
Dans une décision aux allures de mesure sanitaire et sociale, le ministre provincial de la Santé, de l’Hygiène et de la Prévention de la ville de Kinshasa, Dr Patricien Gongo, a annoncé l’interdiction formelle de l’exposition des malades dans les lieux publics dans le but de susciter la charité publique, à travers une note circulaire officielle datée du lundi 28 juillet 2025.
Cette mesure vise à mettre fin à la pratique de plus en plus fréquente d’exposer des personnes souffrantes (physiquement défigurées ou gravement atteintes) dans des ronds-points, sur les artères principales ou devant des marchés, dans l’unique objectif de susciter la pitié et récolter de l’argent auprès des passants.
Selon le ministre, cette pratique viole de manière flagrante la dignité humaine et constitue une forme d’instrumentalisation inacceptable de la maladie à des fins lucratives. Elle ternit également l’image de la capitale, Kinshasa, qui ambitionne de devenir une métropole moderne, humaine et inclusive.
Dans sa note circulaire, le ministre provincial invoque plusieurs textes légaux et constitutionnels pour justifier cette interdiction :
Article 16 de la Constitution de la République Démocratique du Congo (2006, révisée), qui stipule que « la personne humaine est sacrée. L’État a l’obligation de la respecter et de la protéger ».
Article 194 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 relative à la protection de l’enfant, qui interdit toute forme d’exploitation de mineurs, y compris dans le cadre de la mendicité.
Décret du Roi Souverain du 23 mai 1896, encore en vigueur, qui sanctionne le vagabondage et la mendicité.
Le ministre Gongo insiste sur le fait que l’exposition des malades dans les rues constitue une atteinte à la dignité humaine, à la salubrité publique et à l’ordre social.
La note du ministre a été adressée aux bourgmestres des communes de Kinshasa, ainsi qu’au commissaire provincial de la Police nationale congolaise (PNC).
Le Dr Gongo demande une application stricte de cette mesure sur toute l’étendue de la ville. Les personnes interpellées en flagrant délit d’exposition publique de malades seront soumises aux sanctions prévues par la loi, et les malades concernés seront immédiatement orientés vers les structures médicales compétentes pour une prise en charge conforme aux normes sanitaires et humaines.
L’objectif de cette mesure ne se limite pas à la répression. Elle vise aussi à encourager l’orientation des malades vers les zones de santé (ZS) de la ville, où des équipes spécialisées peuvent leur fournir un accompagnement médical et psychologique adapté.
Le ministre provincial appelle à la mobilisation des services sociaux et des ONG de santé, afin de prendre le relais dans la gestion humanitaire des cas signalés dans les rues.
Depuis plusieurs mois, des citoyens et organisations de la société civile avaient dénoncé l’augmentation de cas de personnes souffrantes (souvent déplacées, victimes de maladies dégénératives ou d’accidents) utilisées pour collecter de l’argent dans les lieux publics, parfois sous l’emprise de réseaux organisés.
En interdisant cette pratique, les autorités provinciales veulent mettre fin à une forme moderne de traite humaine, souvent dissimulée sous le masque de la compassion.
La décision a été accueillie favorablement par plusieurs acteurs de la société civile, qui y voient un pas vers plus de respect des droits humains et de protection des personnes vulnérables. Toutefois, certains estiment que cette mesure devrait s’accompagner d’un véritable plan d’assistance sociale pour éviter que les familles dans le besoin ne se retrouvent encore plus marginalisées.
Le ministre provincial assure, pour sa part, que les services étatiques resteront vigilants pour faire appliquer cette interdiction tout en apportant une réponse humaine et professionnelle aux situations de détresse.
La décision du 28 juillet 2025 marque un tournant dans la gestion sanitaire et sociale des populations vulnérables à Kinshasa. L’interdiction de l’exposition des malades à des fins de mendicité s’inscrit dans une dynamique de réhabilitation de la dignité humaine, de lutte contre l’exploitation et de restauration de l’image de la capitale congolaise.
Le suivi de cette mesure dans les semaines à venir sera déterminant pour évaluer la volonté réelle des autorités à assainir l’espace public tout en renforçant la solidarité nationale.
Esaïe vumi objectif DK TV