Crise du M23 à Goma : le calvaire des enseignants face à la fermeture des banquesReportage Jeudi 11 juillet 2025

Plus de six mois après la prise de contrôle d’une partie de la province du Nord-Kivu par le mouvement rebelle M23/AFC, les conséquences économiques et sociales de cette occupation continuent de frapper durement les populations civiles. Parmi les victimes silencieuses de cette guerre prolongée, les enseignants vivent un véritable calvaire dû à la fermeture des banques dans les zones occupées, privant des milliers d’entre eux de leurs salaires depuis janvier 2025.

Tout commence fin janvier 2025, lorsque les éléments du M23, soutenus par des unités régulières de l’armée rwandaise, s’emparent de Goma, ainsi que des territoires voisins de Masisi, Rutshuru et Nyiragongo. Craignant une exploitation politique et une légitimation de cette occupation, la Banque Centrale du Congo ordonne immédiatement la fermeture de toutes les institutions financières dans les zones contrôlées par les rebelles.

Résultat : aucune banque ne fonctionne, aucun distributeur n’est approvisionné, et les enseignants ne peuvent plus accéder à leurs salaires, pourtant virés sur leurs comptes par le ministère de l’Enseignement.

Témoignages poignants : « Nous vivons dans l’indignité »

Dans la ville de Goma, devenue quasiment une ville fantôme en matière de services bancaires, les enseignants dénoncent une situation insoutenable.
« Cela fait six mois que je n’ai pas touché un seul franc congolais. Mon compte est crédité, mais l’argent est prisonnier », confie Monsieur Jean-Baptiste, enseignant dans une école publique de Nyiragongo.

Une autre enseignante, Madame Rachel, témoigne :

« Nous avons célébré la Journée nationale de l’enseignement le 30 avril dans la misère totale. Les autorités parlent de paix, mais oublient notre douleur. La vie de l’enseignant congolais est devenue une humiliation quotidienne. »

Selon des données croisées de Radio Okapi, plus de 3.800 enseignants répartis dans les territoires de Rutshuru, Masisi, Nyiragongo et Goma sont concernés par ces arriérés, certains depuis le 20 janvier 2025.

Face à cette situation, quelques enseignants se résignent à parcourir plus de 400 kilomètres jusqu’à Beni ou Butembo, où les banques fonctionnent encore. Mais ces voyages sont souvent synonymes de souffrances :

Risques sécuritaires élevés sur les routes,
Coûts de transport dépassant parfois le montant du salaire mensuel,
Endettement auprès des familles ou des créanciers locaux.

« J’ai fait deux jours à moto pour atteindre Butembo. Après retrait, il ne me restait que 20 000 francs congolais, à peine de quoi manger deux jours », raconte un enseignant de l’ITAV Masisi.

Plusieurs voix, notamment au sein du syndicat national des enseignants, ont appelé à un paiement via Mobile Money (Airtel Money, Orange Money, M-Pesa) pour contourner la fermeture des banques. Une solution techniquement possible, mais jamais mise en œuvre à grande échelle par le gouvernement ou les partenaires techniques comme Caritas.

« Le gouvernement reste muet. Nos revendications sont ignorées. Les ONG locales font ce qu’elles peuvent, mais l’État a une responsabilité directe », souligne un syndicaliste du Nord-Kivu.

Un léger vent d’espoir souffle depuis début juillet 2025 : les enseignants du territoire de Masisi ont commencé à recevoir leurs salaires via Caritas Développement Goma, selon les autorités éducatives locales.
Le 03 juillet 2025, une première vague de paiements a été réalisée, couvrant les six derniers mois d’arriérés.

Cependant, cette opération ne concerne que le territoire de Masisi. À Goma même, à Rutshuru ou à Nyiragongo, la situation reste inchangée. Les enseignants y attendent encore une initiative similaire pour soulager leurs souffrances.

Fermeture de nombreuses écoles publiques et conventionnées par manque de personnel ;

Ralentissement du calendrier scolaire, y compris l’organisation des examens ;
Risque de décrochage massif des élèves, surtout dans les zones rurales et de conflit.

« Comment pouvons-nous enseigner l’alphabet à nos enfants alors que nous ne pouvons même pas nourrir les nôtres ? », s’insurge un directeur d’école de la périphérie de Goma.

La situation dramatique des enseignants dans les zones sous occupation du M23 pose une question centrale : quelles priorités l’État congolais donne-t-il à son système éducatif dans un contexte de guerre?
Au-delà des discours politiques, des milliers d’enfants congolais sont aujourd’hui privés d’un enseignement régulier, et des familles entières sombrent dans la pauvreté alors que les salaires sont techniquement disponibles… mais inaccessibles.

En ce 11 juillet 2025, alors que la guerre persiste à l’est du pays, le sort des enseignants de Goma demeure une tragédie silencieuse, ignorée dans les couloirs de Kinshasa

À Rutshuru, où les enseignants menacent de boycotter les examens d’État si aucun paiement n’intervient avant le 20 juillet.

Esaïe vumi objectif DK TV

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