
Par une ordonnance présidentielle lue ce samedi soir sur les antennes de la Radio-Télévision Nationale Congolaise (RTNC), le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a nommé Teddy Muba Lwamba au poste de directeur général de la Société Nationale d’Électricité (SNEL). Ancien ministre des Ressources Hydrauliques et de l’Électricité, ingénieur électromécanicien de formation et docteur en génie électrique, il hérite des rênes d’une entreprise publique stratégique, mais confrontée à des défis structurels immenses.
Par une ordonnance présidentielle lue ce samedi soir sur les antennes de la Radio-Télévision Nationale Congolaise (RTNC), le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a nommé Teddy Muba Lwamba au poste de directeur général de la Société Nationale d’Électricité (SNEL).
Dans le texte officiel, la Présidence souligne que cette nomination s’inscrit dans la volonté de « doter la SNEL d’un leadership compétent et expérimenté, capable de répondre aux attentes de la population et de relever les défis énergétiques du pays ».
Teddy Lwamba n’est pas un inconnu dans les couloirs de la SNEL. En octobre 2022, il avait été nommé directeur général adjoint, à l’issue d’un concours organisé par le Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques (COPIREP) avec l’appui de la Banque mondiale. Cette procédure visait à renforcer la gouvernance des entreprises stratégiques en privilégiant la compétence et le mérite.
Deux ans plus tard, en mai 2024, il avait rejoint le gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, où il a occupé le portefeuille des Ressources Hydrauliques et de l’Électricité. À ce titre, il a piloté plusieurs projets de réhabilitation des infrastructures énergétiques, notamment dans les centrales d’Inga et de Zongo, tout en engageant des discussions avec les bailleurs internationaux pour accroître l’investissement dans le secteur.
Son retour à la tête de la SNEL apparaît ainsi comme une continuité logique : l’homme connaît les dossiers techniques, a expérimenté les contraintes politiques et diplomatiques, et dispose désormais de l’autorité nécessaire pour orienter la stratégie d’une entreprise vitale pour l’économie nationale.
Créée en 1970, la SNEL est l’opérateur public en charge de la production, du transport et de la distribution de l’électricité en République démocratique du Congo. Elle gère notamment le barrage d’Inga, l’un des plus puissants au monde, mais qui reste paradoxalement sous-exploité.
Selon les chiffres officiels, moins de 20 % de la population congolaise a accès à l’électricité, un taux encore plus faible en zones rurales où il chute parfois à 5 %. Les infrastructures sont vieillissantes, les lignes de transport insuffisantes, et la maintenance reste irrégulière faute de moyens financiers.
La société est également minée par des pertes techniques et commerciales estimées à près de 40 % de la production, dues à la vétusté des équipements mais aussi aux branchements frauduleux et au non-paiement des factures.
Pour beaucoup d’analystes, la nomination de Teddy Lwamba est donc un pari : réussira-t-il à transformer une entreprise souvent accusée d’inefficacité en un acteur moderne et fiable du développement ?
Les priorités du nouveau directeur général
Dès son installation, plusieurs chantiers cruciaux attendent Teddy Lwamba :
- Modernisation des infrastructures : réhabiliter les centrales existantes, améliorer les capacités de transport et de distribution, et lancer de nouveaux projets d’électrification.
- Réduction des délestages : mettre en place une maintenance préventive et une meilleure planification des opérations pour limiter les coupures récurrentes qui pénalisent les ménages et les entreprises.
- Amélioration de la gouvernance : renforcer la transparence financière, lutter contre la corruption et instaurer une gestion axée sur la performance.
- Partenariats stratégiques : attirer des financements extérieurs, notamment de la Banque mondiale, de la BAD et d’investisseurs privés, pour accélérer la modernisation du secteur.
- Énergie pour tous : concrétiser les promesses d’électrification rurale et urbaine, afin d’accroître le taux de couverture nationale et de réduire les inégalités régionales.
