
Ce lundi matin, la salle des séances plénières de l’Assemblée provinciale de Kisangani était en effervescence. Des députés, dossiers sous le bras, échangeaient à voix basse tandis que des partisans du Gouverneur scandaient des slogans à l’extérieur. Ce décor tendu illustrait bien la crispation institutionnelle qui secoue la Tshopo depuis plusieurs semaines.
La province de la Tshopo entre dans une zone de turbulences politiques. Une motion de défiance contre le Gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga a été officiellement déposée ce lundi 20 octobre 2025 au bureau de l’Assemblée provinciale. L’initiative, portée par un groupe de députés provinciaux déterminés à obtenir un changement dans la gouvernance locale, met à nu les fractures politiques profondes qui divisent le pouvoir à Kisangani depuis plusieurs mois.
La tension monte à Kisangani. treize députés provinciaux ont déposé une motion de défiance contre le Gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga, l’accusant de mauvaise gouvernance et de rupture du dialogue avec le législatif. Le sort du chef de l’exécutif provincial pourrait se jouer dans les prochaines 48 heures.
Selon plusieurs sources concordantes au sein du parlement provincial, la motion a été introduite par treize députés sur les vingt-quatre que compte l’Assemblée provinciale de la Tshopo, soit largement plus que le tiers requis par la loi.
Les signataires accusent le Gouverneur Lendongolia de mauvaise gestion, de manque de transparence dans la gestion des finances publiques et de rupture de confiance entre l’exécutif et le législatif.
Le document, déposé dans la matinée, a été reçu par le Président de l’Assemblée provinciale, qui a promis de « traiter la motion conformément aux textes en vigueur ».
Cette étape marque l’ouverture d’une procédure politique lourde de conséquences, pouvant déboucher sur la déchéance du Gouverneur, s’il perd la confiance des élus.
De son côté, le camp du Gouverneur dénonce une “cabale politique orchestrée par des adversaires jaloux”. Dans un communiqué publié en fin de journée, le porte-parole du gouvernement provincial, Aimé Lofimbo, a rejeté en bloc les accusations.
« Le Gouverneur a toujours agi dans le respect des lois et des principes de bonne gouvernance. Nous attendons la plénière pour prouver que les chiffres avancés sont erronés », a-t-il martelé.
Le cabinet du Gouverneur annonce par ailleurs une conférence de presse ce mardi pour éclairer l’opinion sur la gestion des finances provinciales.
La motion de défiance, selon une copie consultée par nos sources, dresse un bilan sévère de la gestion provinciale.
Les députés signataires évoquent notamment :
- L’opacité dans la gestion du budget provincial, avec l’absence de publication des rapports financiers trimestriels exigés par la loi ;
- Le détournement présumé de certaines recettes issues des taxes sur le bois, les marchés publics et le transport fluvial, ressources vitales pour la province ;
- L’abandon de plusieurs projets inscrits dans le programme d’action 2023-2025, notamment les travaux de réhabilitation des routes Kisangani–Banalia et Kisangani–Opala ;
- La détérioration du climat de travail entre le Gouverneur et son équipe, marquée par le départ de plusieurs ministres provinciaux ;
- La marginalisation des députés provinciaux, accusant le gouverneur de gouverner de manière solitaire et autoritaire ;
- Le manque de dialogue social, notamment avec les syndicats des enseignants, du personnel médical et des transporteurs ;
- Le non-respect des engagements pris vis-à-vis des partenaires de développement et des ONG opérant dans la province.
Ces griefs, s’ils sont reconnus fondés, pourraient entraîner la perte de confiance politique envers le Gouverneur, un revers difficile à surmonter dans une province où les tensions institutionnelles sont devenues récurrentes.
L’un des signataires, le député provincial Jean-Baptiste Bofenda, estime que « la gestion du Gouverneur a dévié des promesses initiales. Les recettes générées par la taxe sur le bois devraient servir à réhabiliter les routes, mais rien n’a été fait depuis deux ans. »
Un autre élu parle d’un “pouvoir qui fonctionne en vase clos, sans rendre compte à personne”.
