
Une scène inhabituelle s’est produite ce mardi 21 octobre 2025 au Palais du Peuple, siège du Parlement congolais. Des agents administratifs de l’Assemblée nationale, visiblement en colère, ont manifesté leur mécontentement en saccageant des bureaux et en déchirant plusieurs documents officiels. À l’origine de cette colère : la revendication d’une meilleure enveloppe salariale et de meilleures conditions de travail. L’incident a entraîné un retard considérable de la séance plénière initialement prévue à 13 heures, provoquant l’intervention rapide des forces de l’ordre.

Cette manifestation intervient dans un contexte national marqué par une forte tension sociale. Depuis plusieurs mois, les enseignants, médecins et fonctionnaires de différents ministères réclament eux aussi une amélioration de leurs conditions de vie. L’Assemblée nationale, censée incarner la voix du peuple, se retrouve ainsi confrontée à sa propre crise interne, symbole du malaise généralisé dans la fonction publique congolaise.
Selon plusieurs témoins rencontrés sur place, la tension couvait depuis plusieurs semaines déjà. Les agents de l’administration parlementaire réclament une réévaluation de leurs primes et une harmonisation salariale qu’ils estiment injustement appliquée depuis plusieurs mois.
Certains affirment que leurs revendications ont été maintes fois portées à la connaissance du Bureau de l’Assemblée nationale, sans aucune réponse concrète.
« Nous travaillons dans des conditions précaires alors que nos dirigeants se paient des millions. Nous voulons simplement que justice soit faite dans la grille salariale », a déclaré un agent rencontré devant la salle des plénières, sous couvert d’anonymat.
Ces fonctionnaires dénoncent aussi une gestion opaque des ressources financières allouées à l’administration parlementaire, ainsi que des retards dans le paiement de certaines primes et indemnités promises depuis le début de la session de septembre.
Ce n’est pas la première fois que l’administration parlementaire traverse une telle zone de turbulence. En juin 2022, une grève de plusieurs semaines avait déjà paralysé la machine législative, provoquant le report de plusieurs séances plénières. En 2023, des sit-in avaient été organisés devant le bâtiment administratif, sans suite concrète. Ces épisodes passés montrent que les promesses faites aux agents n’ont jamais été pleinement respectées.
Aux alentours de 10 heures du matin, la tension a atteint son paroxysme. Plusieurs groupes d’agents ont envahi les couloirs de l’Assemblée nationale, cassant des vitres, renversant des tables et déchirant des documents administratifs.
Selon les témoins, le bureau du Secrétariat général ainsi que certains services techniques ont été particulièrement visés.
Des images amateurs circulant sur les réseaux sociaux montrent des agents scandant des slogans hostiles à l’administration de l’Assemblée nationale, tout en bloquant les issues principales menant à la salle des plénières.
« Nous voulons être payés dignement, sinon plus de travail ici ! », criait un manifestant, brandissant une pancarte improvisée en carton.
Face à la situation, les huissiers du Parlement et quelques agents de sécurité interne ont tenté en vain de calmer les manifestants avant l’arrivée de la Police nationale congolaise.
Une agente du service protocolaire raconte :
« Cela fait trois mois que nous attendons nos primes. Nous avons écrit au Bureau sans suite. Aujourd’hui, c’est un cri de désespoir. »
Du côté du personnel de nettoyage, la frustration est aussi palpable :
« Nous gagnons moins que les chauffeurs des députés, alors que nous travaillons chaque jour dans des conditions difficiles. Ce n’est pas juste. »
Certains cadres administratifs, tout en condamnant les actes de vandalisme, reconnaissent qu’il s’agit du résultat d’un long silence institutionnel.
Sur les lieux, des papiers éparpillés jonchaient le sol. Des ordinateurs renversés, des chaises brisées et des portes fracturées témoignaient de la violence de la colère. Dans les couloirs, des policiers en uniforme bleu tentaient de rétablir le calme, pendant que quelques députés observaient la scène, médusés, depuis les balcons du bâtiment principal. L’odeur de la fumée des papiers brûlés flottait encore dans l’air, symbole d’une journée noire pour l’institution.
