RDC : l’examen de la motion de défiance contre Jacquemain Shabani reporté à une date ultérieure

La plénière de l’Assemblée nationale consacrée à l’examen de la motion de défiance visant le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a été reportée à une date ultérieure par le bureau de la chambre basse du Parlement. Cette décision, annoncée alors que la séance était attendue mercredi 15 avril, relance le débat sur les tensions politiques au sein de la majorité parlementaire et sur la gestion de la sécurité en République démocratique du Congo.

Selon plusieurs sources concordantes, la séance plénière initialement programmée pour examiner cette motion n’a finalement pas eu lieu. Le bureau de l’Assemblée nationale a décidé de reporter son examen sans fixer une nouvelle échéance, une décision confirmée publiquement par les services de communication de l’institution.

Une motion déposée dans un contexte sécuritaire préoccupant

La motion de défiance contre Jacquemain Shabani a été déposée le lundi 13 avril 2026 par le député national Laddy Yangotikala, élu de Kisangani. Elle a rapidement recueilli plus de cinquante signatures, conformément aux exigences du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Dans son argumentaire, le motionnaire dénonce une gestion jugée inefficace de la sécurité intérieure, caractérisée par une recrudescence des actes criminels dans plusieurs grandes villes du pays, notamment à Kinshasa. Braquages, kidnappings et banditisme urbain figurent parmi les griefs avancés contre le ministre de l’Intérieur.

Cette initiative parlementaire intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par une montée de l’insécurité urbaine malgré les opérations gouvernementales telles que « Ndobo », censées lutter contre les phénomènes de criminalité.

Un report controversé

La plénière devait se tenir le mercredi 15 avril 2026, soit dans le délai réglementaire de 48 heures après le dépôt de la motion. Toutefois, le bureau de l’Assemblée nationale a décidé de reporter la séance sine die, sans fournir de justification détaillée dans l’immédiat.

Ce report a suscité de vives réactions, notamment de la part de l’auteur de la motion. Laddy Yangotikala dénonce une « manœuvre dilatoire » visant, selon lui, à étouffer une initiative parlementaire pourtant conforme aux textes. Il affirme également subir des pressions politiques au sein de la majorité présidentielle pour retirer sa démarche.

Le député insiste sur le respect du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, rappelant que seule la plénière est habilitée à statuer sur une motion de défiance, en décidant de son adoption ou de son rejet.

Des divisions au sein de la majorité

L’évolution de ce dossier met en lumière des divergences internes au sein de l’Union sacrée de la Nation, plateforme politique au pouvoir. Certains regroupements politiques ont pris leurs distances avec la motion.

C’est notamment le cas de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A), dirigée par Modeste Bahati Lukwebo, qui a désavoué deux de ses députés ayant soutenu l’initiative. Le regroupement a même exigé le retrait de leurs signatures, invoquant la nécessité de préserver la cohésion de la majorité.

Cette prise de position traduit les tensions politiques autour de cette motion, qui dépasse le simple cadre parlementaire pour toucher à l’équilibre interne de la coalition au pouvoir.

Une procédure encadrée par le règlement intérieur

En droit parlementaire congolais, la motion de défiance constitue un mécanisme de contrôle de l’action gouvernementale. Elle permet aux députés de mettre en cause la responsabilité d’un membre du gouvernement.

Le règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit qu’une motion régulièrement déposée doit être examinée dans un délai de 48 heures. Ce délai vise à garantir la célérité du contrôle parlementaire et à éviter toute obstruction procédurale.

Dans le cas présent, l’expiration de ce délai sans tenue de la plénière soulève des interrogations sur le respect des procédures parlementaires et sur l’indépendance du pouvoir législatif.

Le silence du gouvernement

Du côté du gouvernement, aucune réaction officielle n’a été enregistrée immédiatement après l’annonce du report. Le vice-Premier ministre Jacquemain Shabani, en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, n’a pas encore pris la parole publiquement pour répondre aux accusations portées contre lui.

Nommé à ce poste stratégique en 2024 dans le gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa, Shabani est chargé de coordonner les politiques de sécurité intérieure dans un pays confronté à de multiples défis sécuritaires, tant à l’Est que dans les grandes agglomérations.

Un enjeu politique majeur

Au-delà de la personne du ministre concerné, cette motion de défiance revêt une importance politique majeure. Elle met en lumière les attentes de la population en matière de sécurité, mais aussi les tensions internes au sein de la majorité présidentielle.

Le report de la plénière pourrait être interprété comme une tentative de désamorcer une crise politique naissante. Toutefois, il risque également d’alimenter les critiques sur le fonctionnement des institutions et sur la transparence du processus parlementaire.

Pour certains observateurs, cette situation illustre les limites du contrôle parlementaire dans un contexte où les considérations politiques peuvent interférer avec les procédures institutionnelles.

Quelles perspectives ?

À ce stade, aucune nouvelle date n’a été fixée pour l’examen de la motion. L’évolution de ce dossier dépendra à la fois des rapports de force politiques au sein de l’Assemblée nationale et des décisions du bureau de la chambre basse.

Plusieurs scénarios restent possibles : la reprogrammation de la plénière, le retrait de la motion sous pression politique, ou encore son enlisement dans les procédures parlementaires.

Quoi qu’il en soit, cette affaire constitue un test pour la vitalité démocratique des institutions congolaises, notamment en ce qui concerne le rôle de l’Assemblée nationale dans le contrôle de l’action gouvernementale.

Le report de la plénière consacrée à la motion de défiance contre Jacquemain Shabani ouvre une séquence politique incertaine en République démocratique du Congo. Entre exigences de transparence, respect des procédures parlementaires et enjeux de cohésion politique, cette affaire illustre les défis auxquels sont confrontées les institutions du pays.

Dans un contexte marqué par l’insécurité et les attentes pressantes de la population, la manière dont cette motion sera traitée pourrait avoir des répercussions importantes sur la crédibilité du Parlement et sur la confiance des citoyens envers leurs représentants.

Esaïe Vumi Objectif DK TV

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