Nous marchons sans savoir où aller » : le calvaire des déplacés de Masisi

Des milliers de familles fuient les affrontements entre l’AFC-M23 et les Wazalendo dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, tandis que la menace sanitaire liée à l’épidémie d’Ebola plane sur les populations déplacées déjà vulnérables.

Les affrontements entre les rebelles de l’AFC-M23 et les groupes armés Wazalendo se sont intensifiés depuis plusieurs jours dans le sud du territoire de Masisi, contraignant des milliers de familles à abandonner leurs foyers pour trouver refuge dans des zones relativement épargnées par les violences. Alors que la situation sécuritaire reste volatile, la société civile exprime de vives inquiétudes quant aux risques sanitaires auxquels sont confrontées les populations déplacées, notamment face à la résurgence d’Ebola, alors que les structures de santé locales sont à bout de souffle. Ce mouvement de population survient dans un contexte déjà marqué par une des pires épidémies de maladie à virus Ebola que la République démocratique du Congo ait connues, avec plus de 5 000 cas confirmés et près de 2 500 décès enregistrés dans six provinces du pays.

Le territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu, est le théâtre de violents combats depuis la fin du mois de juillet 2026. Les affrontements opposent les rebelles de l’AFC-M23, qui ont étendu leur emprise sur une grande partie du territoire, à une coalition de groupes armés locaux, les Wazalendo, qui tentent de freiner leur progression. Selon des sources locales, des villages entiers ont été vidés de leurs habitants, qui fuient à pied, en pirogue ou à bord de véhicules sommairement affrétés, dans l’espoir d’échapper aux bombardements et aux exactions.

« Les gens marchent des journées entières avec leurs enfants sur le dos, sans nourriture ni eau, pour rejoindre les zones que l’on pense plus sûres », témoigne un acteur humanitaire sous couvert d’anonymat. Les déplacés se dirigent principalement vers les localités de Sake, Minova et Goma, où les camps de fortune et les familles d’accueil affichent déjà une capacité d’accueil largement dépassée.

Cette crise humanitaire s’ajoute à un contexte sécuritaire déjà catastrophique. La province du Nord-Kivu est le théâtre d’une guerre larvée depuis plusieurs années, avec une multiplication des groupes armés et une présence croissante de l’AFC-M23. L’armée congolaise, dépassée par l’ampleur des combats, peine à endiguer l’avancée des rebelles, laissant les populations civiles seules face à l’insécurité.

Au-delà des risques immédiats liés aux combats, une menace sanitaire d’une ampleur considérable plane sur les populations déplacées. La province du Nord-Kivu est en effet l’une des zones les plus touchées par la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola en RDC. Selon le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, qui s’est exprimé lors d’un point de presse le 18 août 2026, le bilan de l’épidémie est alarmant : plus de 4 665 cas confirmés, 2 184 décès et un taux de létalité qui atteint 46,8 % .

La société civile du Nord-Kivu redoute que l’afflux massif de déplacés dans les zones déjà sous pression sanitaire ne provoque une explosion des cas de contamination. « Les déplacés vivent dans des conditions de promiscuité extrême, sans accès à l’eau potable ni à des infrastructures sanitaires minimales. C’est un terreau idéal pour la propagation du virus Ebola », alerte un représentant d’une organisation de la société civile. Les structures de santé, déjà exsangues, sont dans l’incapacité de faire face à ce nouveau défi.

Les centres de santé et les hôpitaux du Nord-Kivu sont confrontés à une double peine : faire face à l’afflux de blessés liés aux combats tout en gérant la prise en charge des patients atteints d’Ebola. « Les moyens manquent cruellement. Nous avons besoin de personnel, de médicaments, d’équipements de protection et de carburant pour les ambulances », déplore un médecin d’un centre de santé de Masisi.

La situation est d’autant plus préoccupante que le virus Ebola de souche Bundibugyo, qui sévit actuellement en RDC, se répand plus rapidement que le virus Zaïre . Bien que moins létal, il n’en reste pas moins mortel, et la promiscuité dans les camps de déplacés pourrait accélérer les chaînes de transmission.

Les autorités sanitaires ont mobilisé des vaccins, dont le vaccin ERVEBO, utilisé lors des précédentes épidémies, et des doses ont été acheminées à Kisangani pour vacciner le personnel de santé . Cependant, ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur de la crise. Le gouvernement a par ailleurs annoncé la mise en place d’un enseignement à distance pour 18 zones de santé à haut risque, dont certaines se trouvent au Nord-Kivu, afin de limiter les risques de contagion en milieu scolaire .

La rentrée scolaire, prévue pour le 1er septembre 2026, s’annonce particulièrement difficile dans les zones touchées par les combats et par Ebola. Le gouvernement a opté pour une approche « différenciée », avec un enseignement à distance dans les zones rouges où le risque sanitaire est élevé .

Dans ces zones, les élèves suivront les cours à domicile, grâce à des émissions éducatives diffusées par les radios locales et des supports pédagogiques imprimés qu’ils pourront récupérer à l’école toutes les deux semaines . Cette mesure, si elle est pragmatique, ne résout pas la question de l’accès à l’éducation pour les milliers d’enfants déplacés qui ont tout perdu.

Face à l’absence d’Internet et de télévision dans les zones rurales du Nord-Kivu, les radios communautaires jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation à la lutte contre Ebola et la diffusion des messages de prévention . Des radios comme Updeco FM de Kiwanja ou Alliance FM tentent de résister aux pressions politiques et sécuritaires, mais elles manquent cruellement de moyens.

« Depuis que nous vivons cette situation, nous n’avons plus de partenaires. Notre situation financière est catastrophique », regrette John Koraho, directeur de la radio Alliance FM . Selon le Réseau de plaidoyer des médias du Nord-Kivu et du Sud-Kivu (Replam), plus de 20 radios ont fermé depuis 2022 dans les zones sous contrôle de l’AFC-M23 . Ces fermetures privent les populations d’une source d’information vitale.

Face à l’ampleur de la crise, la société civile du Nord-Kivu lance un appel urgent à l’aide internationale. « Les populations déplacées ont besoin de nourriture, d’eau, d’abris et de soins de santé. La communauté internationale doit se mobiliser pour éviter une catastrophe humanitaire et sanitaire », insiste un responsable local.

La situation au Nord-Kivu est un véritable cocktail explosif : conflits armés, déplacements massifs de population, épidémie d’Ebola et effondrement des structures de santé. Sans une action rapide et coordonnée, des milliers de vies sont en danger. Les autorités congolaises, avec le soutien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des partenaires humanitaires, tentent de contenir la propagation du virus, mais les défis sont immenses .

L’exode des populations de Masisi est un nouveau drame dans une région meurtrie par des années de violence. La combinaison des risques sécuritaires et sanitaires expose les déplacés à une menace mortelle, et le manque de moyens des structures de santé locales laisse craindre le pire. L’urgence est à la protection des civils et à la mobilisation internationale pour éviter que cette crise ne tourne au désastre.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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