La plénière de ce mardi, programmée pour 13 heures, devait examiner plusieurs questions cruciales, notamment la proposition de loi sur la réforme de la fonction publique et le rapport de la Commission économique et financière sur l’exécution du budget du premier semestre 2025.
Mais en raison de la tension, l’accès à la salle des plénières a été bloqué pendant plusieurs heures, empêchant députés et personnel politique d’y entrer.
Ce n’est qu’en milieu d’après-midi, après la dispersion progressive des manifestants, que les portes du Palais du Peuple ont été rouvertes.
Un cadre administratif témoigne :
« Nous avons dû suspendre toutes les activités jusqu’à ce que la situation soit sous contrôle. Les dégâts matériels sont importants, mais heureusement il n’y a eu ni blessé, ni arrestation. »
Alertée dès les premiers incidents, la Police nationale congolaise a rapidement déployé plusieurs éléments autour du Palais du Peuple. Des barrières ont été installées pour empêcher les manifestants d’accéder aux zones sensibles.
Les agents en colère ont finalement quitté les lieux vers 15 heures, après des discussions engagées entre une délégation du personnel et quelques membres du Bureau de l’Assemblée nationale.
Un officier de police présent sur les lieux confie :
« Nous avons reçu l’ordre de sécuriser le bâtiment et de protéger les documents sensibles. Il n’y a pas eu d’affrontement majeur. La situation est restée sous contrôle après 14 heures. »
Ce n’est pas la première fois que le personnel administratif du Parlement congolais manifeste son mécontentement. Déjà en 2023 et 2024, plusieurs mouvements de grève avaient paralysé le fonctionnement des commissions parlementaires.
Les agents réclamaient alors une parité salariale avec les fonctionnaires de la Primature et une revalorisation des primes de rendement.
Malgré les promesses répétées des autorités, peu de changements concrets ont été observés. La situation actuelle traduit donc un malaise institutionnel profond, révélant le fossé entre le train de vie des élus et celui de leurs collaborateurs administratifs.
Un analyste politique contacté à Kinshasa estime que cette crise interne illustre « l’urgente nécessité de revoir la gouvernance administrative du Parlement ».
« Les agents administratifs sont essentiels au bon fonctionnement de l’institution. Si leurs revendications ne sont pas écoutées, cela risque d’impacter directement le travail législatif. »
Selon plusieurs sources internes, les agents réclament : une augmentation de 30 % de leurs salaires de base ;La régularisation des primes de rendement et de transport ; la révision de la grille de classification interne jugée « inéquitable » ; le paiement des arriérés de 2024 restés impayés.
Ces revendications représentent, selon une estimation interne, moins de 2 % du budget global annuel de l’Assemblée nationale, ce qui fait dire à plusieurs observateurs que leur satisfaction ne mettrait pas en péril les finances publiques.
Au sein même de l’hémicycle, les réactions divergent.
Certains députés ont exprimé leur solidarité avec les agents protestataires, reconnaissant la légitimité de leurs revendications. D’autres, en revanche, dénoncent une « attitude irresponsable » qui ternit l’image du Parlement congolais.
Un député de la majorité, joint par téléphone, a réagi en ces termes :
« Il est temps que le Bureau prenne cette situation au sérieux. Nous ne pouvons pas continuer à travailler pendant que nos collaborateurs souffrent. »
De son côté, un élu de l’opposition déplore le silence du Bureau de l’Assemblée :
« Ces agents n’auraient jamais agi de la sorte si leurs doléances avaient trouvé une oreille attentive. Ce qui s’est passé aujourd’hui est la conséquence directe du mépris institutionnel. »
En début de soirée, le Bureau de l’Assemblée nationale a publié un communiqué condamnant les actes de vandalisme, tout en reconnaissant la nécessité d’un dialogue avec le personnel administratif.
