
Alors que le franc congolais s’apprécie face au dollar, le président Félix Tshisekedi a réuni, ce mercredi à Kinshasa, les principaux responsables économiques du pays. Objectif : veiller à ce que cette amélioration monétaire se traduise par une baisse effective des prix sur le marché et un renforcement du pouvoir d’achat des Congolais.

Face à la montée du franc congolais (CDF) sur le marché des changes et à la demande pressante d’une amélioration du pouvoir d’achat, le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a présidé ce mercredi, dans ses bureaux de la Cité de l’Union africaine, une importante réunion de conjoncture économique.
Objectif : s’assurer que la récente appréciation de la monnaie nationale profite directement à la population, à travers une baisse effective des prix des produits de première nécessité.
Autour du Chef de l’État étaient réunis la Première ministre, le vice-Premier ministre chargé du Budget, le vice-Premier ministre de l’Économie nationale, le ministre des Finances, le ministre intérimaire de l’Industrie, ainsi que le gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC). Une configuration qui illustre l’importance du sujet et la volonté du Gouvernement d’agir de manière concertée.
Depuis plusieurs semaines, les marchés de change à Kinshasa et dans les principales villes du pays observent une appréciation notable du franc congolais face au dollar américain. D’après des estimations économiques, le CDF s’est renforcé de plus de 6,7 % au mois de septembre 2025, atteignant environ 2 707 CDF pour 1 USD, soit son niveau le plus fort depuis janvier 2024.
Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs : une politique monétaire plus prudente, une meilleure discipline budgétaire, mais aussi une volonté du Gouvernement de restaurer la confiance dans la monnaie nationale. Toutefois, cette embellie n’a pas encore trouvé son reflet dans les marchés locaux, où les prix des denrées alimentaires et des produits pétroliers restent élevés.
C’est ce décalage entre les chiffres macroéconomiques et la réalité du panier de la ménagère qui a motivé la réunion de ce mercredi.
En 2020 et 2022, le franc congolais avait connu une forte dépréciation, passant de 1 700 CDF à plus de 2 800 CDF pour un dollar. Cette période avait accentué l’inflation et affaibli la confiance du public dans la monnaie nationale. Le redressement actuel s’inscrit donc dans une dynamique nouvelle, où le gouvernement veut redonner au franc son rôle central dans l’économie.
Le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, le professeur Daniel Mukoko Samba, a rappelé que le Président de la République avait, lors du dernier Conseil des ministres, insisté sur la nécessité d’assurer une meilleure coordination entre la politique monétaire et la politique budgétaire.
« Il s’agissait aujourd’hui d’examiner la situation récente et de lever un certain nombre d’options qui doivent être confirmées sur le plan technique », a-t-il expliqué à la presse à la sortie de la rencontre.
Concrètement, cette coordination doit permettre d’harmoniser les décisions de la Banque Centrale — chargée de la stabilité monétaire — et celles du Gouvernement — responsable des dépenses publiques et des recettes. Le but est d’éviter que les efforts de l’un soient neutralisés par les actions de l’autre.
Le Président Tshisekedi a rappelé que « la stabilité de notre monnaie n’a de sens que si elle se traduit par la stabilité du panier de la ménagère. Le franc congolais doit redevenir un symbole de confiance et de fierté ».
La “conjoncture économique” désigne la situation globale d’un pays à un moment donné — niveau des prix, taux de change, croissance, emploi, etc. La réunion de ce mercredi visait donc à harmoniser la politique du Trésor public (volet budgétaire) et celle de la Banque Centrale (volet monétaire) pour stabiliser durablement l’économie congolaise.
Selon le VPM Mukoko Samba, le Gouvernement a constaté que les prix sur certains marchés ont commencé à fléchir, mais pas encore à un niveau proportionnel à la montée du franc congolais. Il a donc été décidé de convoquer une nouvelle réunion technique vendredi prochain, afin de confirmer et d’appliquer les mesures concrètes de régulation des prix.
« Les baisses effectives des prix, telles qu’observées sur le marché, doivent être proportionnelles à l’appréciation du CDF pour que les Congolais sentent une réelle amélioration de leur pouvoir d’achat », a-t-il insisté.
Le Gouvernement prévoit également une révision à la baisse des prix des produits pétroliers, une décision qui pourrait avoir un effet d’entraînement positif sur le coût des transports et des denrées alimentaires.
En parallèle, un renforcement du contrôle économique sera opéré pour s’assurer que les opérateurs commerciaux appliquent effectivement ces baisses et ne profitent pas de la situation pour maintenir des marges excessives.
Sur un ton à la fois ferme et rassurant, Daniel Mukoko a annoncé qu’une réunion sera très prochainement présidée par la Première ministre, en vue d’une concertation directe avec les opérateurs économiques et les représentants du secteur privé.
« Cette concertation est une réponse directe à la demande de la population », a-t-il précisé.
« Le Chef de l’État tient à ce que l’appréciation du franc congolais face aux devises étrangères ait une répercussion tangible sur les prix des produits de base ».
