
Kinshasa fait face à plus de 400 sites d’érosion actifs selon les données du ministère des ITP. Ces phénomènes, souvent provoqués par le manque de planification urbaine et la destruction des espaces verts, menacent directement des milliers de familles. Des quartiers entiers comme Mont-Ngafula, Selembao ou Kisenso vivent sous la menace permanente d’effondrements, illustrant l’urgence d’une stratégie globale de lutte contre l’érosion dans la capitale.

Une descente urgente sur un site d’érosion vieille de plus de 20 ans
L’érosion de Djelo Binza, apparue au début des années 2000, s’est aggravée après de fortes pluies en 2007 et 2015. Plusieurs tentatives locales de remblayage ont échoué faute de moyens, laissant la population à la merci des intempéries.
Le Ministre des Infrastructures et Travaux Publics (ITP), John Banza Lunda, a dépêché ce lundi 20 octobre 2025 une mission technique d’urgence sur le site de l’érosion dite Djelo Binza, située sur l’avenue Haut Congo, dans le quartier Binza Delvaux, commune de Ngaliema, à Kinshasa.
Cette mission intervient alors que la capitale congolaise s’apprête à affronter une nouvelle saison des pluies, période durant laquelle les phénomènes d’érosion se multiplient, causant chaque année d’importants dégâts humains et matériels.
Bien que présentement en mission officielle à Abidjan, le ministre John Banza Lunda a tenu à suivre personnellement la situation et à instruire son cabinet d’agir sans délai.
Cette initiative témoigne de la volonté du gouvernement congolais, sous la vision du Chef de l’État Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, de répondre de manière proactive aux urgences environnementales qui menacent la population.
C’est le Conseiller du Ministre chargé du suivi et de l’évaluation, Junior Nemba Lemba, qui a conduit la délégation sur le terrain, sous un soleil accablant, accompagné d’ingénieurs et de techniciens du ministère.
Sur place, le constat était alarmant : la tête de l’érosion continue de grignoter dangereusement le sol, menaçant plusieurs habitations et infrastructures publiques situées à proximité.
« Cette mission s’inscrit dans la démarche du gouvernement, conformément à la vision du Chef de l’État, qui est de sécuriser et de protéger la population. Nous devons trouver des solutions adéquates et rapides pour stopper cette tête d’érosion qui met des vies en péril et a déjà emporté plusieurs maisons »,
a déclaré le Conseiller Nemba Lemba, visiblement préoccupé par l’ampleur du phénomène.
Un communiqué du ministère des ITP publié le même jour précise : « Cette mission s’inscrit dans le cadre du plan d’urgence de sécurisation des sites à risques, initié par le ministre John Banza. Le gouvernement veille à prévenir les catastrophes liées aux pluies et à garantir la sécurité des citoyens
Selon lui, le ministère des ITP reste mobilisé pour agir en synergie avec d’autres institutions compétentes, notamment le Ministère de l’Environnement et celui de l’Aménagement du Territoire, afin d’assurer une approche globale et durable.
L’érosion de Djelo Binza ne date pas d’hier.
Apparue il y a plus de deux décennies, cette plaie béante du sol kinois s’est progressivement transformée en un véritable gouffre, engloutissant au fil du temps des habitations, des routes et des conduites d’eau.
À chaque pluie, les habitants de Binza Delvaux vivent dans la peur, craignant que leur maison ne soit la prochaine victime du ravin.
« Nous avons perdu des voisins, des maisons entières se sont effondrées, et pendant longtemps personne n’est venu s’en occuper sérieusement »,
témoigne Madame Thérèse Kalonji, habitante du quartier.
« Voir aujourd’hui les équipes du ministère descendre ici nous redonne un peu d’espoir. »
L’ingénieur Yannick Ngandu, qui a dirigé l’équipe technique, a présenté les premiers constats du terrain.
Selon lui, la situation de Djelo Binza est le résultat d’une combinaison de facteurs naturels et humains.
Sur le plan topographique, la commune de Ngaliema est fortement vallonnée, avec des pentes abruptes favorisant le ruissellement rapide des eaux de pluie.
Le quartier souffre également d’un manque chronique d’infrastructures de drainage et de caniveaux adéquats, ce qui aggrave le phénomène.
Les eaux de pluie, mal orientées, creusent le sol à chaque précipitation et élargissent le ravin.
« Si rien n’est fait dans l’immédiat, la saison des pluies qui s’annonce pourrait provoquer de nouveaux effondrements majeurs »,
a alerté l’ingénieur Ngandu.
Il a également souligné la nécessité d’une étude géotechnique approfondie afin de concevoir une solution pérenne, incluant des travaux de stabilisation des pentes, la construction de caniveaux en béton, et le reboisement partiel des zones affectées.
Les experts recommandent souvent l’usage de gabions métalliques remplis de pierres pour retenir le sol, ainsi que des ouvrages de drainage en béton armé. D’autres solutions écologiques, comme la plantation d’arbres aux racines profondes, permettent aussi de consolider les pentes fragilisées.
