Sud-Kivu : le M23 s’empare de la cité de Nzibira après de violents combats — les Wazalendo annoncent un retrait stratégique pour protéger les civils

Après plusieurs jours de combats acharnés contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les combattants Wazalendo, les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) ont pris le contrôle de la cité de Nzibira, dans le territoire de Walungu. Face à la pression militaire, les Wazalendo affirment avoir procédé à un retrait stratégique, afin de préserver les vies des populations civiles. Une nouvelle avancée rebelle qui inquiète les habitants et fragilise encore davantage la stabilité du Sud-Kivu.

Selon plusieurs sources concordantes, notamment Radio Okapi et le média congolais News.cd, les affrontements qui ont conduit à la chute de Nzibira ont éclaté dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22 septembre 2025. La société civile du territoire de Walungu a confirmé que les forces du M23 ont pris possession de la cité après plusieurs heures de combats d’une intensité inhabituelle.

Du côté des autorités, un officier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), joint par téléphone et cité anonymement par Radio Okapi, a reconnu « une pression militaire importante exercée par le M23 », tout en insistant sur le fait que « les FARDC poursuivent les opérations de contre-offensive afin de rétablir l’autorité de l’État dans cette zone stratégique du Sud-Kivu ».

La coordination provinciale de la société civile du Sud-Kivu a également publié un communiqué appelant le gouvernement central à « renforcer rapidement les effectifs militaires et logistiques » pour éviter que la progression du M23 ne se poursuive vers d’autres localités.

Sur le plan humanitaire, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), bien qu’il n’ait pas encore publié de bilan officiel sur les déplacés de Nzibira, estime que plusieurs centaines de familles ont déjà fui la cité et se dirigent vers les localités voisines jugées plus sûres. La Monusco, de son côté, a indiqué suivre de près l’évolution de la situation tout en appelant « toutes les parties à respecter le droit international humanitaire et à épargner les civils ».

Enfin, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a réagi dans une brève déclaration relayée par les médias nationaux, affirmant que « le Congo ne cèdera pas un centimètre de son territoire » et que « toutes les mesures sont prises pour rétablir l’ordre républicain à Nzibira et dans ses environs ».

Située dans le territoire de Walungu, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Bukavu, la cité de Nzibira ne constitue pas seulement une localité parmi tant d’autres. Sa position géographique, conjuguée à la présence d’une piste d’atterrissage rudimentaire, en fait un point névralgique pour le contrôle militaire et logistique dans le Sud-Kivu.

Depuis plusieurs mois, les mouvements de troupes du M23 dans cette région étaient signalés par des sources locales et des organisations de la société civile. L’offensive lancée la semaine dernière a confirmé ces inquiétudes. Les FARDC et les Wazalendo, alliés dans cette bataille, ont tenté de contenir la poussée rebelle, mais la supériorité tactique du M23 a fini par imposer sa loi.

Selon des témoins sur place, les affrontements ont débuté autour de Nzibira dans la nuit du 19 au 20 septembre 2025, avant de s’intensifier le lendemain. Des rafales d’armes automatiques et des explosions ont retenti sans discontinuer, obligeant de nombreux habitants à fuir précipitamment leurs maisons.

« Nous avons entendu des tirs sans arrêt, c’était la panique totale. Les enfants pleuraient, nous avons pris ce que nous pouvions avant de quitter la cité », raconte une habitante jointe par téléphone par Radio Okapi.

Après deux jours de résistance, les FARDC et leurs alliés Wazalendo ont cédé du terrain, permettant aux rebelles d’entrer dans Nzibira le 22 septembre 2025 au matin.

