Joseph Kabila relance la scène politique : naissance à Nairobi du mouvement “Sauvons la RDC”

Après plusieurs mois de silence politique, l’ancien président congolais Joseph Kabila Kabange a officiellement signé, à Nairobi, l’acte de création d’une nouvelle plateforme politique baptisée “Sauvons la République Démocratique du Congo” (Sauvons la RDC). Cette initiative marque son retour remarqué dans l’arène politique nationale, malgré les sanctions judiciaires qui pèsent sur lui en République Démocratique du Congo.

La cérémonie s’est tenue dans un hôtel de la capitale kényane, en présence de plusieurs personnalités politiques congolaises issues de différentes tendances. Parmi les figures aperçues autour de l’ancien chef de l’État figuraient notamment Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre ; Seth Kikuni, entrepreneur et ancien candidat à la présidentielle de 2018 ; Franck Diongo, président du MLP ; José Makila Sumanda, ex-vice-Premier ministre des Transports ; Raymond Tshibanda, ancien ministre des Affaires étrangères ; et Michel Mwika Banza, proche collaborateur de Kabila.

Selon les organisateurs, cette rencontre de Nairobi a été conçue comme “une réponse urgente à la déliquescence morale, politique et institutionnelle du pays”, selon les termes d’un communiqué lu à la fin du conclave.

Le nouveau mouvement se présente comme une plateforme de l’opposition politique, rassemblant des partis, des mouvements citoyens et des personnalités indépendantes. Son objectif, selon les initiateurs, est de “favoriser un sursaut national”, de “restaurer la dignité de la République” et de “redonner espoir au peuple congolais face à l’effondrement des institutions”.

“Notre pays traverse une période critique. Nous devons dépasser les divisions, unir nos forces et sauver la République avant qu’il ne soit trop tard”, a déclaré un proche de Joseph Kabila, cité par une source présente à la cérémonie.

Derrière ce message solennel se cache une volonté politique claire : repositionner Joseph Kabila comme figure de résistance nationale et rassembler les mécontents face au régime actuel dirigé par Félix Tshisekedi.

Ce retour de l’ancien président intervient dans un climat politique tendu. Condamné à mort par la Haute Cour militaire de Kinshasa en septembre 2025 pour “haute trahison” et “crimes économiques”, Joseph Kabila vit depuis plusieurs mois entre la Tanzanie et le Kenya.
Ses avocats dénoncent une décision “politique et arbitraire” tandis que ses partisans parlent d’un “procès fabriqué pour l’écarter définitivement du jeu démocratique”.

“Les sanctions ne peuvent pas effacer vingt ans d’histoire. Le président Kabila reste un acteur majeur du destin du Congo”, a martelé José Makila, ancien ministre et membre du nouveau mouvement, lors de son intervention à Nairobi.

La création de Sauvons la RDC est donc aussi une riposte politique face à ce que ses initiateurs qualifient de “dérive autoritaire” du pouvoir en place à Kinshasa.

Ce retour intervient dans un contexte politique tendu en RDC. Depuis plusieurs mois, le pays fait face à la montée des tensions sociales, à l’insécurité persistante dans l’Est et à une opposition divisée après les élections contestées de 2023. Alors que le gouvernement de Félix Tshisekedi tente de consolider sa majorité, une partie de la classe politique dénonce la restriction de l’espace démocratique et la politisation de la justice.

D’après le texte fondateur adopté à Nairobi, le mouvement Sauvons la RDC s’articule autour de douze points principaux, constituant sa “feuille de route nationale”. Parmi ces priorités :

  1. Restaurer l’État de droit et l’indépendance de la justice ;
  2. Préserver l’unité nationale et la souveraineté du territoire ;
  3. Promouvoir la réconciliation politique et la paix durable dans l’Est du pays ;
  4. Mettre fin à l’instrumentalisation des institutions par le pouvoir exécutif ;
  5. Lutter contre la corruption et les antivaleurs ;
  6. Encourager le dialogue inclusif entre les forces politiques et sociales ;
  7. Préparer une alternance démocratique apaisée.

Ces engagements, largement inspirés du dernier discours public de Kabila avant son départ du pays, constituent ce que ses proches appellent désormais “la doctrine du sursaut républicain”.

À Kinshasa, la nouvelle a immédiatement fait l’effet d’une bombe.
Si aucune réaction officielle du gouvernement n’a encore été enregistrée, plusieurs sources proches du Palais de la Nation ont qualifié cette initiative de “provocation politique orchestrée depuis l’étranger”.
Certains observateurs y voient, en revanche, une manœuvre de repositionnement stratégique en vue des prochaines échéances électorales.

“Joseph Kabila cherche à se replacer comme un faiseur de rois. Il sait qu’il ne peut pas revenir directement, mais il peut structurer l’opposition pour peser”, analyse un politologue congolais joint par téléphone depuis Kinshasa.

D’autres estiment que le mouvement pourrait redonner espoir à une opposition longtemps fragmentée, affaiblie par les divisions internes et les pressions du pouvoir.

À Kinshasa, les réactions n’ont pas tardé. Du côté du pouvoir, plusieurs députés de l’Union sacrée ont minimisé l’annonce, estimant que « Joseph Kabila tente un retour désespéré ». “Le peuple a tourné la page Kabila”, a lancé un cadre de l’UDPS sur les réseaux sociaux.

