
La République démocratique du Congo (RDC) et la République centrafricaine (RCA) franchissent une nouvelle étape dans leur coopération bilatérale avec le lancement officiel d’un ambitieux projet d’infrastructure : la construction d’un corridor reliant la ville congolaise de Zongo à Bangui, capitale de la RCA. Porté par les deux États, ce projet prévoit notamment l’édification d’un pont moderne sur la rivière Oubangui, aujourd’hui principal obstacle physique entre les deux rives, et la modernisation d’un axe routier stratégique de près de 400 kilomètres.
Zongo et Bangui, séparées par les eaux calmes mais capricieuses de l’Oubangui, ont toujours été intimement liées. Marchés, échanges culturels, commerce informel et relations sociales unissent les populations des deux rives. Toutefois, l’absence d’un pont digne de ce nom constitue depuis des décennies un frein au développement de ces échanges, obligeant les riverains à recourir aux bacs ou pirogues souvent vétustes et précaires.
C’est pour briser cet isolement et renforcer la coopération transfrontalière que la RDC et la RCA ont décidé, dès décembre 2021, de lancer les études de faisabilité pour la construction d’un pont international. Ce projet, qui s’inscrit dans une perspective régionale plus large, est soutenu par la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) et financé en grande partie par la Banque Africaine de Développement (BAD).
Le cœur du projet repose sur la construction d’un pont routier moderne sur la rivière Oubangui, qui reliera directement les villes de Zongo et Bangui. Mais le projet ne s’arrête pas là : il est intégré dans un corridor de 400 kilomètres, qui reliera Akula, Gemena, Zongo (en RDC) à Bangui (en RCA). Cet axe est destiné à devenir une colonne vertébrale commerciale, favorisant le transport de marchandises et de personnes, la réduction des coûts logistiques, et l’intégration des économies locales dans le commerce régional et continental.
Ce corridor s’inscrit également dans les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), en favorisant les interconnexions entre l’Afrique centrale, orientale et australe. En réhabilitant les routes, en créant des postes de contrôle modernes aux frontières, et en facilitant la libre circulation, la RDC et la RCA entendent transformer ce corridor en moteur de croissance économique.
Une lettre d’intention a été signée en juin 2024 entre Kinshasa et Bangui pour formaliser les engagements des deux parties. Depuis, les équipes techniques ont redoublé d’efforts pour finaliser les études techniques, environnementales, juridiques et économiques. Une mission conjointe de suivi s’est tenue à Kinshasa en juillet 2025, réunissant les délégués des deux États, les experts de la BAD, ainsi que les représentants de la CEEAC.
Selon les déclarations de Billy Tshibambe, chef de cellule Infrastructures de la BAD, la signature du financement est prévue pour 2026, ce qui permettrait un démarrage effectif des travaux dès fin 2025 ou début 2026, sous réserve de la conclusion des études finales.
Pour la RDC, notamment pour la région du Grand Équateur, ce projet représente un véritable levier de désenclavement. L’ouverture du corridor facilitera l’exportation des produits agricoles, le développement du commerce local, l’émergence de zones industrielles et l’accès aux marchés régionaux. Pour la RCA, dont la capitale Bangui dépend fortement des importations, notamment en provenance du Cameroun, cette nouvelle liaison ouvre une alternative stratégique par le fleuve et la route.
Du point de vue diplomatique, ce projet renforce aussi les relations bilatérales, déjà nourries par un jumelage officiel entre Bangui et Zongo, signé en 2021. Il confirme la volonté politique des deux pays de miser sur les infrastructures comme vecteur de paix, de stabilité et d’intégration régionale.
Un calendrier ambitieux, des défis à relever
ÉtapeDate prévue
Lancement des étudesDécembre 2021
Signature de la lettre d’intentionJuin 2024
Finalisation des étudesDeuxième semestre 2025
Accord de financement2026
Début des travauxFin 2025 – Début 2026
Livraison projetée2028 (selon avancement)
Parmi les défis à surmonter figurent les aléas sécuritaires, la complexité de la coordination inter-étatique, le financement intégral du projet, ainsi que la nécessité d’intégrer les communautés locales dans la dynamique de développement.
Le projet de corridor Zongo–Bangui est plus qu’une simple infrastructure : c’est un symbole de renaissance économique et d’intégration sous-régionale. Il incarne l’ambition des États africains à prendre en main leur destin logistique, économique et diplomatique. Sa réussite dépendra autant de la volonté politique que de la rigueur technique et de l’adhésion populaire. Mais si les promesses sont tenues, c’est toute une région qui pourrait entrer dans une ère nouvelle de prospérité partagée.
Esaïe vumi objectif DK TV