
Face à l’instabilité du franc congolais et à la spéculation persistante sur le marché des changes, le Gouverneur du Kasaï-Oriental, Jean-Paul Mbwebwa Kapo, a réuni ce mardi 14 octobre 2025 les principaux acteurs économiques de la province pour donner de nouvelles orientations destinées à stabiliser la monnaie nationale et protéger le pouvoir d’achat des ménages.

Réunis dans la salle de conférence du Gouvernorat, les représentants de la Banque Centrale du Congo (BCC), de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), des banques commerciales, des opérateurs économiques et des télécommunications ont répondu à l’appel du numéro un de la province. L’ambiance, selon un participant, était “studieuse et directe, avec un ton de vérité assumé”.
Au Kasaï-Oriental, comme dans plusieurs provinces, beaucoup de citoyens ignorent le rôle du taux directeur ou la logique du marché de change. Pour Mbwebwa Kapo, la stabilité monétaire passera aussi par l’éducation financière. “Nous devons expliquer simplement à nos compatriotes pourquoi le franc se déprécie, et comment chacun peut contribuer à sa stabilité”, a-t-il insisté.
Depuis plusieurs semaines, la province du Kasaï-Oriental n’échappe pas à la spirale de dépréciation du franc congolais. Dans les marchés de Mbuji-Mayi, les prix des produits de première nécessité flambent, tandis que le taux de change s’éloigne dangereusement de celui fixé par la Banque Centrale du Congo.
“Un sac de farine qui coûtait 40 000 francs se vend aujourd’hui à plus de 60 000”, déplore Joséphine Kalonji, vendeuse au marché Dibindi.
Conscient de la gravité de la situation, le Gouverneur Mbwebwa Kapo a voulu réagir vite. “Nous ne pouvons pas rester spectateurs alors que notre population souffre. Le franc congolais doit redevenir un instrument de confiance, pas de spéculation”, a-t-il déclaré en ouvrant la séance.
Les experts de la BCC ont présenté un état des lieux préoccupant : la circulation excessive du dollar américain dans les transactions quotidiennes, le manque de contrôle des bureaux de change informels, et une spéculation entretenue par certains acteurs économiques.
Pour la FEC, il faut aussi compter avec la rareté des devises sur le marché bancaire et la lenteur des transferts internationaux. “Les opérateurs économiques ont besoin de stabilité pour planifier leurs activités. Tant que le taux de change variera chaque semaine, il sera impossible de contenir les prix”, a reconnu un représentant de la FEC de Mbuji-Mayi.
Prenant la parole, le Gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo a donné le ton : “Il ne s’agit pas de blâmer qui que ce soit, mais d’assumer ensemble notre responsabilité. La monnaie nationale, c’est notre image et notre dignité économique.”
- Respect du taux directeur de la Banque Centrale
Le Gouverneur a exigé que toutes les institutions financières, bureaux de change et opérateurs économiques s’alignent sur le taux directeur officiel fixé par la BCC. “Aucune entreprise ne doit fixer son propre taux de change. Nous devons parler d’une seule voix et restaurer l’ordre sur le marché des devises”, a-t-il insisté.
- Création d’un comité provincial de suivi monétaire
Un Comité économique provincial verra le jour dans les prochains jours. Il sera composé de représentants de la BCC, de la FEC, des banques et du gouvernement provincial. Sa mission : surveiller le marché, publier régulièrement les taux officiels et sanctionner les dérapages.
- Sensibilisation et éducation économique de la population
Le Gouverneur a appelé les médias locaux, les radios communautaires et les associations de jeunes à mener des campagnes d’éducation financière. “Tant que nos compatriotes considéreront le dollar comme la seule valeur sûre, le franc restera vulnérable. Nous devons apprendre à faire confiance à notre propre monnaie”, a-t-il martelé.
- Encouragement de l’épargne en francs congolais
Les banques commerciales ont été invitées à proposer des produits d’épargne attractifs en monnaie nationale, avec des taux d’intérêt compétitifs. Objectif : capter la liquidité locale et réduire la dépendance au dollar.
“Nous devons bannir la spéculation, sanctionner la fraude et encourager ceux qui respectent les règles. Le franc congolais n’est pas une monnaie faible : il est affaibli par nos comportements”, a-t-il déclaré, visiblement déterminé.
Cette initiative s’inscrit dans la vision économique du Gouverneur Mbwebwa Kapo, axée sur la rigueur budgétaire, la transparence et la promotion d’une économie locale résiliente. Depuis son retour à la tête de la province, il multiplie les concertations avec les forces vives pour replacer le Kasaï-Oriental au centre de la relance nationale.