Au lendemain de la chute de Nzibira, les voix des habitants rescapés se sont multipliées pour décrire l’ampleur du drame vécu par la population civile. Interrogé par Radio Okapi, un père de famille ayant fui vers la localité de Burhale raconte : « Nous avons quitté nos maisons dans la précipitation. Les tirs étaient trop forts et les enfants pleuraient. Nous avons marché toute la nuit sans rien emporter, juste pour sauver nos vies. »

Une femme déplacée, mère de quatre enfants, confie quant à elle : « J’ai perdu mon mari dans la confusion. Il est resté derrière pour aider les voisins âgés. Jusqu’à présent, je ne sais pas s’il est encore vivant. » Ces récits traduisent l’état de détresse dans lequel se trouvent des centaines de familles contraintes d’abandonner leurs biens et leurs champs.

Les leaders locaux ne cachent pas leur inquiétude. Le président de la société civile de Walungu déclare : « Ce n’est pas seulement une cité qui tombe, c’est toute une population qui est sacrifiée. Nous demandons au gouvernement central et aux partenaires internationaux d’agir immédiatement pour stopper l’avancée du M23 et protéger les civils. »

Du côté des Wazalendo, les combattants locaux ayant pris part aux affrontements, le discours se veut rassurant malgré la perte de Nzibira. L’un d’eux, interrogé par téléphone, affirme : « Nous avons opéré un retrait stratégique non pas par faiblesse, mais pour éviter un bain de sang au cœur de la cité. Nous ne pouvions pas continuer à nous battre dans des rues pleines de femmes et d’enfants. »

Dans les villages environnants, la peur reste palpable. Des témoins rapportent avoir vu des colonnes entières de civils marcher avec des ballots sur la tête, cherchant refuge dans des zones encore sous contrôle des FARDC. Certains habitants se disent traumatisés par le souvenir des offensives précédentes du M23 dans le Nord-Kivu, craignant que Nzibira ne devienne le théâtre de nouvelles exactions.

Les combattants Wazalendo, souvent présentés comme des supplétifs de l’armée congolaise et issus de milices locales, ont annoncé leur repli volontaire. Selon eux, il s’agit d’une manœuvre tactique destinée à éviter des pertes civiles massives.

« Nous ne voulons pas que nos villages se transforment en champs de bataille. Nous avons choisi de reculer pour protéger nos familles et nos communautés », a déclaré un porte-parole Wazalendo, cité par Radio Okapi.

Ce discours vise à présenter la décision comme une preuve de responsabilité, mais sur le terrain, certains habitants interprètent ce retrait comme une défaite. Plusieurs leaders locaux craignent que le vide sécuritaire ainsi créé ne plonge la population dans une situation de grande vulnérabilité.

Pour l’armée congolaise, la chute de Nzibira constitue un nouveau revers dans sa lutte contre le M23. Déjà sous pression dans le Nord-Kivu, notamment autour de Rutshuru et Masisi, les FARDC voient désormais le front du Sud-Kivu s’embraser.

Un officier congolais, qui a requis l’anonymat, reconnaît les difficultés :
« Le M23 bénéficie de moyens logistiques importants et d’une mobilité supérieure. Nous avons résisté avec les moyens du bord, mais l’ennemi était trop fort. Ce n’est pas la fin de la bataille, nous préparons une contre-offensive. »

L’aveu est significatif : malgré les annonces officielles de renforcement des capacités militaires, l’armée peine à sécuriser l’ensemble du territoire face à une rébellion organisée et déterminée.

Comme souvent dans ce type de conflit, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd. À Nzibira, des milliers de familles ont été contraintes de quitter leurs foyers. Certaines ont trouvé refuge dans les localités voisines de Kavumu et Shabunda, d’autres errent encore dans la brousse.

Un enseignant de la cité raconte :
« Nous avons fermé l’école depuis trois jours. Les enfants n’ont plus de classes, les parents n’ont plus de travail. Tout est à l’arrêt. Nous ne savons pas quand nous pourrons revenir. »

Les organisations humanitaires locales alertent déjà sur les risques de crise alimentaire et sanitaire. L’afflux soudain de déplacés internes met sous pression les maigres ressources disponibles dans les villages voisins.

