RDC – INTERPOL : Un tête-à-tête stratégique à Marrakech pour renforcer la sécurité nationale et moderniser la police congolaise

En marge de la 93ᵉ Assemblée générale d’INTERPOL, déjà considérée comme l’une des plus stratégiques de cette dernière décennie, le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières de la République Démocratique du Congo, Jacquemain Shabani Lukoo, a tenu ce mardi une rencontre de haut niveau avec le Secrétaire général d’INTERPOL, M. Valdecy Urquiza. Cette entrevue, organisée dans le cadre des échanges bilatéraux officiels, a permis d’aborder plusieurs dossiers cruciaux relatifs à la sécurité nationale et à la coopération internationale en matière de lutte contre la criminalité transfrontalière.

La séance de travail s’est déroulée dans une atmosphère studieuse et de responsabilité, alors que les menaces liées au terrorisme, au crime organisé et aux trafics illicites continuent de s’intensifier en Afrique centrale et sur l’ensemble du continent. Pour la RDC, pays aux frontières étendues, ouvertes et parfois poreuses, ces défis ne sont pas seulement théoriques : ils représentent une réalité quotidienne qui affecte les citoyens, les forces de sécurité et même la stabilité économique.

Conscient de ces enjeux, le VPM Jacquemain Shabani a inscrit la modernisation sécuritaire au cœur de son agenda politique depuis sa prise de fonctions. Sa participation à la 93ᵉ Assemblée générale d’INTERPOL ne se limite donc pas à une présence protocolaire, mais s’inscrit dans une démarche active de repositionnement de la RDC comme acteur à part entière dans l’architecture sécuritaire mondiale.

Lors de cette rencontre, la sécurisation des frontières nationales a occupé une place centrale. La RDC partage près de 10 000 kilomètres de frontières avec neuf pays, dont plusieurs connaissent des tensions, des conflits armés ou des mouvements irréguliers de populations. Cette configuration géographique rend le contrôle des flux particulièrement complexe.

Le VPM Shabani a longuement exposé à son interlocuteur les efforts du gouvernement congolais pour renforcer ses dispositifs de surveillance, notamment par :

la mise en place progressive de systèmes biométriques aux postes frontaliers stratégiques ;

l’amélioration des mécanismes d’échange d’informations en temps réel ;

le déploiement de nouvelles unités spécialisées en matière de lutte contre le terrorisme, la cybercriminalité et la traite des personnes.

De son côté, le Secrétaire général d’INTERPOL, Valdecy Urquiza, a réaffirmé l’engagement de l’organisation à accompagner la RDC dans ses efforts, en soulignant que la coopération internationale demeure la seule voie pour endiguer efficacement les réseaux criminels qui opèrent bien au-delà des juridictions nationales.

La République Démocratique du Congo bénéficie de plusieurs outils stratégiques mis à disposition par INTERPOL pour renforcer la lutte contre la criminalité transnationale. Parmi eux figurent notamment :

I-24/7, le système mondial de communication policière sécurisé, qui permet aux services de sécurité congolais d’échanger en temps réel des informations sensibles avec les pays membres.

Les bases de données biométriques, essentielles pour l’identification des criminels, terroristes, personnes disparues et documents volés ou falsifiés.

Les notices INTERPOL, dont les notices rouges utilisées pour localiser et arrêter les fugitifs recherchés internationalement, et les notices bleues pour obtenir des renseignements supplémentaires sur des suspects.

Le système SLTD (Stolen and Lost Travel Documents), crucial pour détecter les passeports et documents de voyage volés, souvent utilisés par des criminels pour traverser illégalement les frontières.

Les programmes de formation INTERPOL, notamment en cybercriminalité, gestion des frontières et analyse criminelle, auxquels participent régulièrement les agents du Bureau central national (BCN) de Kinshasa.

Ces outils permettent à la RDC de renforcer ses capacités opérationnelles et d’améliorer l’efficacité de ses actions dans la lutte contre les réseaux criminels transfrontaliers.

L’entretien a également permis de mettre en lumière la place grandissante qu’occupe la RDC au sein d’INTERPOL. Non seulement le pays se positionne comme un acteur incontournable en Afrique centrale, mais il joue aussi un rôle de relais entre la région des Grands Lacs, l’Afrique australe et l’Afrique de l’Ouest. Cette position géopolitique offre à Kinshasa la possibilité d’être un pivot dans les opérations conjointes de lutte contre la criminalité organisée.

De plus, la RDC a renforcé son Bureau central national (BCN) au cours de ces dernières années, permettant :

une meilleure gestion des notices rouges et des mandats internationaux ;

une augmentation de la coopération entre les services de renseignement congolais et ceux d’autres pays ;

une participation plus active aux opérations transnationales coordonnées par INTERPOL.

M. Urquiza n’a pas manqué de saluer cette dynamique positive, estimant que la RDC « progresse vers un niveau de professionnalisation qui la place désormais parmi les partenaires sérieux et engagés dans la lutte mondiale contre la criminalité ».

