
Un climat de frustration généralisée plane sur les Assemblées provinciales de la République Démocratique du Congo. Les députés provinciaux tirent la sonnette d’alarme, dénonçant dix (10) mois sans être payés : six (6) mois d’arriérés pour l’année 2024, auxquels s’ajoutent quatre (4) mois d’impaiement en 2025.
Cette situation, jugée intenable et méprisante, alimente un profond malaise au sein de ces institutions locales, déjà fragilisées par des défis budgétaires, une gouvernance défaillante et un manque chronique de moyens logistiques.
« Comment peut-on exiger de nous un travail de qualité sans respecter nos droits les plus élémentaires ? Ce silence prolongé du gouvernement est une provocation », s’indigne un député de l’Assemblée provinciale de la Tshopo.
Face à cette impasse budgétaire et au mutisme du gouvernement central, les élus provinciaux menacent désormais de boycotter toutes les sessions et activités parlementaires sur l’ensemble du territoire national.
Plusieurs assemblées provinciales se concertent actuellement pour envisager une action concertée, allant jusqu’à une suspension totale de leurs travaux, une première dans l’histoire institutionnelle récente de la RDC.
« Nous n’allons plus siéger tant que notre situation n’est pas régularisée. Nos familles souffrent. C’est une humiliation que nous ne pouvons plus tolérer », affirme un autre député du Kasaï.
Au-delà du drame personnel vécu par les députés, c’est la stabilité des institutions provinciales qui est en jeu. Les Assemblées provinciales ont pour mission essentielle d’exercer le contrôle parlementaire sur les gouverneurs, de voter des édits et de veiller au bon fonctionnement des exécutifs provinciaux.
L’absence prolongée de sessions parlementaires bloquerait plusieurs projets de développement, notamment les plans d’investissement provinciaux, les budgets rectificatifs, ainsi que le traitement des litiges politiques ou administratifs.
Cette crise ne survient pas dans un vide. Elle s’inscrit dans un contexte économique difficile, marqué par :
Une pression accrue sur les finances publiques ;
Un taux de chômage élevé ;
Des retards de paiement généralisés dans d’autres secteurs publics (enseignants, médecins, agents administratifs) ;
Et une série de mouvements sociaux à répétition dans différentes provinces du pays.
Les analystes estiment que l’inertie du gouvernement pourrait aggraver une défiance institutionnelle déjà préoccupante, à quelques mois d’échéances politiques majeures.
Les regards sont désormais tournés vers le gouvernement central, accusé de prioriser certaines institutions au détriment d’autres. Aucune déclaration officielle n’a encore été faite à ce jour, ni du ministère des Finances, ni de la Primature, malgré l’urgence de la situation.
Si aucune solution rapide n’est trouvée, le pays pourrait faire face à une crise de gouvernance provinciale sans précédent, remettant en cause l’efficacité même du processus de décentralisation prôné depuis 2006.
Esaïe vumi objectif DK TV