
Le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) a tranché. Après plusieurs mois d’évaluation et de délibérations, seules 17 universités de la République Démocratique du Congo ont vu leurs facultés de médecine officiellement accréditées. Une annonce qui fait l’effet d’un séisme dans le secteur de l’enseignement supérieur et de la santé, tant l’enjeu est vital pour l’avenir de la profession médicale dans le pays.
Désormais, les diplômés issus de ces 17 institutions bénéficieront d’un privilège de taille : l’exemption du Test préalable à l’inscription au Tableau de l’Ordre des Médecins (TOM), une épreuve qui s’était imposée comme filtre obligatoire ces dernières années. Pour les autres universités, c’est une période de doute et de remise en question qui s’ouvre.
Un processus de contrôle inédit et rigoureux
Le communiqué signé par le Dr Kapangala Wuma, Secrétaire national du CNOM, et le Dr Nsadi Ewene, Président national, rappelle que cette mesure est l’aboutissement d’un contrôle de viabilité lancé en décembre 2024 et conclu par des délibérations en janvier 2025. L’objectif était clair : s’assurer que les facultés de médecine en RDC disposent réellement des moyens académiques, pédagogiques et matériels pour former des médecins compétents.
Ce contrôle a porté sur plusieurs critères essentiels :
La qualité du corps professoral et la disponibilité des enseignants qualifiés.
Les infrastructures de formation (laboratoires, hôpitaux universitaires, bibliothèques spécialisées).
Le respect des programmes académiques et des normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
La capacité d’encadrement pratique des étudiants dans des structures de santé agréées.
Au terme de ce processus exigeant, seules 17 facultés de médecine ont été jugées conformes aux standards exigés.
Une liste sélective : les 17 universités accréditées
Les institutions retenues se répartissent sur l’ensemble du territoire national, reflétant la diversité géographique du pays mais aussi les inégalités criantes entre établissements. Voici la liste complète publiée le 16 août 2025 :
- Université de Kinshasa (UNIKIN)
- Université de Lubumbashi (UNILU)
- Université Catholique du Graben (UCG)
- Université de Kisangani (UNIKIS)
- Université Évangélique d’Afrique (UEA)
- Université Notre Dame du Kasayi (UKA)
- Université Catholique de Bukavu (UCB)
- Université Officielle de Mbuji-Mayi (UOM)
- Université Officielle de Bukavu (UOB)
- Université de Goma (UNIGOM)
- Université Libre des Pays du Grand Lac (ULPGL)
- Université de Kindu (UNIKI)
- Université Protestante au Congo (UPC)
- Université d’Uélé (UELE)
- Université de Mbuji-Mayi (UM)
- Université de Kikwit (UNIKIK)
- Université Notre Dame de Tshumbe (UNITSHU)
Ces universités sont désormais considérées comme les seuls pôles de formation médicale officiellement reconnus par le CNOM.
Un soulagement pour les étudiants… et un casse-tête pour les autres
Pour les étudiants et diplômés des universités accréditées, l’annonce est vécue comme une victoire. En effet, ils sont désormais dispensés du Test préalable d’inscription au TOM, un examen redouté qui servait à vérifier la compétence réelle des nouveaux médecins avant leur intégration dans le corps médical national.
En revanche, pour les milliers d’étudiants inscrits dans des facultés non reprises dans la liste, l’incertitude domine. Ils devront continuer à se soumettre au TOM, et surtout, leurs diplômes risquent de souffrir d’un déficit de reconnaissance. Beaucoup craignent une perte de crédibilité, tant sur le plan national qu’international.
Un étudiant de Kinshasa, interrogé par Radio Okapi, confiait :
« C’est une bonne chose que le CNOM impose des standards. Mais pour nous qui sommes dans des universités non accréditées, que deviendra notre avenir ? Nos parents se sacrifient, et aujourd’hui nous avons peur de perdre des années d’efforts. »
Une décision motivée par les dérives du passé
Depuis plusieurs années, la RDC faisait face à une prolifération de facultés de médecine, parfois ouvertes sans moyens suffisants. Cette expansion incontrôlée inquiétait autant le CNOM que le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU).
Les conséquences étaient graves :
Une saturation du marché avec des milliers de diplômés sans encadrement de qualité.
Des médecins insuffisamment formés, mettant en péril la vie des patients.
Une dégradation de l’image du diplôme congolais de médecine sur la scène internationale.
C’est pour endiguer cette crise que le CNOM a décidé de mettre de l’ordre et de resserrer l’accès à la profession médicale.
Des implications majeures pour le système de santé
L’impact de cette décision dépasse le seul cadre académique. Elle pourrait transformer durablement le paysage sanitaire congolais :
Meilleure qualité des soins : en limitant le nombre de diplômés aux seuls établissements viables, le CNOM espère garantir des médecins mieux formés, capables de répondre aux défis sanitaires du pays.
Restauration de la confiance : la population, souvent méfiante envers certains praticiens, pourrait retrouver foi dans la compétence des médecins congolais.
Reconnaissance internationale : l’accréditation sélective pourrait faciliter la mobilité des diplômés accrédités et renforcer la crédibilité de la RDC auprès des partenaires extérieurs.
Pression sur les universités non conformes : celles-ci devront soit améliorer rapidement leur niveau, soit envisager la fermeture de leurs facultés de médecine.
Réactions partagées dans le monde académique et médical
La nouvelle a suscité un large éventail de réactions.
Côté positif : plusieurs associations médicales saluent « un pas courageux et nécessaire » pour assainir la formation médicale. Selon elles, il vaut mieux former moins de médecins mais mieux qualifiés, que de produire des cohortes de diplômés incompétents.
Côté critique : certaines universités non accréditées dénoncent une décision trop brutale, prise sans leur donner le temps d’ajuster leurs programmes. Elles plaident pour une « période de transition » et une assistance technique du gouvernement.
Chez les étudiants : la colère gronde dans certaines provinces. Des sit-in et des manifestations sont déjà annoncés pour exiger une révision de la liste.
Et après ? Quelles perspectives pour l’avenir ?
Le CNOM a précisé que cette liste n’est pas figée. Des réévaluations seront menées régulièrement, et les universités qui amélioreront leurs standards pourront espérer rejoindre le cercle restreint des établissements accrédités.
Par ailleurs, le ministère de l’ESU est attendu sur plusieurs mesures d’accompagnement :
Un plan d’appui aux universités en difficulté, pour relever le niveau académique.
Des investissements dans les infrastructures hospitalières universitaires.
Une réforme des programmes pour harmoniser la formation avec les standards internationaux.
À moyen terme, cette réforme pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour la médecine congolaise : plus sélective, plus exigeante et plus respectée.
Conclusion : un tournant historique
L’annonce du 16 août 2025 restera comme une date marquante dans l’histoire de l’enseignement supérieur et de la santé en RDC. En validant seulement 17 facultés de médecine, le CNOM a posé un acte fort : protéger la qualité de la formation médicale et restaurer la crédibilité du médecin congolais.
Cette décision, applaudie par certains et critiquée par d’autres, ouvre un débat crucial : celui de la responsabilité collective dans la formation des élites médicales d’un pays en quête de développement. Pour les étudiants, l’avenir reste incertain, mais pour la profession, c’est un pas en avant vers l’excellence.
Esaïe vumi objectif DK TV