« Immersion historique à Kinshasa : le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo visite l’exposition « Mobutu : Une vie, un destin »

Ce mardi 28 octobre 2025, en début d’après-midi, le président de la République de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, s’est rendu au cœur de Kinshasa pour visiter l’exposition intitulée « Mobutu : Une vie, un destin » organisée au sein du Musée national de la RDC, situé non loin du Palais du Peuple dans la commune de Lingwala.

Cette manifestation culturelle, orchestrée à l’initiative de la famille du second président du Zaïre, maréchal Mobutu Sese Seko Kuku N’gendu Wa Za Banga, entend proposer une relecture nuancée et documentée de son parcours — politique, personnel et symbolique —, afin de contribuer à une mémoire collective renouvelée.

Arrivé au musée national, le chef de l’État était accompagné de Nzanga Mobutu Ngbangawe, fils biologique et idéologique de l’ancien président. Ensemble, ils ont parcouru les deux niveaux de l’exposition — le hall d’entrée et la mezzanine — mêlant photographies, archives, objets emblématiques et témoignages.

Le Musée national, inauguré en 2019, est devenu en quelques années un haut lieu de la mémoire et du patrimoine congolais. Il accueille régulièrement des expositions historiques et artistiques. Celle consacrée à Mobutu est la première de cette ampleur à y être organisée depuis son ouverture, confirmant la vocation du musée à être non seulement un espace d’exposition, mais aussi un lieu de dialogue avec l’histoire du pays.

Dans son allocution et l’inscription laissée sur le livre d’or de l’exposition, Félix Tshisekedi a salué cette démarche comme « une Nation congolaise redécouvrant un chapitre méconnu de son histoire, incarné par la figure du président Mobutu, symbole de l’union nationale, de l’affirmation de notre souveraineté et de la valorisation de nos racines culturelles authentiques ».

Dans son message consigné au livre d’or, le président Tshisekedi a écrit :
« Ce moment de mémoire nous rappelle que chaque époque de notre histoire a ses enseignements. La nation se construit dans la continuité, jamais dans l’effacement. »

Pour la famille Mobutu, cette exposition représente un moment d’émotion et de fierté. Nzanga Mobutu, présent aux côtés du chef de l’État, a déclaré :
« Notre souhait est que les Congolais découvrent l’homme dans sa globalité, pas seulement le dirigeant qu’ils ont connu par les récits officiels. Mobutu a été un père, un bâtisseur, un patriote. Cette exposition est un acte de mémoire et de transmission. »
D’autres membres de la famille, dont Godeliève et Manda Mobutu, ont également participé à la conception du projet et à la mise à disposition d’archives familiales inédites.

L’ambition de « Mobutu : Une vie, un destin » dépasse la simple rétrospective. Organisée dans un esprit d’immersion, elle entend devenir « un espace de mémoire collective et de réflexion », particulièrement adressé à la jeunesse congolaise, souvent héritière d’une histoire éclatée ou méconnue.

Les organisateurs ont voulu mettre en lumière « une autre facette » de Mobutu — loin de l’image strictement dictature véhiculée internationalement — en confrontant les archives publiques et privées, les objets personnels et les traces d’un pouvoir de plus de trois décennies.

Parmi les éléments présentés, on relève des photographies rares, des objets symboliques (comme des sièges ou trônes), des bustes, des monnaies anciennes, des articles de presse d’époque, rendant tangible un univers souvent évoqué mais peu exploré de façon exhaustive.

Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par un grand portrait du Maréchal en uniforme léopard, sur fond de drapeau zaïrois. Des vitrines exposent ses lunettes emblématiques, des objets militaires, des décorations, et des documents signés de sa main. Une ambiance sonore, faite de discours d’époque et de musique zaïroise, accompagne le parcours.

