
Le village riverain de Nkana, situé sur les rives du fleuve Congo dans le territoire de Kwamouth, s’est réveillé dimanche matin dans le chaos et le deuil après une attaque meurtrière menée par des insurgés de la milice Mobondo. Selon les autorités locales, au moins treize civils, dont trois enfants, ont été tués dans des conditions atroces entre 3 h 00 et 4 h 00 du matin, lorsque les assaillants ont profité d’un dispositif sécuritaire temporairement réduit pour pénétrer dans la localité.
Cette attaque s’inscrit dans un cycle de violences qui endeuille cette partie de la province du Maï-Ndombe depuis près de trois ans, avec des vagues répétées d’agressions ciblant les populations civiles et mettant à mal les maigres efforts de stabilisation déployés sur le terrain.
Selon les premiers éléments recueillis auprès des survivants et des forces de sécurité, l’assaut a été lancé de manière coordonnée. Les insurgés, armés de fusils d’assaut, d’armes artisanales et de machettes, auraient approché le village par trois axes différents, encerclant progressivement les habitations les plus isolées avant de s’enfoncer dans le cœur de Nkana.
Des tirs nourris ont éclaté peu après 3 heures. Quelques éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), déjà présents dans le cadre de l’opération Ngemba, ont tenté de résister. Mais leur effectif réduit n’a pas permis d’empêcher les insurgés de semer la panique parmi les habitants, qui dormaient pour la plupart au moment de l’attaque.
Des maisons ont été incendiées, d’autres vandalisées. Certaines victimes ont été tuées par balle, d’autres à l’arme blanche. Les assaillants ont opéré brutalement, détruisant également plusieurs embarcations de pêche et une dizaine de petites boutiques qui constituent l’économie principale du village.
Dans leur retraite, des miliciens ont été pris à partie par les FARDC. De brèves mais intenses fusillades ont éclaté à la sortie du village, entraînant la neutralisation de cinq insurgés. Les soldats ont toutefois déploré la mort d’un des leurs et la blessure grave d’un autre, évacué vers un centre de santé de Maluku.
Le nombre de victimes civiles a été confirmé à treize, bien que plusieurs habitants affirment que d’autres corps pourraient être retrouvés dans les heures à venir dans les zones incendiées ou dans les boisements autour de Nkana.
Les victimes comprennent des adultes, des femmes et trois enfants de moins de cinq ans, tués alors qu’ils tentaient de fuir leurs maisons ou surpris dans leur sommeil. L’attaque a provoqué des scènes de désolation : des familles entières brisées, des foyers réduits en cendres, et des survivants en état de choc, incapables de comprendre la violence qui s’est abattue sur leur village.
La peur a immédiatement gagné l’ensemble de Nkana et des villages voisins. Dès l’aube, des centaines de personnes ont commencé à fuir : certaines en pirogue vers Maluku, d’autres en traversant le fleuve vers le Congo-Brazzaville. Des familles ont quitté le village avec quelques biens essentiels, tandis que d’autres sont parties les mains vides.
L’attaque intervient alors que l’armée congolaise mène depuis plusieurs mois une vaste opération baptisée Ngemba, destinée à démanteler les bastions de la milice Mobondo dans le territoire de Kwamouth et ses environs. Cette opération a jusque-là permis de neutraliser des centaines de miliciens, de capturer un nombre élevé d’entre eux et d’obtenir de nombreux ralliements.
Toutefois, malgré ces succès militaires, la milice Mobondo reste active et imprévisible. Ses groupes armés se reconstituent régulièrement, profitant de la géographie difficile de la région — une combinaison de forêts denses, de zones marécageuses, de villages distants et de pistes peu sécurisées.
Le conflit s’inscrit également dans une dimension intercommunautaire profonde, enracinée dans les tensions entre communautés Téké et Yaka concernant la gestion des terres, la chefferie coutumière et les droits d’usage. Ces tensions se sont militarisées, donnant naissance au phénomène Mobondo, qui s’est progressivement structuré en groupes armés capables de mener des attaques coordonnées.
Les autorités provinciales et les FARDC reconnaissent que la milice tente régulièrement de profiter des moments de faiblesse, notamment lorsque les unités de l’armée se déplacent d’un axe à un autre ou lorsqu’elles se concentrent sur des opérations ciblées, laissant temporairement certaines zones moins protégées.
Nkana n’est pas un village anodin. Situé directement sur le fleuve Congo, il constitue un axe de passage important, autant pour les activités de pêche et de commerce local que pour certains mouvements clandestins. Son accès direct au fleuve offre un avantage stratégique pour des groupes armés souhaitant se déplacer rapidement ou se ravitailler.
La milice Mobondo pourrait avoir cherché à affaiblir la présence de l’État dans cette localité, à terroriser les populations afin de consolider son contrôle territorial, ou encore à montrer qu’elle reste capable de frapper malgré les offensives militaires en cours. L’attaque pourrait également être une réponse directe aux opérations menées récemment par les FARDC dans plusieurs villages du territoire.
Depuis 2022, le territoire de Kwamouth est devenu l’épicentre d’un conflit enraciné dans des tensions anciennes entre communautés Téké et Yaka autour de la gestion des terres, du pouvoir coutumier et des droits d’usage sur les espaces agricoles. Ce qui, au départ, n’était qu’un différend local s’est progressivement militarisé, donnant naissance à la milice Mobondo, composée en grande partie de jeunes radicalisés qui ont structuré leurs actions autour d’un discours de revanche communautaire. Entre 2022 et 2024, plusieurs villages ont été pris pour cible, entraînant une spirale de violences qui a affaibli les structures coutumières traditionnelles et compromis tout effort de dialogue. L’émergence de cette milice s’est consolidée grâce à la porosité des frontières fluviales, à la circulation d’armes artisanales et à l’effondrement progressif des mécanismes traditionnels de médiation, transformant un conflit foncier en un mouvement insurrectionnel capable de mener des attaques coordonnées comme celle de Nkana.
