RDC : Joseph Kabila sort du silence et appelle à l’application de l’article 64

Depuis les collines volcaniques de Goma, le silence s’est rompu. Joseph Kabila Kabange, l’homme qui a dirigé la République Démocratique du Congo de 2001 à 2019, vient de frapper un grand coup médiatique. Dans un entretien exclusif accordé au quotidien belge La Libre Belgique ce dimanche 21 mars 2026 , l’ancien président sort de sa réserve habituelle avec une virulence inédite. Ce n’est plus le « Sénateur à vie » discret et observateur ; c’est un leader politique qui appelle ouvertement à la résistance.

Arrivé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila a dirigé le pays pendant près de 18 ans, avant de céder officiellement le pouvoir en 2019 à l’issue d’élections controversées. Depuis lors, il s’était fait rare dans les prises de parole publiques, cultivant une posture de retrait stratégique.

Un réveil fracassant depuis l’Est du pays

Le choix du lieu n’est pas anodin. En s’exprimant depuis Goma, chef-lieu d’une province meurtrie par les conflits et sous état de siège, Joseph Kabila se place au cœur de la plaie congolaise. Il ne parle pas depuis sa ferme de Kingakati à Kinshasa, mais depuis le front, là où la souveraineté nationale est la plus contestée.

Dans ses propos, le ton est glacial. Il qualifie le régime actuel de « dictature » et de « tyrannie ». Pour ses partisans, c’est un constat de lucidité ; pour ses détracteurs, c’est une provocation dangereuse. Mais au-delà des mots, c’est l’appel à l’action qui change la donne.

L’Article 64 : L’arme constitutionnelle ultime

Le point central de cette déclaration est l’invocation de l’Article 64 de la Constitution congolaise. Pour bien comprendre l’enjeu, il faut savoir ce que dit ce texte :

« Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. »

En brandissant cet article, Joseph Kabila ne demande pas seulement un changement de politique ; il appelle le peuple à se mobiliser pour « faire échec » au pouvoir en place. C’est une démarche qui, légalement, s’apparente à un appel à la désobéissance civile ou à une insurrection populaire pacifique. Kabila estime que le pacte républicain est rompu et que la survie de la nation justifie une réaction de la rue.

Les raisons d’une colère noire
Pourquoi maintenant ?

Joseph Kabila justifie sa position par plusieurs points critiques qu’il juge catastrophiques pour le pays :

  • La dérive autoritaire : Il dénonce un rétrécissement de l’espace démocratique, des arrestations d’opposants et une justice qu’il estime « instrumentalisée ».
  • L’insécurité galopante : Malgré les promesses, l’Est du pays reste aux mains de multiples groupes armés, et l’intégrité du territoire est, selon lui, plus menacée que jamais.
  • La crise sociale : Le coût de la vie et la dépréciation de la monnaie nationale pèsent sur le quotidien des Congolais, créant un terrain fertile au mécontentement.

Une opposition qui se réorganise

Cette sortie de Kabila agit comme un catalyseur. Jusqu’ici, l’opposition congolaise semblait fragmentée entre plusieurs figures (Moïse Katumbi, Martin Fayulu, etc.). En haussant le ton de la sorte, Kabila tente de reprendre le leadership moral de la résistance.
Il envoie un signal clair : le Front Commun pour le Congo (FCC), sa plateforme politique, n’est pas mort. Au contraire, il se positionne comme le dernier rempart contre ce qu’il nomme la « tyrannie ».

Quels sont les risques pour la RDC ?

L’histoire de la RDC est marquée par des cycles de violence liés aux transitions politiques. L’appel de Joseph Kabila soulève plusieurs inquiétudes :

  • Le risque de répression : En réponse à cet appel à la mobilisation, le gouvernement pourrait durcir le ton, craignant des troubles à l’ordre public.
  • L’instabilité sociale : Des manifestations massives pourraient paralyser l’économie déjà fragile du pays.
  • La réaction internationale : La communauté internationale, souvent prudente, observe avec inquiétude ce bras de fer entre un ancien et un actuel président.

Une chose est certaine : cette prise de parole rebat les cartes du jeu politique et ouvre une nouvelle séquence dont les conséquences pourraient dépasser le cadre strictement politique.

La réponse du pouvoir

Du côté de la majorité présidentielle, on ne reste pas silencieux. Les réactions ne se sont pas fait attendre, qualifiant les propos de Kabila de « discours de haine » ou de « tentative de déstabilisation ». Pour le camp au pouvoir, Kabila cherche à masquer son propre bilan et à revenir dans le jeu politique par la petite porte.

On accuse également l’ancien président de vouloir « allumer le feu » alors que le pays a besoin d’unité pour faire face aux agressions extérieures.
Conclusion : Un tournant décisif
Joseph Kabila a jeté un pavé dans la mare. En utilisant des mots comme « tyrannie » et en appelant à l’article 64, il ferme la porte au compromis discret. La scène politique congolaise entre dans une phase de haute tension où chaque mot et chaque mouvement de foule sera scruté de près.

Aucune communication officielle détaillée n’a encore été publiée au moment de la rédaction de cet article.

Le peuple congolais, principal concerné, se retrouve une fois de plus à la croisée des chemins. Entre la promesse de stabilité du pouvoir en place et l’appel à la résistance de l’ancien président, le climat est plus électrique que jamais.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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