
Alors que la RDC continue de s’imposer comme l’un des pays les plus riches en ressources naturelles du continent africain, la question de la gestion transparente des revenus miniers demeure cruciale. Dans un contexte mondial de lutte contre l’évasion fiscale, le gouvernement congolais multiplie les initiatives pour assainir ce secteur stratégique. C’est dans cet esprit qu’a été lancée la conférence de haut niveau sur les flux financiers illicites…

Ce mercredi 29 octobre 2025, à Kinshasa, la République démocratique du Congo (RDC) a franchi une étape significative dans sa lutte contre les flux financiers illicites liés au secteur minier. Sous le haut patronage du Ministère des Finances de la RDC et de son ministre, Doudou Fwamba Likunde Li‑Botayi, une « Conférence de haut niveau sur les flux financiers illicites d’origine commerciale dans le secteur minier » a été inaugurée au Centre financier de Kinshasa, en partenariat avec la coopération allemande (GIZ).
Cette rencontre s’inscrit dans la mise en œuvre de la vision du président Félix‑Antoine Tshisekedi Tshilombo visant à faire de la richesse minière nationale un moteur de développement durable et équitable.
Qu’entend-on par « flux financiers illicites » ?
Selon la Banque africaine de développement, les flux financiers illicites (FFI) désignent les mouvements de capitaux sortant illégalement d’un pays vers un autre. Ils résultent souvent de la sous-facturation des exportations, de la surfacturation des importations, du blanchiment d’argent ou de l’évasion fiscale. En Afrique, on estime que plus de 88 milliards USD s’échappent chaque année sous forme de FFI.
Le secteur minier est le pilier de l’économie de la RDC. Selon les autorités, il représente plus de 90 % des exportations nationales. Toutefois, ce secteur reste également vulnérable aux pratiques d’évasion fiscale, de sous-facturation, de transfert illicite de bénéfices et de blanchiment de capitaux. Face à cela, le gouvernement a qualifié les flux financiers illicites (FFI) d’origine commerciale comme l’un des « principaux freins à la mobilisation des ressources internes ».
Le ministre Fwamba a rappelé : « Chaque dollar perdu est un enfant privé d’éducation, un centre de santé non équipé, une route non achevée. »
La lutte contre les flux financiers illicites en RDC ne date pas d’hier. Déjà en 2022, le pays avait adhéré à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), s’engageant à publier régulièrement les revenus issus du secteur minier. En 2023, une série d’audits menés par la Cour des comptes et l’Inspection générale des finances (IGF) avait révélé des irrégularités dans la déclaration des exportations minières, renforçant la nécessité d’un mécanisme de contrôle renforcé. La conférence actuelle s’inscrit donc dans la continuité de ces efforts de transparence et de réforme structurelle.
Cette conférence de trois jours (29 – 31 octobre 2025) poursuit plusieurs objectifs :
Renforcer la traçabilité des transactions commerciales dans le secteur minier.
Lutter contre l’évasion fiscale, l’érosion de la base d’imposition, et les transferts illicites de bénéfices.
Favoriser le retour des capitaux illicites au pays, pour qu’ils soient investis au service du développement national.
Élaborer une feuille de route nationale pour la réforme profonde du secteur minier et financier.
« Nous voulons rompre avec la culture de l’opacité qui a longtemps affaibli notre économie », a déclaré Doudou Fwamba, précisant que « chaque transaction minière doit désormais être traçable, de l’extraction jusqu’à l’exportation ».
Pour l’ambassadeur d’Allemagne en RDC, “la coopération internationale ne peut réussir que si la transparence devient la norme et non l’exception.”
La cérémonie inaugurale a rassemblé un panel de hautes personnalités : le président de la Commission ÉCOFIN de l’Assemblée nationale, les vice-ministres des Finances et du Budget, l’ambassadeur d’Allemagne en RDC, les directeurs des trois régies financières (Direction générale des impôts (RDC) – DGI, Direction générale des douanes et accises (RDC) – DGDA, Direction générale des recettes administratives, domaniales et de participations (RDC) – DGRAD), ainsi que le directeur-pays de la GIZ.
La coopération internationale y tient une place importante, notamment à travers l’appui technique et financier apporté par l’Allemagne et l’Union européenne.
La coopération allemande à travers la GIZ (Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit) joue un rôle clé dans la mise en œuvre du programme de transparence financière. Elle accompagne le gouvernement congolais dans la modernisation des systèmes fiscaux et la formation des agents des régies financières. L’Allemagne, partenaire privilégié de la RDC, soutient également la numérisation des services douaniers et la mise en place de plateformes d’échange de données sécurisées entre administrations publiques.
Le ministre Fwamba a profité de l’évènement pour rappeler les réformes déjà mises en œuvre :
La stratégie nationale de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
La création du Comité national de mise en œuvre des sanctions financières ciblées (CONASAFIC), pour renforcer la surveillance et sanctionner les acteurs impliqués dans les FFI.
