
Au terme de sa visite officielle à Bruxelles, le président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a tenu, ce samedi 11 octobre 2025, un échange franc et direct avec la diaspora congolaise vivant en Belgique. Devant un public venu nombreux, le chef de l’État a tenu à expliciter les contours et les motivations de sa récente “main tendue” au Rwanda, un geste diplomatique qui avait suscité de vives réactions au sein de l’opinion nationale congolaise.
Alors que les tensions restent vives entre Kinshasa et Kigali en raison du soutien présumé du Rwanda au mouvement rebelle M23, le président congolais a profité de son passage en Belgique pour réaffirmer sa vision de la paix dans la région des Grands Lacs. Une prise de parole très attendue par la diaspora, désireuse de comprendre les récentes initiatives diplomatiques de Kinshasa.
S’exprimant dans une salle comble, le président Tshisekedi a d’abord rappelé le contexte dans lequel il avait décidé d’adresser un message d’ouverture au Rwanda, malgré la persistance des tensions entre les deux pays.
« J’ai tendu la main à celui qui représente les forces qui agressent la République », a-t-il déclaré d’un ton ferme. Mais, a-t-il aussitôt précisé, ce geste n’était ni un signe de faiblesse ni une capitulation.
Selon lui, cette démarche diplomatique visait à “prendre à témoin le monde entier” et à démontrer que la RDC demeure un pays épris de paix, soucieux de trouver une issue politique au conflit qui déchire sa partie orientale.
« Notre peuple souffre, nos femmes sont violées, nos enfants déplacés… Si nous faisons un geste vers la paix, c’est pour que nul ne dise demain que nous n’avons rien tenté », a ajouté le président.
Dans son intervention, Félix Tshisekedi a dénoncé ce qu’il a qualifié de “campagne d’intoxication” menée sur la scène internationale pour faire passer la RDC — pourtant victime — pour un pays belliqueux.
« Certains essaient de nous présenter comme ceux qui refusent le dialogue, alors que nous sommes agressés sur notre propre sol. Je veux que le monde voie clairement qui veut la paix et qui veut la guerre », a martelé le chef de l’État.
Cette main tendue, selon lui, n’a pas pour but d’effacer les crimes commis dans l’Est du pays, mais de créer un cadre diplomatique où la vérité et la justice pourront enfin s’imposer. Tshisekedi a souligné que toute démarche vers la paix doit s’accompagner d’un respect mutuel entre États souverains.
Le mouvement du 23 mars (M23), majoritairement composé de Tutsis congolais, a repris les armes fin 2021 dans l’Est de la RDC. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir activement cette rébellion, ce que Kigali dément. Ce conflit a provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes et alimenté les tensions régionales. Malgré les médiations successives, la situation humanitaire et sécuritaire demeure préoccupante.
Le président congolais a tenu à rassurer ses compatriotes inquiets de voir Kinshasa adopter une posture jugée trop conciliante envers Kigali.
« La paix oui, mais pas à n’importe quel prix », a-t-il insisté, sous les applaudissements nourris de la salle.
Il a rappelé que la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la RDC ne sont pas négociables :
« Nous ne pouvons pas accepter que nos ressources soient pillées et que nos populations soient massacrées pendant que nous restons silencieux. Nous voulons la paix, mais une paix juste, une paix durable. »
Dans la même veine, Félix Tshisekedi a exhorté la diaspora congolaise à rester unie, vigilante et engagée dans la défense de la patrie.
« Vous, membres de la diaspora, êtes nos ambassadeurs naturels. Votre voix compte, surtout ici en Europe, là où se prennent souvent des décisions qui concernent notre pays », a-t-il lancé.
Le chef de l’État a encouragé les Congolais de Belgique à continuer de faire entendre la vérité sur l’agression que subit leur pays, tout en soutenant les efforts du gouvernement pour rétablir la paix à l’Est.
L’intervention du président a suscité des réactions diverses au sein du public. Si certains ont salué son courage et sa clarté, d’autres estiment que le moment choisi pour “tendre la main” au Rwanda reste politiquement délicat, surtout en pleine escalade militaire dans le Nord-Kivu et l’Ituri.
Néanmoins, la majorité des participants ont reconnu la pertinence du message présidentiel, qui vise à replacer la RDC dans une dynamique de dialogue sans renoncer à la défense de ses intérêts vitaux.
Le passage de Félix Tshisekedi à Bruxelles s’inscrit dans le cadre d’une série d’entretiens bilatéraux avec les autorités belges et européennes. Ce déplacement visait à renforcer la coopération entre Kinshasa et Bruxelles, notamment dans les domaines de la sécurité, du développement et de la gouvernance.
Selon la présidence congolaise, plusieurs rencontres stratégiques ont eu lieu, notamment avec des représentants du Parlement européen et de la diaspora, afin de mobiliser un soutien accru à la cause congolaise sur la scène internationale.
En clarifiant le sens de sa “main tendue” au Rwanda, Félix Tshisekedi a voulu montrer qu’il reste fidèle à une double exigence : celle de la paix et celle de la dignité nationale.
Son message à Bruxelles sonne comme un avertissement à Kigali, mais aussi comme une démonstration d’ouverture envers la communauté internationale : la RDC ne veut pas de la guerre, mais elle refuse toute paix imposée ou humiliante.
« Nous voulons vivre en paix avec nos voisins, construire une région stable et prospère, mais sur la base du respect mutuel et de la vérité », a conclu le président, sous un tonnerre d’applaudissements.
Ainsi, le séjour bruxellois du président Tshisekedi aura servi non seulement à réaffirmer la position de la RDC sur le plan diplomatique, mais aussi à renforcer la cohésion entre le chef de l’État et sa diaspora, unie autour d’un même idéal : une paix juste pour un Congo debout.
Pour Patrick M., membre de la diaspora congolaise à Bruxelles, « le président a raison de tendre la main, mais il faut que cette paix se fasse dans la dignité. On ne peut pas dialoguer pendant que nos frères meurent à Goma. »
De son côté, une militante associative estime que « Tshisekedi envoie un message fort à la communauté internationale : le Congo veut la paix, mais ne se laissera plus humilier ».
Reste à savoir si cette posture d’ouverture saura convaincre Kigali et relancer les efforts de paix régionale, dans un contexte où la patience du peuple congolais s’épuise face à l’insécurité persistante à l’Est.
Esaïe Vumi objectif DK TV