
Dans un nouveau rebondissement inattendu qui vient encore relancer l’intérêt autour du procès de l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba, la défense a annoncé ce mercredi, à l’audience de la Cour de cassation, qu’elle renonçait à faire comparaître trois personnalités de haut rang qu’elle avait pourtant initialement citées comme témoins à charge. Un geste inattendu, interprété comme un calcul stratégique mais aussi comme une volonté d’apaisement dans une affaire devenue l’une des plus sensibles de cette rentrée judiciaire en RDC.
Les témoins concernés ne sont pas des moindres : Jules Alingete, Inspecteur général honoraire des finances, Didier Budimbu, ministre actuel des Sports et ancien ministre des Hydrocarbures, et Alexis Gisaro, ministre des Infrastructures et Travaux publics. Trois figures du pouvoir dont les témoignages auraient pu bousculer les équilibres politiques et institutionnels du dossier. La défense, toutefois, se dit pleinement satisfaite des clarifications apportées par les experts techniques entendus le lundi 4 août, lors d’une audience cruciale.
C’est avec calme mais fermeté que les avocats de Constant Mutamba ont présenté leur requête à la Cour : aucun des trois témoins ne sera entendu. Une manœuvre qui a pris de court aussi bien le ministère public que les parties civiles, tous deux s’attendant à des confrontations de haut niveau entre la défense et les hauts responsables de l’appareil d’État.
« Les témoignages des experts – issus de l’Inspection Générale des Finances, du Ministère du Budget, ainsi que de celui des Infrastructures – ont apporté toutes les précisions nécessaires à la compréhension des faits reprochés à notre client. La comparution des personnalités politiques initialement citées ne s’impose plus », a déclaré Me Patrick Lumumba, l’un des avocats principaux de l’accusé.
Ce positionnement indique un virage dans la stratégie de la défense, qui semble vouloir dépoussiérer le procès de toute sa charge politique pour le ramener sur un terrain purement juridique et technique. Une manière, peut-être, de mieux maîtriser le calendrier judiciaire et d’éviter toute instrumentalisation du dossier à l’approche de la rentrée politique.
Les trois personnalités écartées étaient pourtant très attendues à la barre :
Jules Alingete, ancien chef de l’Inspection Générale des Finances, est à l’origine des premiers rapports ayant conduit à l’ouverture de la procédure judiciaire contre Mutamba. Sa comparution aurait pu ouvrir un débat sur la méthodologie de l’IGF, parfois critiquée pour son manque de contradictoire.
Didier Budimbu, ex-ministre des Hydrocarbures, devait être interrogé sur la traçabilité des fonds alloués à certains projets stratégiques, au cœur des accusations de détournement.
Alexis Gisaro, ministre des ITPR, aurait été questionné sur les procédures de passation des marchés publics impliquant l’administration Mutamba.
L’absence de ces témoins évite donc un déballage public aux potentielles conséquences politiques, mais frustre une partie de l’opinion qui espérait des révélations sur le fonctionnement interne de certains ministères.
Cette annonce survient dans un contexte déjà marqué par de vives tensions autour du procès. La veille, deux juges de la Cour de cassation se sont désistés, suite à une demande de récusation formulée par la défense de Mutamba, qui dénonçait une possible partialité dans la composition du siège. Ce retrait a temporairement suspendu les travaux de la Cour et mis en évidence les lignes de fracture au sein même de l’appareil judiciaire.
La reprise de l’audience ce mercredi 6 août s’est donc faite dans un climat de grande prudence, tant du côté des magistrats que du public présent. En retirant ses témoins, la défense semble vouloir désamorcer une polarisation croissante et favoriser une lecture plus objective du dossier.
Pour rappel, Constant Mutamba est poursuivi pour des faits de détournement de fonds publics, de trafic d’influence et de corruption passive, en lien avec la gestion de plusieurs projets publics lorsqu’il occupait le portefeuille de la Justice. Selon l’accusation, plusieurs centaines de milliers de dollars destinés à des programmes de réinsertion, de réhabilitation carcérale et de soutien au système judiciaire auraient été mal orientés, voire détournés.
La défense réfute catégoriquement ces accusations, affirmant que toutes les décisions prises par leur client l’ont été en conformité avec les procédures budgétaires en vigueur, et que les lignes de dépense ont été validées par les ministères techniques compétents. Les rapports d’audit fournis par les experts entendus lundi dernier ont été qualifiés de « partiels et politiquement motivés » par l’équipe de défense.
Avec le retrait des témoins, le procès entre désormais dans une phase de consolidation des preuves et d’argumentation. Les plaidoiries de la défense sont attendues d’ici la fin de la semaine prochaine, sauf surprise procédurale.
Le ministère public, quant à lui, maintient sa ligne d’accusation et estime que les éléments matériels sont suffisants pour justifier une condamnation. Une évaluation que la défense conteste farouchement, en misant sur les contradictions relevées dans les documents officiels et la chronologie des décaissements.
Ce procès dépasse de loin la seule personne de Constant Mutamba. Il met à l’épreuve la crédibilité et l’indépendance de la justice congolaise, dans un climat où les procédures judiciaires sont souvent perçues comme des instruments de règlements de comptes politiques. L’opinion publique suit ce dossier avec une attention particulière, dans un contexte où les institutions sont appelées à se réformer et à renforcer leur impartialité.
Prochaine étape : poursuite des audiences dans la semaine du 11 août
La Cour de cassation poursuivra les travaux avec l’analyse des pièces matérielles et pourrait convoquer de nouveaux experts si nécessaire. Le verdict, très attendu, pourrait tomber d’ici fin août, à moins que de nouveaux éléments ne prolongent encore une affaire devenue emblématique des rapports entre pouvoir, justice et opinion.
Restez connectés sur nos canaux pour ne rien manquer des prochaines audiences. Notre rédaction continue de suivre l’affaire Mutamba minute par minute.
Esaïe vumi objectif DK TV