Selon les dernières données publiées par le ministère des Ressources Hydrauliques et de l’Électricité, la RDC dispose d’un potentiel hydroélectrique évalué à plus de 100 000 MW, mais à peine 2 800 MW sont actuellement exploités. La SNEL, pour sa part, dessert environ 1,6 million d’abonnés officiels sur une population estimée à près de 110 millions d’habitants, soit un taux d’accès national à l’électricité inférieur à 20 %. À Kinshasa, malgré une demande quotidienne supérieure à 1 200 MW, l’offre réelle ne dépasse souvent pas 700 MW, entraînant des délestages récurrents. Les pertes techniques et commerciales sont estimées à près de 40 % de la production, représentant un manque à gagner annuel de plusieurs centaines de millions de dollars pour l’entreprise publique.L
La nomination de Teddy Lwamba a suscité de nombreuses réactions dans la classe politique et au sein de la société civile.
Un cadre de la Présidence, interrogé sous couvert d’anonymat, a salué un « choix de compétence et de continuité », soulignant que « le président a voulu mettre en avant un technicien chevronné plutôt qu’un simple politicien ».
De son côté, un représentant d’une ONG spécialisée dans l’énergie a rappelé les attentes pressantes : « Les Congolais sont fatigués des promesses. Ce qu’ils veulent, c’est de l’électricité dans leurs foyers et pour leurs activités économiques. Teddy Lwamba connaît les réalités du secteur ; il n’aura pas d’excuse. »
Du côté des usagers, l’annonce est accueillie avec un mélange d’espoir et de scepticisme. À Kinshasa comme à Lubumbashi, nombreux sont ceux qui pointent les délestages quotidiens et les factures jugées trop élevées par rapport à la qualité du service.
Au-delà de l’aspect technique, cette nomination revêt une dimension politique. En confiant la SNEL à un technocrate respecté, Félix Tshisekedi envoie un message : celui d’une volonté de professionnaliser la gestion des entreprises publiques.
Ce geste s’inscrit dans une stratégie plus large du chef de l’État, qui cherche à démontrer sa capacité à répondre aux préoccupations sociales, alors que son second mandat s’accompagne d’attentes fortes sur le plan économique. L’accès à l’électricité est en effet perçu comme un levier majeur pour l’industrialisation, la création d’emplois et la modernisation du pays.
Pour autant, le chemin sera semé d’embûches. Les experts soulignent que la SNEL ne pourra pas se redresser sans une réforme structurelle profonde :
Le modèle économique de l’entreprise reste fragile, avec des tarifs jugés insuffisants pour couvrir les coûts réels, mais trop élevés pour les ménages modestes.
La dette accumulée auprès de certains fournisseurs et bailleurs pèse lourdement sur sa capacité d’investissement.
Les pressions politiques et les ingérences dans la gestion risquent de limiter la marge de manœuvre du nouveau DG.
Un économiste basé à Kinshasa résume : « Teddy Lwamba a les compétences, mais il devra faire preuve d’indépendance et de fermeté pour imposer une nouvelle culture de gestion. S’il cède aux habitudes de clientélisme, son mandat sera un échec comme tant d’autres. »
La réforme de la SNEL s’inscrit dans le cadre de la loi n° 08/007 du 7 juillet 2008 portant dispositions générales relatives à la transformation des entreprises publiques, qui impose une gestion axée sur la transparence, la performance et la reddition des comptes. De plus, la gouvernance de la société reste soumise aux orientations du COPIREP (Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques), instance chargée de veiller à l’application des réformes structurelles recommandées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
La RDC possède un potentiel hydroélectrique colossal, estimé à plus de 100 000 MW, soit 13 % du potentiel mondial. Pourtant, ce gisement est largement inexploité. Le développement du Grand Inga, régulièrement évoqué mais jamais concrétisé, reste un symbole de cette richesse dormante.
Avec des investissements adéquats et une gestion modernisée, la SNEL pourrait non seulement satisfaire la demande nationale, mais aussi exporter de l’électricité vers les pays voisins, devenant ainsi une source majeure de devises pour l’État.
