
Le football congolais a une nouvelle fois en deuil de son esprit sportif. Ce dimanche 08 mars 2026 , le stade TP Mazembe de la commune de Kamalondo, à Lubumbashi, n’a pas seulement été le théâtre d’un affrontement tactique entre deux géants, le Tout Puissant Mazembe et le FC Saint Éloi Lupopo.
Il est devenu le décor d’une scène de désolation qui a poussé la Commission de gestion de la Ligue Nationale de Football (Linafoot) à prendre une décision radicale : la suspension immédiate du résultat de la rencontre.
Alors que les supporters s’attendaient à une fête du ballon rond pour ce derby katangais, l’électricité dans l’air a rapidement viré à l’orage, laissant derrière elle un bilan matériel lourd et une image ternie pour le championnat national.
Avant que la première mèche ne soit allumée dans les tribunes de Kamalondo, l’enjeu de ce derby de Lubumbashi transcendait la simple rivalité régionale. Sur le plan comptable, ce choc entre le Tout Puissant Mazembe et le FC Saint Éloi Lupopo représentait le tournant majeur de la phase de Play-offs du championnat national. Les deux géants du Katanga se tenaient au coude-à-coude au sommet du classement, transformant ce duel en une véritable finale avant la lettre pour le titre de champion de la République Démocratique du Congo.
Pour le TP Mazembe, l’objectif était clair : affirmer sa suprématie habituelle et creuser l’écart pour s’envoler seul en tête. Forts de leur expérience dans les joutes continentales, les « Corbeaux » de Lamine N’Diaye abordaient cette rencontre avec la pression du favori qui n’a pas droit à l’erreur sur ses propres terres. Une victoire leur aurait permis de prendre une option sérieuse sur le trophée, tout en envoyant un message de domination psychologique à leurs concurrents directs.
Du côté des Cheminots de Lupopo, ce derby représentait bien plus que trois points. Sous l’impulsion de leur direction et d’un recrutement ambitieux ces dernières saisons, les Jaune et Bleu cherchaient à briser l’hégémonie des Noir et Blanc. Après des années de disette et de frustration, Lupopo voyait en ce match l’opportunité historique de renverser la hiérarchie locale. Une victoire à l’extérieur, dans l’antre de leur rival éternel, les aurait propulsés à la première place du classement, changeant radicalement la dynamique de la fin de saison.
Au-delà du titre national, les places qualificatives pour les compétitions interclubs de la CAF (Confédération Africaine de Football) pesaient lourdement dans la balance. Dans un championnat où la concurrence est de plus en plus rude avec l’émergence d’autres clubs ambitieux, assurer une place en Ligue des Champions ou en Coupe de la Confédération est une nécessité vitale pour la santé financière et le prestige des deux institutions. C’est donc dans cette atmosphère de haute tension mathématique, où chaque ballon perdu pouvait valoir des millions de dollars en droits TV et en primes de compétition, que les deux équipes ont foulé la pelouse, ignorant encore que le sort du match se jouerait finalement loin du rectangle vert.
Une tension palpable dès le coup d’envoi
Le derby de Lubumbashi n’est jamais un match comme les autres. C’est un duel de prestige, une lutte pour la suprématie locale et, souvent, un tournant décisif pour le classement de la Linafoot. Dès les premières minutes, l’engagement des joueurs sur le terrain reflétait l’effervescence des tribunes.
Cependant, au-delà de la ligne de touche, l’ambiance a commencé à se détériorer. Les provocations entre supporters, exacerbées par des décisions arbitrales contestées par l’une ou l’autre partie, ont fini par rompre le fragile équilibre de la sécurité. Ce qui devait être une démonstration de ferveur populaire s’est transformé en un déchaînement de colère.
Un bilan matériel désolant
Le constat après le coup de siflet final (ou l’interruption prématurée selon les rapports de match) est amer. Le stade de Kamalondo, véritable joyau du football congolais et l’un des rares stades homologués par la CAF pour les compétitions internationales, porte désormais les stigmates de la violence.
- Destruction des infrastructures : Des centaines de sièges ont été arrachés de leurs socles dans les tribunes.
- Projectiles : Des débris de toutes sortes ont jonché la pelouse, mettant en péril l’intégrité physique des acteurs du jeu.
- Dégâts collatéraux : Des installations techniques et des barrières de sécurité ont également subi la fureur de certains individus se revendiquant supporters.
Le coût des réparations s’annonce colossal, mais c’est surtout le symbole qui fait mal. En s’attaquant à l’outil de travail de leurs propres idoles, les fauteurs de troubles ont porté un coup direct au développement du sport en RDC.
La réaction ferme de la Linafoot
Face à la gravité des faits, la Linafoot n’a pas tardé à réagir. Par un communiqué officiel diffusé peu après les incidents, l’instance organisatrice a annoncé la suspension du résultat de ce dimanche. Cette mesure conservatoire signifie que les points ne sont pas encore attribués, dans l’attente des rapports officiels des officiels de match (arbitres et commissaires au match).