L’exposition a également attiré l’attention des chancelleries étrangères et des institutions culturelles partenaires du Musée national. Des représentants de l’Union européenne, de l’UNESCO et de plusieurs ambassades africaines ont salué cette initiative qui “réhabilite la mémoire historique africaine” et prouve que “le Congo n’a pas peur de revisiter ses figures passées pour mieux se projeter dans l’avenir”.

Le parcours de Mobutu, de son accession à la tête de l’État zaïrois en 1965 jusqu’à sa chute en 1997, est marqué par des contradictions : construction d’un État, authenticité culturelle, autoritarisme, patrimonialisation du pouvoir, stagnation économique, et exil. L’exposition propose une lecture élargie de ces éléments pour encourager la réflexion plutôt que le jugement univoque.

Cet effort de mise en perspective arrive dans un contexte congolais où la mémoire nationale reste parfois fragmentée : l’exposition peut contribuer à combler les blancs pour les nouvelles générations. Elle propose non seulement de revisiter, mais aussi de questionner l’héritage de la période mobutiste.

En visitant l’exposition, le président Tshisekedi a implicitement reconnu cette dynamique : « … la Nation congolaise redécouvre un chapitre méconnu de son histoire… ».

Né en 1930 à Lisala, Joseph-Désiré Mobutu accède au pouvoir en 1965 après avoir renversé Joseph Kasa-Vubu. Il rebaptise le pays « Zaïre » et impose une idéologie de l’authenticité visant à valoriser les racines africaines. Si son règne a été marqué par une stabilité politique et une forte identité nationale, il a aussi été terni par des dérives autoritaires, la personnalisation du pouvoir et la corruption. En 1997, chassé par la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, Mobutu s’exile au Maroc où il meurt la même année.

À l’instar d’autres figures emblématiques du continent comme Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire ou Nyerere en Tanzanie, Mobutu a laissé une empreinte ambivalente : celle d’un bâtisseur d’État et d’un dirigeant autoritaire. Cette exposition permet de replacer le Zaïre dans la grande histoire postcoloniale africaine, où chaque nation cherche encore à concilier mémoire et modernité.

Un fait marquant : l’accent mis sur les jeunes visiteurs. L’exposition ne s’adresse pas uniquement aux historiens ou aux anciens de l’époque, mais vise consciemment les jeunes Congolais afin qu’ils puissent mieux appréhender une période-clé de leur pays, souvent réduite à quelques clichés.

L’artiste congolais Lokua Kanza, présent à l’exposition, a salué ce projet en tant que tuteur de mémoire pour une génération : « Ça me rappelle mon enfance et surtout ma jeunesse… », confia-t-il.

Cet angle jeunesse renforce l’idée que l’exposition sert aussi de passerelle intergénérationnelle : comprendre le passé pour mieux appréhender l’avenir.

Plusieurs visiteurs interrogés sur place ont salué une initiative « courageuse ». Pour Grâce, étudiante en histoire à l’UNIKIN, « voir les objets, les discours et les symboles de l’époque permet de comprendre que Mobutu n’a pas été qu’un dictateur, mais aussi un bâtisseur de l’unité nationale ».
D’autres, plus critiques, estiment que « le devoir de mémoire ne doit pas virer à la glorification ». Selon le politologue Crispin Mbuyi, « l’histoire doit être racontée sans complaisance, pour en tirer des leçons, pas pour réhabiliter des pratiques révolues ».

La présence du chef de l’État à l’exposition revêt un symbolisme fort. Visiter un hommage à Mobutu aujourd’hui, c’est faire le constat que le temps de l’objectivité historique est en train de mûrir. Cela peut également être interprété comme un geste de réconciliation — ou du moins de dialogue — vis-à-vis d’une période qui reste sensible dans l’imaginaire congolais.

Le lieu choisi — le Musée national, proche du Palais du Peuple — amplifie ce message : la mémoire nationale n’est pas reléguée à une marge culturelle, mais entre au cœur de l’espace civique et politique.