En dépit de cette attaque politique, Paulin Lendongolia Lebabonga reste officiellement à la tête de l’exécutif provincial.
Son entourage dénonce une manœuvre politique orchestrée par des adversaires frustrés.
Un conseiller proche du Gouverneur affirme :
« Cette motion n’a rien de constructif. C’est une tentative de déstabilisation politique à quelques semaines de la session budgétaire. Le Gouverneur est prêt à répondre devant les députés et à démontrer la transparence de sa gestion. »
Le Gouverneur, élu en 2023 après une campagne axée sur la reconstruction et la bonne gouvernance, fait aujourd’hui face à un test de survie politique. Ses partisans rappellent que la Tshopo a connu trois Gouverneurs en six ans, preuve selon eux de l’instabilité chronique entretenue par le jeu politique local.
Selon la Constitution et la loi portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces, une motion de défiance doit être signée par au moins un tiers des députés provinciaux pour être recevable.
Une fois déposée, le bureau de l’Assemblée dispose de 48 heures pour la transmettre à la plénière, où le Gouverneur est invité à présenter ses moyens de défense.
Le vote intervient à bulletin secret, et la majorité absolue des membres de l’Assemblée suffit pour faire tomber le Gouverneur.
Dans le cas de la Tshopo, si la motion est adoptée, le Vice-Gouverneur assurerait l’intérim, en attendant la désignation d’un remplaçant par le Président de la République, sur proposition du gouvernement central et après un nouveau vote des députés provinciaux.
Cette procédure, bien que prévue par la loi, s’accompagne toujours d’un risque d’instabilité politique et de paralysie administrative.
L’annonce du dépôt de la motion a immédiatement enflammé les débats dans les rues de Kisangani.
Pour une partie de la société civile, il s’agit d’un acte courageux :
« Les élus font enfin leur travail de contrôle. On ne peut pas continuer à tolérer une gouvernance opaque et inefficace », a déclaré un militant du mouvement citoyen Lumière de la Tshopo.
« Chaque année, c’est la même histoire : une motion contre le Gouverneur, des querelles politiques, et rien ne change pour la population », s’indigne une commerçante du marché central.
Au niveau national, certains analystes y voient une nouvelle démonstration des tensions entre les pouvoirs provinciaux et les autorités centrales, souvent accusées de manipuler les équilibres locaux pour des raisons partisanes.
Dans les universités, les étudiants suivent de près la situation. « Nous voulons un gouverneur qui travaille pour l’emploi des jeunes, pas des querelles politiques », lâche Mireille, étudiante en droit.
Pour les commerçants du marché central, la préoccupation reste la même : « Tant que la route Kisangani–Banalia reste impraticable, notre économie ne décollera pas », soupire un vendeur de produits agricoles.
Ces témoignages traduisent une lassitude croissante face à une gouvernance provinciale souvent rythmée par des crises institutionnelles plutôt que des résultats concrets.
La Tshopo, sixième plus grande province de la RDC, fait face à d’énormes défis socio-économiques.
Depuis sa création, elle peine à décoller : infrastructures délabrées, chômage massif, insécurité dans certaines zones rurales et faible mobilisation des recettes internes.
Les crises politiques successives n’ont fait qu’aggraver la situation.
Entre 2019 et 2024, pas moins de quatre motions de défiance ont été déposées contre différents gouverneurs, souvent pour des motifs similaires : mauvaise gouvernance, clientélisme, et manque de transparence.
Pour plusieurs observateurs, cette nouvelle motion traduit une fatigue institutionnelle.
« La Tshopo est victime d’une guerre d’intérêts entre les acteurs politiques locaux. Le peuple, lui, n’en tire aucun bénéfice », commente un politologue de l’Université de Kisangani.
