Transport urbain : la capitale impose de nouvelles mesures strictes pour réorganiser la mobilité et sécuriser les principales artères de la ville

À Kinshasa, la question de la mobilité urbaine est redevenue un enjeu prioritaire pour les autorités provinciales. Confrontée à une explosion démographique, à une circulation chaotique et à la multiplication des accidents impliquant des motos-taxis et des tricycles, la ville-province a décidé de durcir son approche. Le 24 novembre 2025, le Ministre provincial des Transports a publié une circulaire qui introduit des restrictions drastiques visant à rétablir l’ordre, réduire les risques routiers et moderniser progressivement le système de transport public.

« Le Ministre provincial des Transports a déclaré : ‘Nous ne tolérerons plus aucune violation de la loi dans les zones stratégiques. La sécurité et la fluidité de la circulation priment sur tout.’ »

Ces mesures, qui entrent en vigueur immédiatement, concernent surtout la commune de la Gombe, cœur administratif et diplomatique du pays, déjà identifiée depuis plusieurs années comme une zone nécessitant régulation et discipline renforcées. Les autorités affirment que la situation y était devenue insoutenable : embouteillages massifs aux heures de pointe, accidents récurrents, occupations anarchiques de la voie publique et multiplication de motos-motos exerçant sans contrôle.

Selon les statistiques du service provincial de la sécurité routière, entre janvier et octobre 2025, 132 accidents impliquant des taxis-motos ont été enregistrés dans la commune de la Gombe, dont 18 accidents mortels. Les tricycles sont responsables de 57 accidents durant la même période, causant plusieurs blessures graves et des perturbations majeures de la circulation. Ces chiffres confirment la nécessité des mesures strictes récemment adoptées pour sécuriser les grandes artères et réduire les risques routiers.

La décision la plus spectaculaire de la circulaire est sans doute l’interdiction totale de circulation, de stationnement et d’exploitation des taxis-motos dans toute la commune de la Gombe. Seules quelques zones précises, entièrement dédiées à la dépose et au départ des passagers, resteront opérationnelles. Elles seront sécurisées, surveillées et conçues pour éviter les attroupements incontrôlés.

D’après le document publié, cette mesure s’appuie sur des constats alarmants : les taxis-motos sont impliqués dans une proportion inquiétante d’accidents routiers, souvent mortels. En outre, leur manière anarchique de circuler, sans respecter les feux, les priorités ni les couloirs de circulation, contribue fortement aux embouteillages dans cet espace hautement stratégique, qui abrite ministères, ambassades, banques, sièges d’entreprises et grandes institutions.

L’objectif, selon le Ministre des Transports, est de restaurer l’ordre, améliorer la fluidité de la circulation et renforcer la sécurité des usagers, tout en obligeant les acteurs du secteur à se conformer progressivement aux normes modernes d’un transport professionnel.

Les tricycles motorisés utilisés pour le transport des personnes et des marchandises, communément appelés « tuk-tuk », ne sont pas épargnés. La circulaire les exclut à leur tour des grandes artères ciblées par la réforme. Là aussi, les autorités justifient leur décision par la fréquence des accidents, mais aussi par l’encombrement considérable que créent ces véhicules lorsqu’ils s’arrêtent de manière désordonnée, souvent en pleine chaussée.

Certains responsables locaux estiment même que l’utilisation de ces engins, initialement conçus pour circuler dans de petites ruelles ou des zones rurales, n’est pas adaptée aux grandes avenues de Kinshasa, où la densité du trafic et la diversité des véhicules exigent une meilleure cohérence routière.

Pour assurer le respect strict de ces nouvelles directives, la ville-province a annoncé un régime de sanctions particulièrement sévère. Les motos-taxis surpris en zone interdite seront immédiatement saisis, placés en fourrière pour 30 jours, et leurs propriétaires devront s’acquitter d’une amende de 500.000 francs congolais, à laquelle s’ajoutent les frais de fourrière.

Pour les tricycles, la sanction inclut la suspension de l’autorisation de transport, une mise en fourrière de 15 jours, et une amende identique de 500.000 francs congolais.
L’objectif affiché est de décourager toute tentative de contournement et d’envoyer un signal clair : la tolérance zéro est désormais la règle.

La circulaire insiste également sur un aspect crucial : la lutte contre la tracasserie et la complicité au sein même des agents chargés de faire appliquer la mesure. Toute forme de corruption, de laxisme ou de collusion sera punie selon les textes en vigueur. Une hiérarchie de contrôle renforcée sera déployée dans les prochains jours pour surveiller le comportement des policiers, inspecteurs et agents de la commission de transport.

Selon les estimations des autorités provinciales, près de 10.000 conducteurs de taxis-motos et tricycles dépendent quotidiennement de la circulation dans la commune de la Gombe pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. L’interdiction de circulation dans les grandes artères pourrait donc entraîner une baisse significative de leurs revenus, ainsi qu’une pression économique sur les ménages concernés.