En se rendant personnellement à une exposition dédiée à un ancien dirigeant controversé, Félix Tshisekedi envoie aussi un message politique fort. Dans un pays où la mémoire nationale reste éclatée entre les héritages de Lumumba, Mobutu, Kabila et Tshisekedi père, ce geste traduit une volonté de réconciliation historique. Pour certains observateurs, il s’agit d’un signal d’ouverture : reconnaître les apports, sans occulter les erreurs, afin de construire une mémoire nationale apaisée.

D’après les sources, l’exposition « Mobutu : Une vie, un destin » a été inaugurée à mi-octobre et est prévue jusqu’à la fin du mois, soit jusqu’au samedi 30 octobre 2025.

Les visiteurs ont donc une courte fenêtre pour venir découvrir les archives, objets et réflexions proposées. Il est recommandé de profiter de cette période pour observer les panneaux explicatifs, participer aux éventuels débats organisés et se confronter au dialogue entre le passé et le présent.

Le président a visité chaque section, notamment les objets personnels de Mobutu — comme des trônes, monnaies, bustes — ce qui témoigne de la volonté de matérialiser l’ère dans ses détails.

La signature sur le livre d’or a été l’un des temps symboliques : Félix Tshisekedi y a validé implicitement l’importance de l’opération mémoire.

Le ton utilisé a été celui de la redécouverte et de la reconnaissance, non de la culpabilisation ou de l’oubli. Il s’agit d’une « relecture nuancée et documentée », selon les termes officiels.

Ce type d’exposition soulève plusieurs questions :

Comment la mémoire d’un régime longtemps qualifié d’autoritaire peut-elle être traitée de façon équilibrée dans un contexte démocratique ?

Quel est le rôle de l’État, de la famille ou du musée pour garantir que la mémoire soit partagée, critique et constructive ?

Comment les jeunes, qui n’ont pas vécu cette période, peuvent-ils s’approprier cette histoire pour se projeter dans l’avenir ?

Enfin, quelle sera la postérité de cette exposition ? Va-t-elle inspirer d’autres initiatives de mémoire ou être simplement un instant isolé ?

L’initiative offre donc plus qu’un simple retour dans le temps : c’est une invitation à la réflexion sur la nation, l’identité, les trajectoires politiques et la transmission. Pour l’équipe organisatrice, il s’agira de prolonger l’impact en dehors des murs du musée — notamment par des débats, publications ou visites scolaires.

En décidant de visiter l’exposition « Mobutu : Une vie, un destin » ce mardi après-midi à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a marqué un moment symbolique : celui d’un pays qui ose regarder son histoire en face, avec ses multiples facettes.

L’exposition, riche en archives et en objets, permet de revisiter un chapitre complexe de la RDC – ou plutôt de l’ancien Zaïre – à travers un prisme d’analyse, de mémoire et de transmission. Elle s’adresse à tous, mais notamment à la jeunesse congolaise, invitée à s’approprier un héritage souvent laissé de côté.

Dans un contexte national où l’histoire reste parfois fragmentée, cette initiative apparaît comme une invitation à la conscientisation collective. Aujourd’hui plus que jamais, comprendre l’histoire — dans toutes ses dimensions — est un pas vers la construction d’un avenir partagé.

Il reste quelques jours pour découvrir cette exposition : une raison de plus de se rendre au Musée national de Kinshasa avant sa clôture le 30 octobre 2025.

Cette visite présidentielle illustre la volonté du pouvoir actuel de revisiter l’histoire nationale sans tabou. Elle ouvre également un débat sur la mémoire collective en RDC : peut-on évoquer Mobutu sans passion ni rejet ? L’exposition « Une vie, un destin » aura eu le mérite de remettre la conversation au centre du dialogue national. Le regard de la jeunesse dira, sans doute, si cette relecture marque un tournant dans la manière dont la RDC raconte son passé.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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