La prise de Nzibira survient dans un contexte diplomatique marqué par la fragilité des accords de cessez-le-feu négociés ces derniers mois. Kinshasa accuse régulièrement le M23 de violer les engagements pris, tandis que les rebelles dénoncent le non-respect des promesses de réintégration et de dialogue.

Chaque conquête territoriale affaiblit un peu plus la crédibilité du processus de paix. Pour les observateurs, le M23 cherche à renforcer sa position militaire afin de peser davantage dans d’éventuelles négociations futures.

Un analyste politique basé à Bukavu commente :
« Contrôler une cité comme Nzibira n’est pas seulement une victoire militaire, c’est aussi un levier politique. Le M23 veut montrer qu’il reste incontournable dans la dynamique régionale. »

La progression du M23 dans le Sud-Kivu relance les soupçons d’ingérence régionale. Kinshasa continue de pointer du doigt le Rwanda, accusé de soutenir les rebelles, accusations que Kigali rejette. Quoi qu’il en soit, l’évolution du conflit inquiète aussi les pays voisins, comme le Burundi et l’Ouganda, qui redoutent des débordements sécuritaires et humanitaires.

Pour la communauté internationale, la situation confirme l’urgence d’une médiation renforcée. Mais tant que le rapport de force militaire reste favorable au M23, les chances de retour rapide à la table des négociations semblent minces.

Du côté des FARDC et des Wazalendo, la promesse est faite de reprendre Nzibira. Des sources militaires évoquent l’arrivée de renforts et d’équipements supplémentaires dans la région. Mais la réalité du terrain reste complexe : routes difficiles, zones forestières propices aux embuscades, et moral des troupes fragilisé par une série de défaites.

Pour l’heure, Nzibira reste aux mains du M23. L’avenir dira si la cité sera rapidement reconquise par l’armée ou si elle deviendra un nouveau bastion rebelle durable.

À la suite de la prise de Nzibira par le M23 le 22 septembre 2025, les réactions officielles n’ont pas tardé. Du côté congolais, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a dénoncé ce qu’il a qualifié de « nouvelle agression contre la souveraineté de la République démocratique du Congo ». Dans une brève déclaration relayée par la télévision nationale, il a assuré que « toutes les dispositions militaires et diplomatiques seront prises pour rétablir l’ordre dans la cité de Nzibira et protéger les populations civiles ».

Le gouverneur du Sud-Kivu, Théo Ngwabidje Kasi, a convoqué une réunion de crise à Bukavu avec les services de sécurité provinciaux. Dans un communiqué officiel, il a appelé les habitants au calme tout en exhortant les FARDC et les forces locales de résistance à « redoubler d’efforts pour stopper la progression de l’ennemi ».

Sur le plan diplomatique, la Monusco a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’extension des combats au Sud-Kivu, une zone qui jusqu’ici avait été relativement épargnée par l’avancée du M23. L’organisation onusienne a rappelé aux belligérants l’obligation de respecter le droit international humanitaire, en particulier la protection des civils et l’accès humanitaire pour les déplacés.

De son côté, l’Union africaine a publié une note appelant « toutes les parties prenantes à un cessez-le-feu immédiat » et à « privilégier le dialogue régional sous la médiation de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ». L’UA a averti que la multiplication des foyers de tensions risquait de compromettre les efforts de stabilisation dans la région des Grands Lacs.

Enfin, plusieurs chancelleries occidentales, dont celles des États-Unis et de la France, ont exprimé leur solidarité avec Kinshasa et ont appelé au respect de l’intégrité territoriale de la RDC. Le département d’État américain a notamment insisté sur « l’urgence de relancer un cadre de négociations régionales pour éviter une escalade généralisée dans l’est du pays ».

La chute de Nzibira, annoncée le 22 septembre 2025, marque une étape inquiétante dans l’évolution du conflit à l’Est de la République démocratique du Congo. En s’emparant de cette cité stratégique, le M23 démontre sa capacité à élargir son champ d’action au Sud-Kivu, au-delà de ses zones traditionnelles du Nord-Kivu.