Les participants à la réunion ont salué le ton de fermeté du Gouverneur. Pour Jean-Claude Tshimanga, représentant de la FEC, “le message est clair : la stabilité du franc congolais n’est pas seulement une question de taux, mais de discipline collective. Nous devons arrêter de courir après le dollar.”
Du côté de la Banque Centrale du Congo, le délégué provincial a promis un accompagnement technique renforcé. “Nous allons multiplier les descentes sur le terrain pour contrôler les bureaux de change et sensibiliser les opérateurs économiques à la transparence.”
Les opérateurs de télécommunications, également présents, ont pris l’engagement de revoir leurs structures tarifaires afin de tenir compte du taux officiel dans les paiements mobiles et les transferts électroniques.
Malgré les annonces, plusieurs obstacles risquent de freiner la mise en œuvre de ces orientations.
D’abord, le poids du marché informel dans les échanges : selon une étude de la BCC, près de 60 % des transactions dans la province se font hors du circuit bancaire officiel.
Ensuite, le manque d’incitations réelles pour les entreprises à travailler exclusivement en francs congolais. Enfin, la méfiance des populations face aux politiques monétaires successives jugées inefficaces.
De nombreux commerçants continuent d’importer leurs marchandises en dollars depuis Lubumbashi ou Kinshasa, ce qui maintient la demande en devises. Par ailleurs, le retard de paiement de certaines institutions publiques, souvent effectué en francs, fragilise la trésorerie des entreprises locales.
“Quand on nous paie tardivement et en francs, alors que nos fournisseurs exigent des dollars, cela crée un déséquilibre immédiat”, explique un entrepreneur du centre-ville.
Pour le professeur Évariste Mulenda, économiste à l’Université de Mbuji-Mayi, “la mesure la plus urgente reste la restauration de la confiance. Si le gouvernement montre qu’il maîtrise la situation et que les prix se stabilisent, les citoyens reviendront naturellement vers le franc congolais.”
À Kinshasa, le gouvernement central a salué les efforts de la BCC pour stabiliser le franc congolais. Le ministre des Finances a récemment annoncé une baisse progressive du taux directeur et un contrôle renforcé des circuits de change. Ces mesures nationales soutiennent la démarche du Gouverneur Mbwebwa Kapo, qui veut en appliquer les principes à l’échelle provinciale.
Jean-Paul Mbwebwa Kapo a insisté sur le fait que cette réunion n’était pas un événement isolé, mais le début d’un processus continu de concertation. Il a promis d’organiser des évaluations mensuelles pour mesurer l’évolution du taux de change, des prix et de la circulation monétaire.
“Nous devons être cohérents dans le temps. Il n’y aura pas de miracle en une semaine, mais une discipline partagée finira par produire ses effets”, a-t-il conclu, sous les applaudissements des participants.
Dans les rues de Mbuji-Mayi, la population a réagi positivement à cette initiative.
“C’est une bonne chose que le Gouverneur s’implique personnellement. On espère que cette fois, les promesses seront suivies d’effets”, confie Emmanuel Kalala, commerçant au marché de Bonzola.
D’autres, plus sceptiques, appellent à la vigilance. “On parle de stabilisation depuis des années. Tant qu’on ne contrôle pas les grands importateurs, le franc restera faible”, estime Jeanne Tshiala, vendeuse de vivres.
Au-delà de la question monétaire, cette rencontre a également ouvert la réflexion sur une relance économique durable du Kasaï-Oriental. Le Gouverneur a évoqué la nécessité de stimuler la production locale, notamment dans l’agriculture, l’artisanat et la transformation des produits miniers.
“Moins nous dépendrons des importations, plus notre monnaie sera forte. C’est une bataille d’indépendance économique que nous devons gagner ensemble”, a conclu Mbwebwa Kapo.
En somme, le Gouverneur du Kasaï-Oriental, Jean-Paul Mbwebwa Kapo, veut replacer la monnaie nationale au cœur du redressement économique provincial. Sa détermination, conjuguée à l’engagement des acteurs financiers, pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la dépréciation du franc congolais — à condition que la rigueur promise s’installe durablement dans les pratiques.
En attendant les premiers résultats, les yeux des habitants de Mbuji-Mayi restent rivés sur le Gouvernorat. Car au-delà des discours, c’est désormais la cohérence des actes qui dira si le Kasaï-Oriental peut réellement devenir un modèle de stabilité monétaire en République démocratique du Congo.
Esaïe Vumi objectif DK TV