La nomination de Teddy Lwamba ouvre donc une fenêtre d’opportunité : transformer la SNEL en moteur du développement et faire de l’électricité un atout stratégique plutôt qu’un handicap.
En plaçant Teddy Muba Lwamba à la tête de la SNEL, le président Félix Tshisekedi fait le pari d’un technicien expérimenté, familier des enjeux du secteur et porteur d’une vision réformatrice. Mais l’attente est immense, car l’électricité est au cœur des besoins quotidiens des Congolais et du développement économique du pays.
Le défi est double : restaurer la confiance des citoyens en garantissant un service plus fiable, et convaincre les partenaires internationaux de soutenir un secteur longtemps perçu comme opaque et inefficace.
Si Teddy Lwamba parvient à relever ce défi, son mandat pourrait marquer un tournant historique pour la SNEL et, plus largement, pour l’avenir énergétique de la RDC. Dans le cas contraire, la nomination ne sera qu’une énième transition dans l’histoire tourmentée d’une entreprise pourtant vitale pour la nation.
En définitive, la nomination de Teddy Muba Lwamba à la tête de la SNEL ne se limite pas à un simple mouvement administratif. Elle représente un véritable test de gouvernance pour l’État congolais, un enjeu stratégique pour l’économie nationale et, surtout, une promesse attendue par des millions de citoyens. Car dans un pays dont le potentiel hydroélectrique est estimé à plus de 100 000 MW, voir moins de 20 % de la population bénéficier effectivement de l’électricité demeure un paradoxe difficilement acceptable.
Pour beaucoup d’observateurs, ce choix traduit la volonté du président Félix Tshisekedi de placer un technicien compétent à un poste névralgique, dans un secteur où les échecs successifs des dirigeants passés ont nourri la méfiance et l’amertume des usagers. Mais cette nomination, aussi stratégique soit-elle, ne suffira pas en elle-même. Le nouveau directeur général devra faire preuve de rigueur, de vision et d’indépendance pour engager des réformes parfois impopulaires, comme la rationalisation des tarifs ou la lutte contre les branchements frauduleux, tout en gagnant la confiance d’une population lassée des délestages permanents.
Les attentes sont donc immenses et multiformes : les ménages réclament un courant stable pour améliorer leur quotidien, les industriels exigent une énergie fiable pour relancer la production locale, tandis que les bailleurs de fonds veulent des garanties de transparence et de bonne gouvernance avant d’investir davantage dans le secteur. La réussite ou l’échec de Teddy Lwamba pèsera donc bien au-delà de son seul parcours personnel : elle conditionnera la crédibilité des réformes entreprises par l’État, la relance de la croissance et même la stabilité sociale dans certaines régions où l’absence d’électricité entretient pauvreté et frustrations.
Si la SNEL parvient, sous son impulsion, à améliorer son rendement, à étendre l’accès à l’électricité et à réduire les pertes abyssales qui minent ses finances, alors cette nomination pourra être considérée comme un tournant majeur dans l’histoire énergétique du pays. À l’inverse, si les vieilles pratiques de clientélisme, de mauvaise gestion et de promesses non tenues perdurent, ce sera une nouvelle occasion manquée pour la RDC, et une déception de plus pour une population qui aspire à la lumière au sens propre comme au figuré.
En somme, Teddy Lwamba hérite d’une mission à la fois exaltante et périlleuse : transformer la SNEL en un acteur moderne, performant et digne de la confiance nationale. Son mandat ne sera pas seulement évalué à l’aune des discours ou des projets annoncés, mais surtout à travers un critère simple et concret : la présence ou l’absence du courant électrique dans les foyers et les entreprises congolaises. C’est là, dans la réalité quotidienne des Congolais, que se mesurera véritablement le succès ou l’échec de cette nouvelle ère pour la Société Nationale d’Électricité.
Esaïe vumi objectif DK TV