Le retrait stratégique des Wazalendo, présenté comme une décision pour protéger les civils, illustre les limites de la défense locale face à un adversaire mieux équipé. Pendant ce temps, les populations civiles continuent de fuir, victimes d’un conflit dont elles ne sont que les otages.

Derrière cette bataille se cachent des enjeux plus larges : la crédibilité des accords de paix, la stabilité régionale et la capacité de l’État congolais à assurer sa souveraineté. Nzibira n’est peut-être qu’un épisode parmi d’autres, mais il symbolise la persistance d’une guerre qui dure depuis plus de deux décennies et qui continue de ravager l’Est du pays.

La chute de Nzibira aux mains du M23 le 22 septembre 2025 marque une étape préoccupante dans l’évolution du conflit à l’est de la République démocratique du Congo. Jusqu’ici cantonné principalement au Nord-Kivu, le mouvement rebelle démontre désormais sa capacité à élargir son champ d’action vers le Sud-Kivu, une province considérée comme stratégique à la fois sur le plan sécuritaire et économique. Cette avancée ouvre un nouveau front, accentuant les risques de déstabilisation dans une région déjà fragilisée par des décennies de violences armées.

D’un point de vue militaire, la prise de Nzibira pourrait avoir un double objectif. Premièrement, elle permettrait au M23 d’assurer un couloir logistique reliant les zones montagneuses de l’Itombwe aux bastions traditionnels du Nord-Kivu. Deuxièmement, elle mettrait une pression directe sur Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, en créant un climat d’insécurité propice au déplacement massif des populations et à la fragilisation de l’autorité de l’État.

Pour les FARDC, la perte de cette cité représente un revers tactique qui pourrait miner le moral des troupes et des forces d’autodéfense locales (Wazalendo). Toutefois, certains analystes estiment que ce repli n’est pas nécessairement définitif. Si l’armée parvient à regrouper ses forces et à bénéficier d’un soutien logistique accru, une contre-offensive ciblée pourrait inverser le rapport de force. Tout dépendra de la rapidité avec laquelle Kinshasa réagira, tant sur le plan militaire que diplomatique.

Sur le plan politique, cette évolution met de nouveau en lumière les faiblesses de la diplomatie régionale. Malgré les différents processus de médiation engagés par la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), aucune solution durable n’a encore émergé. La RDC, qui accuse régulièrement le Rwanda de soutenir le M23, risque d’intensifier ses démarches auprès de l’Union africaine et des Nations unies afin d’obtenir une condamnation plus ferme de Kigali. Cette escalade pourrait raviver les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali, avec des répercussions directes sur la stabilité régionale.

D’un point de vue humanitaire, l’impact s’annonce déjà lourd. Des centaines de familles déplacées se retrouvent sans abri ni assistance, exposées aux maladies et à l’insécurité alimentaire. Si la progression du M23 se poursuit, les flux de déplacés pourraient se chiffrer à plusieurs dizaines de milliers, aggravant une crise humanitaire déjà complexe dans l’est du Congo. Les ONG et les agences onusiennes appellent déjà à un accès humanitaire sécurisé, mais les combats risquent de compliquer la mise en œuvre d’une aide efficace.

Enfin, l’avenir immédiat dépendra de plusieurs facteurs :

la capacité des FARDC à réorganiser leurs lignes de défense autour de Bukavu et des axes stratégiques ;

la mobilisation internationale pour imposer une nouvelle trêve ou relancer un processus de dialogue ;

la résilience des communautés locales, déjà durement éprouvées, mais qui demeurent un acteur clé dans la résistance face aux groupes armés.

En somme, Nzibira devient un symbole : celui de la fragilité persistante de l’est congolais, mais aussi de la nécessité d’une réponse plus globale combinant sécurité, diplomatie et développement. Sans une stratégie claire et coordonnée, la chute de cette cité pourrait n’être que le prélude à une nouvelle spirale de violence qui embraserait à la fois le Sud-Kivu et la région des Grands Lacs.

Esaïe vumi objectif DK TV

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