Cette démarche s’inscrit dans la stratégie du Gouvernement de dialoguer avec les acteurs économiques pour trouver un équilibre entre stabilité des prix, rentabilité des entreprises et pouvoir d’achat du citoyen.
Les experts économiques voient dans cette évolution un signal encourageant. Après des années de glissement continu du CDF, sa stabilisation, voire son appréciation, est perçue comme un symbole de crédibilité retrouvée.
La Banque Centrale du Congo, de son côté, a récemment annoncé une réduction de ses taux directeurs, afin de soutenir le crédit à l’économie réelle. Cette mesure, conjuguée à une meilleure maîtrise des dépenses publiques, a contribué à renforcer la position du CDF.
Cependant, la BCC reste prudente : « Il faut éviter les effets de volatilité et veiller à ce que cette appréciation soit durable », a déclaré un cadre de l’institution.
L’enjeu majeur demeure celui du « pass-through » — autrement dit, la capacité de la baisse du coût des importations à se répercuter sur les prix de vente au détail.
Dans une économie fortement dollarisée, comme celle de la RDC, ce processus est souvent lent et incomplet. Beaucoup de commerçants continuent de fixer leurs prix en dollars, même lorsque la monnaie nationale s’apprécie, retardant ainsi l’impact positif sur les consommateurs.
Le Gouvernement veut donc agir sur plusieurs leviers :
- La sensibilisation et la concertation avec les associations de commerçants.
- Le contrôle des prix par les services compétents du ministère de l’Économie.
- La communication publique, pour informer la population sur ses droits et les niveaux de prix de référence.
- L’encouragement des transactions en monnaie nationale, afin de renforcer la confiance et réduire la dépendance au dollar.
Malgré ces signaux positifs, certains observateurs appellent à la prudence. La structure de l’économie congolaise, encore largement dépendante des importations et du secteur minier, rend la stabilité du CDF vulnérable aux fluctuations des cours internationaux et à la balance commerciale.
Le déficit budgétaire et la forte dollarisation restent également des points faibles. Selon le dernier rapport du Fonds monétaire international, près de 96 % des crédits bancaires en RDC sont libellés en devises étrangères — un record en Afrique. Cela limite l’efficacité de la politique monétaire et empêche la monnaie nationale de jouer pleinement son rôle dans le financement de l’économie.
Toutefois, les réformes engagées, notamment la lutte contre la fraude fiscale, la digitalisation des recettes et la rigueur budgétaire, pourraient consolider cette tendance si elles sont poursuivies.
Un équilibre délicat à maintenir
Pour plusieurs économistes, l’appréciation du CDF est une bonne nouvelle, mais elle doit rester maîtrisée. Une monnaie trop forte peut, à long terme, fragiliser les exportations minières, principale source de devises pour le pays. D’où l’importance d’un pilotage prudent de la politique monétaire.
Selon Jean-Baptiste Ngandu, analyste financier à Kinshasa, « le vrai défi pour le gouvernement est de transformer cette embellie monétaire en croissance inclusive. Tant que le marché intérieur restera dépendant du dollar, les effets positifs resteront limités ».
La réunion de conjoncture présidée par le Président Tshisekedi marque une nouvelle orientation de la gouvernance économique : faire de la stabilité monétaire non pas un objectif abstrait, mais un levier direct d’amélioration du bien-être des Congolais.
Le Gouvernement veut démontrer que la hausse du CDF n’est pas qu’une question de chiffres dans les rapports officiels, mais qu’elle doit se ressentir dans les marchés, les stations-service et les ménages.
Cette politique s’inscrit dans la vision du Chef de l’État pour un « Congo plus fort, plus juste et plus prospère », où la croissance économique se traduit en progrès social. Le message est clair : la monnaie nationale doit redevenir un symbole de dignité et de souveraineté.
Dans les marchés de Kinshasa, les avis sont partagés. Pour Maman Alphonsine, vendeuse de vivres frais au marché Gambela, « le franc a peut-être monté, mais les prix ne bougent pas encore. On espère que le gouvernement va nous aider à ressentir cette amélioration ».
Du côté des transporteurs, Jean-Pierre, chauffeur de taxi, salue la promesse de baisse du carburant : « Si le prix de l’essence baisse, tout le monde en profitera ».
Les jours à venir seront décisifs.
Vendredi, une réunion technique réunira les ministères concernés pour valider les mesures correctrices, avant une grande rencontre entre la Première ministre et le secteur privé.
Si les baisses de prix annoncées se concrétisent, le Gouvernement marquera un point politique et social majeur.
Mais l’inverse serait risqué : une appréciation du franc sans effet sur le coût de la vie pourrait nourrir frustration et scepticisme.
En somme, la bataille pour le pouvoir d’achat vient de commencer.
Le franc congolais a retrouvé de la vigueur.
Reste à savoir si cette vigueur se transformera en espoir concret pour des millions de Congolais.
Le Gouvernement prévoit de publier, d’ici la fin du mois, un rapport de suivi de la stabilité des prix et de l’évolution du taux de change. Ce document permettra de mesurer l’impact réel de l’appréciation du franc sur le panier de la ménagère.
Esaïe Vumi objectif DK TV