« La Linafoot condamne avec la plus grande énergie les actes de vandalisme observés lors du derby. Le résultat du match est suspendu en attendant que la commission de discipline statue sur les responsabilités des uns et des autres. »
Cette suspension ouvre la voie à plusieurs scénarios disciplinaires prévus par le Code disciplinaire de la FECOFA :
- Amendes lourdes pour les deux clubs.
- Matchs à huis clos forcés pour les prochaines journées.
- Forfait imposé à l’équipe dont les supporters sont reconnus coupables d’avoir causé l’arrêt du match ou les dégâts.
L’atmosphère, déjà électrique avant le coup d’envoi, a rapidement basculé de la ferveur partisane à une hostilité incontrôlable. Dès l’entrée des joueurs sur la pelouse, le stade de Kamalondo bouillonnait. Si les premières minutes de la rencontre ont laissé espérer un spectacle de haut vol, le climat s’est lourdement dégradé autour de la trentième minute de jeu. Tout a commencé par des contestations véhémentes sur une série de décisions arbitrales, perçues comme partiales par une frange radicale des supporters.
Le point de rupture est survenu suite d’ une action litigieuse dans la surface de réparation. Ce qui n’était au départ que des sifflets nourris et des cris de protestation s’est transformé en une pluie de projectiles. Des bouteilles d’eau, des pierres et divers objets de récupération ont commencé à pleuvoir sur l’aire de jeu, visant non seulement les officiels, mais aussi les joueurs de l’équipe adverse qui tentaient de calmer les esprits.
Malgré les tentatives de médiation des capitaines des deux formations, qui ont multiplié les gestes d’apaisement vers leurs kops respectifs, la situation a échappé à tout contrôle. Dans les tribunes latérales, des échauffourées ont éclaté entre groupes de supporters rivaux, créant des mouvements de foule paniqués. La police, débordée par la simultanéité des foyers de tension, a dû faire usage de gaz lacrymogènes pour tenter de disperser les fauteurs de troubles et protéger l’accès aux vestiaires.
C’est dans cette confusion totale que le vandalisme pur a pris le relais de la contestation sportive. Dans un élan de rage destructrice, des individus ont entrepris de s’attaquer au mobilier du stade. Le bruit sourd du métal que l’on tord et du plastique qui se brise a remplacé les chants de supporters. Rangée après rangée, les sièges — symboles de la modernisation du football congolais — ont été arrachés avec une violence inouïe. Certains ont été utilisés comme boucliers, d’autres comme projectiles contre les forces de l’ordre, transformant les gradins en un champ de bataille urbain sous les yeux médusés des téléspectateurs et des journalistes présents.
L’arbitre, constatant que la sécurité des acteurs n’était plus garantie et que le gaz lacrymogène rendait la respiration difficile sur la pelouse, n’a eu d’autre choix que d’ordonner le retour des deux équipes aux vestiaires. Ce n’était plus un match de football, mais une scène de désolation où la passion s’était muée en une pulsion d’autodestruction. L’obscurité qui commençait à tomber sur Lubumbashi ne faisait que renforcer le sentiment d’amertume : le derby s’achevait dans le fracas des sièges brisés plutôt que par le sifflet final.
- Suspension du stade pour les rencontres à venir.
L’impact sur le football congolais
Cet incident intervient à un moment critique où la Linafoot tente de se professionnaliser et de rassurer les sponsors. Voir des images de sièges arrachés circuler sur les réseaux sociaux est une contre-publicité désastreuse.
Pour le TP Mazembe, propriétaire du stade, c’est une double peine : sportive et financière. Pour le FC Lupopo, c’est l’image d’un club en pleine reconstruction qui est de nouveau associée à des débordements. Le football, censé être un facteur d’unité nationale, devient ici un catalyseur de divisions.
Quel avenir pour le derby ?
La question de la sécurité lors des grands matchs en RDC se pose avec une acuité nouvelle. Malgré les dispositifs policiers, la gestion des foules reste un défi majeur. Certains experts appellent à :
- L’installation de caméras de surveillance pour identifier individuellement les casseurs.
- L’interdiction de stade à vie pour les supporters violents.
- Une sensibilisation accrue des comités de supporters par les directions des clubs.
Le sport doit rester un jeu
En attendant le verdict final de la
M Linafoot, le silence règne sur Lubumbashi. La passion a laissé place à la déception. Le football congolais a besoin de ses supporters, mais il a surtout besoin de respect : respect de l’adversaire, respect des infrastructures et respect des règles.
Le résultat suspendu de ce dimanche n’est pas seulement un score en attente, c’est un avertissement pour tout le pays. Si la violence l’emporte sur le terrain, c’est tout le football congolais qui finit par perdre.
Esaïe Vumi objectif DK TV