Les écologistes soulignent que la déforestation urbaine et la disparition des zones vertes aggravent le phénomène. Les arbres, qui stabilisent naturellement le sol, sont souvent coupés pour laisser place à des constructions anarchiques. Le reboisement et la préservation des espaces verts constituent donc un pilier essentiel de la lutte contre l’érosion.
Selon une source technique au ministère, un budget prévisionnel est en cours d’élaboration pour financer les travaux de stabilisation du site. Le coût pourrait avoisiner 1,5 million de dollars, incluant les études géotechniques, la construction des caniveaux, et le relogement temporaire des familles affectées.
D’après le rapport préliminaire de l’équipe technique, plusieurs mesures prioritaires sont envisagées :
Stabilisation des pentes à l’aide de gabions et de murs de soutènement ; Amélioration du réseau de drainage pour canaliser les eaux de pluie ; Reprofilage de la voirie afin de rediriger le ruissellement vers des zones non habitées ; Relogement temporaire des familles vivant au bord du ravin ; Campagne de sensibilisation à l’aménagement responsable et à la gestion des eaux.
Le rapport d’urgence actuellement en élaboration sera transmis au Ministre dès son retour à Kinshasa, pour mobiliser des ressources financières et lancer les travaux de stabilisation incessamment.
Depuis sa nomination à la tête des Infrastructures et Travaux Publics, John Banza Lunda a fait de la lutte contre les érosions une priorité nationale.
Il a initié un répertoire général des sites d’érosion prioritaires à Kinshasa, afin de coordonner les interventions et d’éviter les actions isolées ou redondantes.
Cette approche s’inscrit dans le Programme de Développement Local des 145 Territoires et les Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment ceux relatifs à la résilience urbaine et à la sécurité environnementale.
« Le Ministre Banza Lunda a une vision claire : il ne s’agit pas seulement de réparer, mais de prévenir.
Les travaux qui seront lancés à Djelo Binza s’inscriront dans une logique durable »,
confie un membre de son cabinet.
Le ministère des ITP travaille en étroite collaboration avec la Ville de Kinshasa, le Fonds d’entretien routier (FONER) et le Bureau Central de Coordination (BCECO), afin d’assurer la bonne exécution des projets et le suivi technique sur le terrain.
Selon les autorités locales, plus de 30 maisons ont déjà été emportées par cette tête d’érosion depuis son apparition. Certaines familles vivent désormais dans des conditions précaires, hébergées par des proches ou dans des écoles. Le drame humain s’ajoute au désastre matériel, amplifiant le sentiment d’abandon ressenti par les riverains.
Sur le terrain, les habitants ont accueilli la mission avec une joie mêlée d’espoir et de prudence.
Beaucoup disent avoir vu défiler des promesses dans le passé sans résultat concret.
Mais cette fois, la présence effective d’une délégation ministérielle et d’ingénieurs a ravivé la confiance.
« Cela fait plus de vingt ans que nous souffrons dans l’indifférence.
Si cette mission aboutit, ce sera un grand soulagement pour nos familles »,
déclare Jean-Pierre Mbayo, père de six enfants, dont la maison se trouve à seulement cinq mètres du ravin.
Pour d’autres, comme Mama Pauline, vendeuse au marché Delvaux, l’érosion a détruit le peu qu’ils avaient. « Mon étal a été emporté par les eaux l’année passée, raconte-t-elle. Nous vivons dans la peur à chaque pluie, car les maisons s’écroulent les unes après les autres. Nous espérons que cette fois le gouvernement va vraiment agir. »
Cette initiative du ministre John Banza s’inscrit dans la continuité de la politique gouvernementale axée sur la modernisation des infrastructures et la réduction des risques naturels. Plusieurs projets pilotes de lutte anti-érosive sont déjà en cours d’exécution à Mont-Ngafula, Kisenso et Selembao. Le gouvernement entend doter chaque commune de plans locaux de drainage et d’aménagement d’ici 2026.
Alors que la pluie menace à nouveau Kinshasa, le gouvernement doit agir vite pour éviter que la tragédie ne s’aggrave.
La mission dépêchée par le Ministre John Banza marque une étape importante, mais elle devra être suivie d’actions concrètes et durables.
L’érosion de Djelo Binza, comme tant d’autres dans la capitale, rappelle l’urgence d’une politique urbaine planifiée et résiliente face aux défis environnementaux.
En attendant le début effectif des travaux, les habitants de Delvaux retiennent leur souffle, espérant que cette fois-ci, la promesse du changement se traduira enfin par des actes.
Les spécialistes insistent aussi sur la nécessité de sensibiliser la population à ne pas construire dans les zones à risque et à éviter de boucher les caniveaux avec des déchets. Car au-delà des interventions techniques, la lutte contre l’érosion passe aussi par un changement de comportement collectif.
Esaïe Vumi objectif DK TV