L’un des moments forts de cet échange fut la présentation par le VPM Shabani de l’état d’avancement de la grande réforme de la Police Nationale Congolaise (PNC). En effet, le gouvernement a adopté et promulgué une loi de programmation couvrant la période 2026–2030, dotée d’un budget colossal de 2,55 milliards USD. Cette enveloppe représente, à ce jour, l’investissement le plus ambitieux jamais réalisé pour la modernisation des forces de police en RDC.

Cette loi vise notamment :

l’équipement adéquat des unités, avec des moyens modernes adaptés aux menaces actuelles ;

le recrutement massif et la formation de nouveaux agents selon les standards internationaux ;

la mise à la retraite des policiers ayant atteint la limite d’âge, dans une politique de rajeunissement des effectifs ;

la construction et la réhabilitation d’infrastructures de formation, de commissariats, de centres logistiques et d’unités spécialisées dans tout le pays.

En présentant ces mesures, Jacquemain Shabani a insisté sur la volonté du gouvernement de rompre avec les approches fragmentées et sous-financées du passé, pour bâtir une police républicaine, moderne, professionnelle et véritablement au service de la population.

Depuis plusieurs années, la République Démocratique du Congo fait face à une guerre d’agression particulièrement violente dans sa partie orientale, marquée par l’activisme de groupes armés soutenus de l’extérieur, l’exploitation illégale des ressources naturelles et une intensification des crimes de guerre. Cette situation complexe a renforcé la nécessité de coopérations sécuritaires plus robustes, notamment avec INTERPOL. En effet, plusieurs groupes impliqués dans les violences sont liés à des réseaux criminels transnationaux opérant au-delà des frontières congolaises, notamment dans le trafic d’armes, le blanchiment d’argent, le financement illicite et la contrebande de minerais stratégiques. L’appui d’INTERPOL permet ainsi d’améliorer l’identification des acteurs criminels, de renforcer la surveillance des corridors frontaliers sensibles et de soutenir la RDC dans ses efforts de traque internationale des responsables de crimes perpétrés dans l’Est du pays.

L’entretien a démontré une convergence claire entre les priorités d’INTERPOL et celles du gouvernement congolais. La lutte contre les réseaux criminels transnationaux, le renforcement de la surveillance des frontières, l’amélioration de la formation des services de sécurité et la modernisation des infrastructures constituent des axes sur lesquels les deux institutions souhaitent intensifier leur collaboration.

Le Secrétaire général d’INTERPOL a proposé une série de pistes pour renforcer cette coopération, notamment :

l’intégration plus systématique de la RDC dans les opérations conjointes africaines coordonnées par INTERPOL ;

l’accès élargi à certaines bases de données internationales ;

le renforcement des capacités des analystes congolais dans les domaines du renseignement criminel et de la cybercriminalité.

Pour sa part, le VPM Shabani a exprimé la disponibilité totale du gouvernement à approfondir ces partenariats, considérant qu’ils constituent un levier essentiel pour restaurer l’autorité de l’État et protéger les citoyens.

Grâce à ce renforcement de la coopération avec INTERPOL, la RDC peut espérer plusieurs retombées concrètes dans les prochains mois. D’abord, une amélioration notable de la capacité des services nationaux à détecter, prévenir et neutraliser les réseaux criminels transnationaux, notamment grâce à l’accès élargi aux bases de données internationales. Ensuite, la participation accrue à des opérations conjointes devrait permettre de démanteler plus efficacement les circuits de trafics d’armes, de minerais, de véhicules et de personnes. Par ailleurs, la modernisation des outils de surveillance frontalière favorisera un meilleur contrôle des mouvements transfrontaliers, réduisant ainsi les infiltrations de groupes armés et les flux illicites. Enfin, la montée en compétence de la Police Nationale Congolaise, soutenue par des formations techniques d’INTERPOL, contribuera à professionnaliser davantage les forces de l’ordre, à restaurer l’autorité de l’État et à renforcer la confiance de la population dans les institutions sécuritaires.
Une rencontre porteuse d’espoir pour la sécurité en RDC

À la sortie de l’entretien, les deux personnalités ont exprimé leur satisfaction quant à la qualité des échanges et la profondeur des engagements pris. Le VPM Shabani a réaffirmé la détermination du gouvernement à poursuivre les réformes engagées, tout en intensifiant la coopération avec les partenaires internationaux.

Cette rencontre intervient à un moment où la RDC est confrontée à des défis sécuritaires majeurs, mais également à une période de profondes mutations institutionnelles. Les engagements pris à Marrakech pourraient ainsi constituer un point de départ décisif vers une transformation durable des forces de sécurité congolaises.

La 93ᵉ Assemblée générale d’INTERPOL se poursuivra jusqu’au 27 novembre, avec plusieurs sessions thématiques où la RDC devrait intervenir, notamment sur les questions liées aux flux migratoires, au terrorisme, à la cybercriminalité et au renforcement des capacités nationales.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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