« L’Assemblée nationale déplore les incidents survenus ce mardi 21 octobre 2025. Une commission spéciale sera mise en place pour examiner les revendications des agents et proposer des solutions concrètes dans le respect de la légalité et de la discipline institutionnelle », peut-on lire dans le communiqué signé par le rapporteur du Bureau.
Interrogé par la presse, le rapporteur adjoint du Bureau, l’honorable Jean-Pierre Mbuyi, a précisé :
« Nous comprenons les revendications du personnel, mais rien ne justifie la destruction du patrimoine de l’État. Une commission mixte sera créée dès demain pour examiner les grilles salariales. »
Du côté du ministère du Budget, un conseiller a indiqué que le gouvernement « travaille déjà sur un plan d’harmonisation des salaires dans toutes les institutions publiques ».
Une réunion d’urgence entre le Bureau de l’Assemblée et la Primature serait prévue dans les prochains jours pour éviter que la situation ne dégénère à nouveau.
Cet incident remet en lumière les conditions souvent précaires dans lesquelles travaillent de nombreux agents publics en République Démocratique du Congo.
Malgré les réformes annoncées dans la fonction publique, la question du traitement équitable et de la motivation du personnel administratif reste un défi majeur pour la stabilité des institutions.
Des observateurs appellent le gouvernement à ouvrir un dialogue social durable, afin d’éviter que de telles situations ne se reproduisent dans d’autres administrations publiques.
Cet épisode à l’Assemblée nationale met en lumière un problème récurrent de gouvernance publique en République Démocratique du Congo : la faible valorisation du personnel administratif.
Dans plusieurs ministères et entreprises publiques, les disparités salariales sont criantes. Certains agents touchent à peine 250 000 FC par mois, alors que les cadres supérieurs bénéficient d’émoluments dépassant plusieurs millions.
Ce déséquilibre, combiné au coût de la vie à Kinshasa, alimente la frustration et la démotivation.
Des experts en gouvernance suggèrent la création d’un cadre national de rémunération équitable, fondé sur la compétence et l’ancienneté, plutôt que sur le statut politique.
À défaut, préviennent-ils, des crises similaires risquent d’éclater dans d’autres institutions de la République, sapant la confiance des citoyens envers leurs dirigeants.
Que dit la loi congolaise ?
Le statut des agents publics est régi par la Loi n°16/013 du 15 juillet 2016 portant statut des agents de carrière des services publics de l’État.
Elle garantit le droit à une rémunération équitable, la sécurité de l’emploi et la liberté syndicale.
Toutefois, la loi interdit toute forme de vandalisme ou d’entrave au fonctionnement des institutions.
En cas de faute grave, les agents peuvent être sanctionnés selon la procédure disciplinaire prévue à l’article 78 de ladite loi.
La colère des agents administratifs de l’Assemblée nationale, exprimée ce mardi 21 octobre 2025, n’est pas un simple épisode isolé, mais le symptôme d’un malaise plus profond au sein de la fonction publique congolaise.
Entre revendications légitimes et débordements regrettables, cet événement interpelle sur la nécessité d’une gouvernance plus transparente, plus équitable et plus attentive aux besoins de ceux qui, dans l’ombre, assurent le fonctionnement quotidien des institutions.
En définitive, cette journée du 21 octobre 2025 restera dans les annales parlementaires comme celle où la colère silencieuse des oubliés du Palais du Peuple a éclaté au grand jour. Un signal fort que la justice sociale et la reconnaissance du travail de tous sont devenues des urgences nationales. Les prochains jours diront si ce cri du cœur trouvera une oreille attentive au sommet de l’État.
Dans les jours à venir, l’attention sera portée sur la réaction du gouvernement et la rapidité des mesures annoncées. Si les engagements pris ne se concrétisent pas, les agents menacent de reprendre leurs actions dès la prochaine session parlementaire. Le pays pourrait alors assister à un bras de fer institutionnel inédit entre administration et pouvoir politique.
Esaïe Vumi objectif DK TV