En revanche, dans les rangs de l’opposition, certains saluent “un acte de courage politique”. Le député Franck Diongo a déclaré : “La RDC a besoin de tous ses fils pour sortir de la crise. Nous devons unir nos forces pour sauver la République.”

Toutefois, plusieurs grands noms de l’opposition congolaise ont brillé par leur absence. Ni Moïse Katumbi, président d’Ensemble pour la République, ni Martin Fayulu, leader de l’ECiDé, n’ont pris part à cette rencontre.
Des divergences de stratégie expliqueraient cette absence : alors que Katumbi et Fayulu prônent une opposition “interne” depuis le territoire national, Kabila et ses alliés misent sur une plateforme internationale opérant depuis l’extérieur.

“L’union de l’opposition reste un vœu pieux tant que chacun privilégie sa chapelle politique”, estime un journaliste kényan spécialisé en politique africaine.

D’après les documents lus à la fin du conclave, Sauvons la RDC prévoit de lancer une tournée diplomatique régionale dans les semaines à venir.
L’objectif : présenter la situation politique de la RDC aux gouvernements africains, aux organisations internationales et aux Églises, notamment à la CENCO et à l’ECC, pour les appeler à “favoriser un dialogue inclusif” entre les acteurs congolais.

Une délégation conduite par Matata Ponyo et Raymond Tshibanda devrait se rendre à Addis-Abeba, siège de l’Union Africaine, avant d’aller à Bruxelles et Paris.

Malgré l’élan médiatique de la création de Sauvons la RDC, de nombreuses questions demeurent.
Quelle sera la capacité réelle du mouvement à mobiliser sur le terrain alors que plusieurs de ses leaders sont à l’étranger ?
Le gouvernement congolais permettra-t-il à ses membres de mener des activités politiques sur le territoire national ?
Et surtout, jusqu’où Joseph Kabila est-il prêt à aller dans cette confrontation politique ouverte avec le régime Tshisekedi ?

Un diplomate africain basé à Nairobi confie sous anonymat :

“Kabila joue une carte risquée. Il tente un retour par la diplomatie et la symbolique, mais sans ancrage populaire réel, le mouvement pourrait vite s’essouffler.”

Quoi qu’il en soit, la création du mouvement Sauvons la RDC consacre le retour d’un acteur politique majeur sur la scène congolaise.
En choisissant Nairobi, symbole d’ouverture et de neutralité régionale, Joseph Kabila envoie un message : il ne renonce pas à la politique, et encore moins à son influence dans l’avenir du pays.

Si certains y voient une tentative de réhabilitation politique, d’autres y perçoivent un début de réorganisation de l’opposition en vue de 2028.
Dans un pays où la politique reste imprévisible, le retour du “raïs” pourrait bien rebattre les cartes.

Pour plusieurs analystes, la création du mouvement Sauvons la RDC pourrait marquer un tournant dans la recomposition politique du pays. Certains y voient une tentative de relance de l’opposition après plusieurs années de dispersion, d’autres craignent une montée des tensions avec le pouvoir.

Le choix de Nairobi n’est pas anodin : il offre un cadre neutre, à distance de la pression judiciaire congolaise, et renforce le message d’unité nationale que veut incarner Kabila. Reste à savoir si cette initiative trouvera un relais sur le terrain congolais, où la majorité des structures politiques proches de Kabila demeurent fragilisées.

Le choix du Kenya comme lieu de lancement envoie également un message clair : celui d’une diplomatie régionale assumée. Nairobi, déjà centre de médiation pour plusieurs crises africaines, apparaît comme un terrain neutre. Ce geste pourrait viser à repositionner la RDC dans les rapports politiques régionaux, où Kabila conserve encore des alliances solides, notamment avec certains anciens dirigeants de la SADC.

Le 15 octobre 2025 restera comme la date du retour public de Joseph Kabila dans le débat national, près de sept ans après avoir quitté le pouvoir.
Avec Sauvons la RDC, il cherche à redorer son image, rassembler une opposition éclatée et peser de nouveau dans les choix du pays.
Reste à savoir si cette initiative trouvera un écho au sein de la population ou si elle restera confinée à un cercle d’élites nostalgiques de l’ancien régime.

Une chose est sûre : la scène politique congolaise n’a pas fini de connaître des rebondissements.

Qui est Joseph Kabila ?
Fils de Laurent-Désiré Kabila, il a dirigé la RDC de 2001 à 2019. Son règne, marqué par la réunification du pays après la guerre et par la Constitution de 2006, a aussi été entaché d’accusations de corruption et de dérives autoritaires. Après avoir quitté le pouvoir, il s’est retiré à Kingakati avant de s’exiler discrètement à l’étranger. Son retour politique par la création de Sauvons la RDC montre qu’il n’a pas renoncé à peser sur le destin du pays.

Dans un pays où les alliances se font et se défont rapidement, le retour du “raïs” ajoute une nouvelle dimension au jeu politique congolais. Entre espoir de renouveau et crainte d’un retour aux vieilles pratiques, Sauvons la RDC ouvre un nouveau chapitre d’incertitude dans l’histoire démocratique du Congo.

Entre nostalgie du passé et promesse d’un nouvel élan, Joseph Kabila signe peut-être le prologue d’un chapitre encore incertain de l’histoire politique congolaise.

Esaïe Vumi objectif DK TV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *