaku-Tshaku

Ce vendredi 22 août , l’Hôtel de Ville de Kinshasa a donné le coup d’envoi d’une opération de grande envergure visant à démolir les constructions anarchiques et les habitations de fortune érigées le long de la rivière Bitshaku-Tshaku, notamment au niveau de la Bralima, dans la commune de Barumbu. Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre du plan d’assainissement et de libération des emprises publiques, devrait s’étendre sur plusieurs tronçons de la rivière dans les jours à venir .

La décision de procéder à ces démolitions trouve son origine dans la volonté des autorités provinciales de lutter contre les inondations récurrentes qui frappent la capitale congolaise. Depuis plusieurs années, les constructions illégales le long des cours d’eau sont pointées du doigt comme l’une des principales causes des catastrophes naturelles qui endeuillent régulièrement Kinshasa .

Selon les services techniques de la mairie, les habitations édifiées sans autorisation sur les berges de la Bitshaku-Tshaku ont considérablement rétréci le lit de la rivière, entravant l’écoulement naturel des eaux. Cette situation critique a été confirmée par une étude du ministère des Infrastructures, qui a constaté que le lit majeur de la rivière, essentiel lors des fortes pluies, avait été complètement envahi par des constructions .

« Les constructions anarchiques observées le long des rivières sont à la base des inondations tant décriées à Kinshasa. Ces constructions illégales empêchent tout entretien et le lit de la rivière est littéralement pris en otage, réduisant sa capacité d’écoulement de 64 à 24 mètres dans certains endroits » .

Pour comprendre l’urgence de cette opération, il convient de rappeler le lourd bilan humain et matériel des inondations qui ont frappé la capitale congolaise ces dernières années. Entre 2010 et 2022, plus de 300 décès et 15 000 ménages sans abri ont été recensés suite à des inondations violentes . La catastrophe la plus meurtrière remonte aux 13 et 14 décembre 2022, lorsqu’une inondation a fait 200 morts, détruit 450 maisons et provoqué des glissements de terrain .

Plus récemment, en avril 2025, des pluies torrentielles ont provoqué une crue sans précédent de la rivière N’djili, causant 75 morts et des dégâts matériels considérables dans plusieurs communes de la capitale. Cette tragédie a notamment submergé le pont sur la rivière N’djili, paralysant la circulation pendant trois jours et coupant l’accès à l’aéroport international de N’djili .

Ces catastrophes ont mis en lumière l’impact dévastateur de l’urbanisation sauvage et de l’occupation anarchique des zones riveraines sur les risques d’inondation. Les experts ont souligné que la réduction du lit des rivières, passant de 64 à 24 mètres pour la N’djili, est en grande partie due aux empiètements humains .

Cette opération de démolition n’est pas une décision soudaine. Elle fait suite à plusieurs annonces des autorités provinciales et nationales. Dès avril 2025, le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Crispin Mbadu, avait préconisé la démolition des constructions anarchiques suite aux inondations meurtrières . Le gouvernement provincial de Kinshasa, dirigé par le gouverneur Daniel Bumba, avait également affecté 40 % du budget de la ville à l’assainissement et à l’urbanisme en début d’année .

Le ministre provincial des Infrastructures et Travaux publics, Alain Tshilungu, avait supervisé des opérations similaires à Ngaliema en mai 2025, déclarant : « Vous condamnez l’État en disant qu’il n’agit pas. Maintenant on veut agir. Ce que nous faisons ce n’est pas une démolition méchante, c’est plutôt une récupération de l’emprise publique de l’État » .

Malgré la nécessité évidente de cette opération pour la sécurité des populations, elle soulève des défis sociaux considérables. Les zones à démolir sont souvent habitées par des populations à faible revenu, qui n’ont pas d’alternative de relogement . Les témoignages recueillis lors d’opérations antérieures illustrent la détresse des familles touchées.

À Ngaliema, en mai 2025, Passy, une mère de famille, implorait les autorités : « Les autorités, ayez pitié de nous, pourquoi nous traiter de la sorte ? » tandis qu’Augustin Masudi, père de six enfants, se désolait : « Il ne nous reste plus grand-chose, tout est pillé. Les autorités devraient nous accorder une ou deux semaines de préavis » .

Certains propriétaires affirment avoir construit sur des parcelles « enregistrées en bonne et due forme » auprès des services de l’État, soulignant la problématique des permis de construire frauduleux, souvent délivrés dans un contexte de corruption endémique .

Au-delà des aspects sociaux, la réussite de cette opération dépend de plusieurs facteurs techniques. La cartographie précise des zones à évacuer est essentielle pour éviter d’affecter inutilement les populations . La démolition et la construction d’infrastructures de protection nécessitent d’importants financements, que ce soit via des fonds publics ou des partenariats avec des bailleurs de fonds internationaux .

Les experts environnementaux soulignent également que la destruction de la végétation au niveau des berges a joué un rôle crucial dans l’aggravation des inondations, car cette végétation absorbe naturellement les eaux et ralentit les courants destructeurs .

Pour que cette opération ne soit pas un simple épisode ponctuel, les autorités devront mettre en place une stratégie à long terme. Cela implique notamment le respect scrupuleux des plans d’urbanisme en vigueur, l’application stricte des lois urbanistiques et une communication transparente avec la population .

La mise en place d’un programme communal d’assainissement, avec une évaluation hebdomadaire, et la création de brigades d’assainissement pourraient également contribuer à prévenir de nouvelles occupations illégales .

L’opération de démolition lancée ce vendredi le long de la rivière Bitshaku-Tshaku marque une étape importante dans la lutte contre les inondations à Kinshasa. Elle témoigne de la volonté des autorités de reprendre le contrôle des emprises publiques et de protéger la population contre les catastrophes naturelles. Cependant, son succès à long terme dépendra de la capacité des autorités à trouver un équilibre délicat entre l’application de la loi, la protection des plus vulnérables et la mise en place d’infrastructures urbaines durables.

Alors que la pelleteuse s’active le long de la rivière, les regards se tournent désormais vers les prochaines étapes de ce vaste chantier d’assainissement, qui devra s’accompagner de mesures sociales pour accompagner les familles délogées et éviter qu’elles ne reconstruisent ailleurs, perpétuant ainsi le cycle infernal des constructions anarchiques.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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