Depuis 2019, la Tshopo a connu une succession de crises : la destitution de Louis-Marie Wale Lufungula en 2021, puis les tensions autour de son successeur en 2022. Cette instabilité a paralysé plusieurs projets de développement, notamment le plan de modernisation de la voirie urbaine de Kisangani, financé à 3 milliards de francs congolais par le Fonds national d’entretien routier.
Selon les services économiques provinciaux, le taux de mobilisation des recettes locales n’a pas dépassé 42 % en 2024, signe d’un appareil administratif fragilisé.
Au-delà des accusations formelles, des observateurs estiment que cette motion a également une dimension politique nationale.
Certains députés provinciaux proches de l’opposition chercheraient à affaiblir le camp présidentiel dans la Tshopo, tandis que d’autres, issus de la majorité, voudraient faire pression sur Kinshasa pour obtenir plus de moyens ou des nominations stratégiques.
Ainsi, la motion serait autant une arme de contrôle institutionnel qu’un instrument de repositionnement politique à l’approche des grandes échéances nationales.
Le bureau de l’Assemblée provinciale devrait convoquer dans les prochaines 48 heures une plénière extraordinaire consacrée à l’examen de la motion.
Déjà, la tension est palpable à Kisangani : des militants pro et anti-Lendongolia s’organisent pour manifester autour du siège du parlement provincial.
Des dispositifs sécuritaires renforcés sont attendus pour éviter tout débordement.
D’après certaines indiscrétions, la majorité des élus serait favorable à la motion, ce qui fragiliserait considérablement le Gouverneur.
Toutefois, des négociations de dernière minute seraient en cours, notamment entre les proches du Gouverneur et certains députés indécis.
Cette motion de défiance va bien au-delà d’un simple affrontement politique : elle pose la question de la crédibilité de la gouvernance provinciale.
Si les élus provinciaux utilisent les motions pour des règlements de comptes politiques, cela affaiblit l’autorité de l’État et détourne l’attention des véritables priorités de développement.
Mais si la motion est fondée sur des faits de mauvaise gestion, elle pourrait marquer un tournant en faveur de la redevabilité et de la transparence publique.
Alors que la date de la plénière approche, l’avenir politique de Paulin Lendongolia Lebabonga se joue sur un fil.
Pour certains, il incarne une gestion controversée, marquée par des promesses non tenues et un déficit de communication avec les élus.
Pour d’autres, il est la victime d’une classe politique fragmentée, plus soucieuse de ses intérêts que du développement de la province.
Quoi qu’il en soit, le dépôt de cette motion de défiance du lundi 20 octobre 2025 constitue un tournant politique majeur pour la Tshopo.
Dans les jours à venir, les regards du pays seront braqués sur Kisangani, où se jouera non seulement le destin d’un homme, mais aussi la crédibilité du système politique provincial de la République Démocratique du Congo.
D’ici mercredi, le bureau de l’Assemblée provinciale pourrait convoquer la plénière pour examiner la recevabilité de la motion. Déjà, la Police nationale congolaise prévoit un renforcement du dispositif sécuritaire autour de l’hémicycle.
Du côté du gouvernement central, aucun commentaire officiel n’a encore été fait, mais plusieurs observateurs estiment que Kinshasa suivra de près l’évolution de ce dossier, conscient des implications politiques nationales d’un éventuel changement à la tête de la Tshopo.
Cette crise dépasse les frontières de la Tshopo. Elle interroge la solidité du système de décentralisation en RDC, souvent miné par les rivalités locales et les interventions politiques de Kinshasa. Si Paulin Lendongolia venait à être destitué, il deviendrait le quatrième Gouverneur de la Tshopo à quitter le pouvoir avant la fin de son mandat. Un signal inquiétant pour la gouvernance provinciale, alors que le pays s’engage dans une nouvelle phase de planification budgétaire nationale.
Esaïe Vumi objectif DK TV