L’attaque de Nkana risque d’aggraver une situation humanitaire déjà fragile. Les déplacés internes sont nombreux dans la région et vivent souvent sans assistance, faute d’accès et de moyens logistiques nécessaires pour les atteindre.
Les familles ayant fui dans la panique se retrouvent exposées à des conditions précaires : manque d’abris, d’eau potable, de nourriture, et absence d’encadrement médical. Les enfants, particulièrement vulnérables, sont les plus exposés aux risques d’infections, de malnutrition ou de traumatismes psychologiques sévères.
Les autorités locales et les organisations humanitaires présentes dans la province ont lancé des appels urgents au gouvernement central pour une intervention rapide, notamment par la mise en place d’abris temporaires, de centres de santé mobiles et de points de distribution d’eau.
L’attaque de Nkana risque d’accentuer une fragilisation économique déjà profonde dans cette partie du Maï-Ndombe, où l’essentiel de la vie dépend de trois secteurs : la pêche, le petit commerce et l’agriculture de subsistance. La destruction des pirogues, des filets et de plusieurs dépôts de marchandises désorganise entièrement la chaîne de revenus des familles, réduisant la disponibilité du poisson sur les marchés locaux et provoquant une hausse immédiate des prix. Le petit commerce, déjà affaibli par l’insécurité récurrente, subit un nouveau choc avec la fermeture forcée de dizaines de kiosques et l’interruption des échanges fluviaux vers Maluku. Cette paralysie temporaire menace également l’approvisionnement en denrées essentielles, notamment le manioc, le maïs et les produits manufacturés transportés par voie d’eau. À long terme, la peur persistante entraîne l’abandon de plusieurs champs situés en périphérie du village, compromettant la prochaine récolte et aggravant la dépendance des habitants à l’aide extérieure. Sans stabilisation sécuritaire durable, la région pourrait entrer dans un cycle économique de rupture où chaque nouvelle attaque efface les rares progrès réalisés, rendant la reprise presque impossible pour les ménages les plus vulnérables.
À ce jour, aucune réaction officielle du gouvernement provincial du Maï-Ndombe ni du gouvernement central n’a été rendue publique concernant cette attaque. Les habitants de Nkana et les communautés voisines restent donc sans communication directe des autorités sur les mesures prises pour protéger les civils, ni sur les actions prévues pour identifier et poursuivre les responsables. Cette absence de déclaration officielle accentue le sentiment d’abandon et de vulnérabilité parmi les populations locales déjà traumatisées par les violences répétées de la milice Mobondo.
Le commandement des opérations Ngemba a condamné l’attaque et assuré que des renforts ont été déployés pour sécuriser Nkana et ses environs. Les FARDC affirment vouloir renforcer la surveillance le long du fleuve, un axe devenu sensible à cause de la mobilité qu’il offre aux groupes armés.
Au-delà de la réponse sécuritaire, plusieurs acteurs — leaders communautaires, Église catholique, organisations locales — appellent à une véritable stratégie globale pour mettre fin aux violences :
renforcer durablement la présence sécuritaire,
instaurer un dialogue intercommunautaire sérieux,
accélérer la démobilisation des jeunes enrôlés dans la milice,
impliquer les chefs coutumiers dans la résolution des conflits,
soutenir les victimes et les déplacés par un plan humanitaire solide.
Sans une approche combinant sécurité, dialogue et développement local, le risque est grand de voir le territoire de Kwamouth replonger encore et encore dans les cycles de violence.
L’attaque de Nkana dans la nuit du 23 au 24 novembre 2025 rappelle tragiquement que la milice Mobondo reste une menace majeure pour la paix dans le Maï-Ndombe. Treize civils tués, des maisons brûlées, des familles en fuite, un village traumatisé : ce nouvel épisode de violence montre à quel point la situation demeure volatile et exige une réponse urgente, cohérente et multidimensionnelle.
Tant que les causes profondes du conflit ne seront pas traitées — qu’elles soient communautaires, politiques ou socio-économiques — les populations de Kwamouth continueront de vivre dans la peur, et le fleuve Congo restera le témoin silencieux d’une guerre qui ne dit pas son nom.
L’attaque de Nkana, dans la nuit du 23 au 24 novembre 2025, illustre tragiquement la vulnérabilité des populations civiles face à la milice Mobondo dans le territoire de Kwamouth. Treize morts, des maisons détruites et des familles en fuite témoignent de la gravité de la situation et du traumatisme durable pour les habitants. Alors que les FARDC poursuivent leurs opérations, l’absence de réaction officielle du gouvernement provincial et central accentue le sentiment d’abandon. La sécurité des civils, la protection des villages riverains du fleuve Congo et la stabilisation durable de la région demeurent des défis majeurs, nécessitant une réponse urgente, à la fois militaire, politique et humanitaire. L’avenir de Kwamouth dépend désormais de la capacité des autorités à conjuguer protection, dialogue communautaire et développement local pour briser le cycle de violence qui menace depuis trop longtemps la population.
Esaïe Vumi objectif DK TV