Par ailleurs, les commerçants et petites entreprises situés le long des axes interdits pourraient également ressentir un impact, en raison d’une diminution temporaire de la fréquentation des clients. Cependant, les autorités soulignent que ces mesures sont nécessaires pour assurer la sécurité routière, réduire les accidents et fluidifier la circulation, ce qui devrait, à moyen et long terme, favoriser un environnement économique plus stable et attractif pour les investisseurs et usagers.

Selon les services techniques du ministère, ces mesures s’inscrivent dans un plan plus large de transformation de la mobilité à Kinshasa. La Gombe, en tant que centre économique, politique et institutionnel, est la première cible d’un dispositif qui pourrait être étendu à d’autres communes si les résultats s’avèrent concluants.

Depuis plusieurs mois, des concertations ont été menées avec les associations de transporteurs, les bourgmestres, les partenaires institutionnels et des urbanistes. Le constat unanime était la nécessité de mieux organiser la mobilité. La croissance du parc de motos-taxis — estimée à plus de 500.000 unités dans la capitale — a surpassé la capacité des autorités à maintenir la discipline.

La date du 26 novembre 2025 a été retenue pour lancer officiellement cette phase, après une série d’accidents particulièrement graves survenus dans l’axe Victoire–Gombe et à proximité des institutions publiques.

La régulation du transport dans la commune de la Gombe n’est pas une initiative nouvelle. Depuis 2018, plusieurs plans pilotes ont été lancés par les autorités provinciales pour encadrer la circulation des taxis-motos et des tricycles, notamment sur les avenues principales et aux abords des institutions publiques. Ces tentatives antérieures avaient permis des améliorations temporaires, mais la croissance rapide du parc de motos-taxis et le non-respect récurrent des règles ont rendu ces mesures insuffisantes.

Comparativement à d’autres grandes capitales africaines, telles que Lagos au Nigeria ou Kampala en Ouganda, où des zones à circulation restreinte et des couloirs réservés aux deux-roues ont été mis en place avec succès, Kinshasa adopte désormais une approche plus stricte et structurée, visant à créer un modèle durable de mobilité urbaine sécurisé et ordonné.

Sur le terrain, les réactions sont diverses. Certains conducteurs de motos-taxis expriment leur colère, estimant que ces mesures menacent leur survie économique, surtout dans une ville où des milliers de jeunes dépendent de cette activité pour survivre. D’autres reconnaissent pourtant la nécessité d’un encadrement plus strict, mais réclament des alternatives : zones dédiées, formations, immatriculation modernisée, ou encore subventions pour se reconvertir dans un transport plus formel.

Les syndicats de motos-taxis, souvent divisés, s’organisent déjà pour solliciter un dialogue avec les autorités, mais le gouvernement provincial affirme que la mesure n’est pas négociable, même si des ajustements techniques pourront être étudiés dans les prochains mois.

Pour les habitants de la Gombe, cette réforme suscite des sentiments partagés. Certains redoutent une augmentation des coûts de transport ou un déficit de mobilité dans les premières semaines d’application. D’autres, au contraire, saluent une décision courageuse qui pourrait améliorer le quotidien de manière significative.

De nombreux automobilistes espèrent notamment une réduction des embouteillages chroniques, devenus un véritable calvaire aux entrées de la commune. Les piétons, quant à eux, espèrent une circulation plus sereine, notamment aux abords des écoles, hôpitaux et institutions publiques.

Cette réforme est présentée comme une étape préparatoire vers un système de transport plus structuré. Le gouvernement provincial travaille déjà sur :

la réorganisation des arrêts et couloirs de bus,

l’extension du réseau de transport Transco,

la régulation de nouvelles compagnies de transport urbain,

et la rénovation de certaines artères prioritaires.

Les autorités promettent que la modernisation ne se fera pas seulement par interdictions, mais aussi par investissements, renforcement des capacités et accompagnement des transporteurs.

Les mesures annoncées le 24 novembre 2025 constituent l’une des réformes les plus strictes jamais appliquées dans la mobilité urbaine à Kinshasa. En ciblant spécifiquement la Gombe, la ville-province cherche à instaurer un modèle de circulation ordonnée, sécurisée et compatible avec le statut stratégique de cette commune.
Si les effets immédiats pourraient être difficiles pour les conducteurs de motos-motos et les usagers, les autorités estiment que les bénéfices à long terme — fluidité, sécurité, modernité — justifient pleinement cette décision.

La capitale congolaise engage ainsi une nouvelle phase de sa transformation, marquée par la volonté d’abandonner progressivement le désordre urbain au profit d’un environnement plus discipliné et d’une mobilité mieux maîtrisée.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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