Kinshasa/Masina : Les bulldozers à l’assaut de l’Avenue Mobutu – Vers une renaissance urbaine ?

Le vacarme des bulldozers résonne depuis plusieurs jours sur l’Avenue Mobutu, dans la commune de Masina. Ce vendredi 08 août 2025 encore, les engins lourds poursuivent la démolition des constructions érigées illégalement sur l’emprise de cet axe stratégique, reliant le quartier Petro-Congo au Boulevard Lumumba, à hauteur de l’entrée Abattoir.

L’opération, musclée et méthodique, s’inscrit dans un vaste programme de désengorgement et de modernisation urbaine, voulu par les autorités provinciales de Kinshasa. Objectif affiché : rendre à la voie publique son intégrité et fluidifier la circulation dans une zone longtemps étouffée par l’urbanisation anarchique.

L’Avenue Mobutu n’est pas un simple bout de route. Elle constitue un passage clé entre l’Est de Kinshasa et le cœur économique de la ville. Depuis des années, cette artère était envahie par des constructions précaires, des étals de fortune et des habitations permanentes bâties au mépris des normes.

Résultat : un rétrécissement de la chaussée, une circulation chaotique et des risques accrus lors des inondations, notamment celles d’avril dernier qui avaient englouti plus de 600 maisons dans les quartiers Abattoir et Petro-Congo.
La mémoire de cette catastrophe reste vive chez les habitants, et l’opération de démolition est vue par certains comme un mal nécessaire pour éviter de nouveaux drames.

Sur place, l’ambiance est un mélange d’émotion et de résignation.
Près d’un amas de briques fraîchement abattues, Marie-Louise, vendeuse de légumes, regarde sa petite échoppe détruite :

« On nous avait prévenus, mais c’est toujours un choc. J’espère qu’ils vont vraiment refaire la route comme ils disent. »

À quelques mètres, Patrick, chauffeur de taxi-moto, voit les choses autrement :

« C’était devenu invivable. Trop de bouchons, pas de place pour circuler. C’est bien qu’ils fassent le ménage. »

Ces avis divergents illustrent le dilemme de nombreuses opérations de réhabilitation : entre la nécessité de moderniser et le besoin de protéger les moyens de subsistance.

D’après des sources proches de l’Hôtel de Ville, cette phase de démolition n’est que le début d’un plan plus large visant à réhabiliter l’ensemble de l’Avenue Mobutu, y compris les voiries d’accès au Boulevard Lumumba.
Les autorités locales insistent sur le fait que tous les occupants avaient été informés et que des mesures d’accompagnement social sont à l’étude pour les familles les plus vulnérables.

Le message est clair : plus de tolérance pour les occupations illégales des emprises publiques, particulièrement dans les zones stratégiques de Kinshasa.

Cette opération, au-delà de la réouverture physique d’un axe, envoie un signal politique fort : la volonté de Kinshasa de reprendre le contrôle de ses espaces urbains et de lutter contre la prolifération de quartiers construits sans planification.

Dans un contexte où la capitale fait face à une croissance démographique explosive, cette reprise en main apparaît comme un impératif. Les experts en urbanisme y voient une opportunité de redéfinir la physionomie de Masina, à condition que les travaux soient suivis d’aménagements durables : trottoirs, drainage des eaux, éclairage public et sécurisation des abords.

À mesure que les murs tombent et que les gravats s’amoncellent, c’est tout un paysage qui disparaît, avec ses habitudes, ses commerces et ses repères. Pour les anciens, la scène est presque nostalgique. Pour d’autres, c’est le signe d’un nouveau départ.

Reste à savoir si les promesses de reconstruction et de modernisation se concrétiseront, ou si l’Avenue Mobutu rejoindra la longue liste des chantiers inachevés de Kinshasa.
En attendant, le quartier Petro-Congo vit au rythme des bulldozers, dans l’attente d’une renaissance annoncée.

Esaïe vumi objectif DK TV

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