La signature, en septembre 2024, de conventions fiscales internationales afin de lutter contre l’érosion de la base d’imposition et les transferts de bénéfices.
L’installation d’une « Unité opérationnelle d’échanges d’informations fiscales », destinée à se connecter aux 171 juridictions membres du Forum mondial de l’OCDE sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales. Cet outil est qualifié de « crucial » pour accéder aux informations internationales permettant de détecter les pratiques frauduleuses.
Le gouvernement congolais mise désormais sur la digitalisation pour réduire les zones d’opacité. Un système intégré de suivi des transactions minières est en cours de déploiement, reliant les services de la DGI, de la DGDA et de la DGRAD. Cette plateforme permettra de détecter automatiquement les incohérences entre volumes exportés et taxes payées. À terme, elle facilitera la publication en ligne des données minières, conformément aux standards de transparence promus par l’ITIE.
La mise en œuvre de cette conférence et des reformes vise à restaurer la confiance dans la gouvernance financière du pays, à mobiliser davantage de recettes internes et à orienter la richesse minière vers des investissements en faveur de la population. Comme l’a souligné le ministre : la lutte contre les flux illicites est un choix de souveraineté nationale.
Toutefois, plusieurs défis persistent :
L’informalité du secteur minier artisanal et à petite échelle demeure un foyer de vulnérabilités fiscales et financières.
Le manque d’infrastructures adéquates pour la traçabilité et la gestion numérique des transactions minières.
Le besoin de coordination accrue entre les acteurs publics, le secteur privé et la société civile, pour que les engagements soient traduits en actes concrets.
La nécessité de sanctions effectives et d’un suivi rigoureux des engagements internationaux de transparence.
Les experts du ministère des Finances estiment que si les mesures annoncées sont pleinement appliquées, la RDC pourrait récupérer plusieurs centaines de millions de dollars par an, aujourd’hui perdus dans les circuits parallèles. Ces fonds permettraient de financer les priorités nationales, notamment la gratuité de l’enseignement primaire, l’amélioration du réseau routier et la réhabilitation des hôpitaux publics.
Selon la GIZ, la traçabilité complète des flux miniers favoriserait également la confiance des investisseurs et la compétitivité du pays sur le marché international des métaux stratégiques, comme le cobalt ou le cuivre
Au terme de la conférence, le gouvernement s’attend à l’adoption d’une « Déclaration de Kinshasa » qui fixera des engagements concrets et une feuille de route nationale de réformes.
À moyen terme, la traçabilité renforcée des transactions minières permettra :
D’augmenter les recettes publiques tirées du secteur extractif.
De faire converger l’exploitation minière avec les objectifs de développement (éducation, santé, infrastructures).
D’accroître l’attractivité du pays pour les investisseurs qui exigent transparence et bonne gouvernance.
Plusieurs experts économiques saluent cette initiative, estimant qu’elle pourrait permettre au pays de récupérer une partie importante des capitaux perdus. Pour M. Jean-Pierre Lumumba, analyste fiscal, “la clé du succès réside dans l’application stricte des lois existantes et la transparence des contrats miniers”.
De leur côté, certaines ONG plaident pour une implication accrue de la société civile afin de garantir un suivi indépendant du processus.
La RDC n’est pas isolée dans ce combat. À travers l’Union africaine, plusieurs États membres ont signé la Déclaration de Lusaka sur la lutte contre les flux financiers illicites en Afrique. De plus, la Banque mondiale et la CEA (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique) accompagnent la mise en place de cadres régionaux de coopération fiscale. En renforçant sa législation et ses outils de traçabilité, la RDC aspire à devenir un modèle en matière de bonne gouvernance minière sur le continent.
Doudou Fwamba, l’homme du renforcement de la gouvernance financière
Économiste de formation et spécialiste des réformes fiscales, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi s’est imposé comme l’un des artisans de la rigueur budgétaire sous le mandat de Félix Tshisekedi. À la tête du ministère des Finances depuis 2023, il a fait de la transparence et de la mobilisation des recettes internes ses priorités absolues. Sous sa conduite, plusieurs réformes majeures ont été lancées, dont la rationalisation des dépenses publiques et la modernisation des régies financières.
En lançant aujourd’hui cette grande conférence, la RDC affiche son ambition d’ériger la transparence et la bonne gouvernance au cœur de son secteur minier. Le ministre Doudou Fwamba et son équipe ont clairement fait savoir que les flux financiers illicites ne seront plus tolérés comme frein au développement. La route sera sans doute longue et semée d’embûches, mais le signal envoyé est fort : la République démocratique du Congo entend transformer ses richesses minières en levier de prospérité partagée, dans le respect des standards internationaux.
Pour les acteurs de la société civile, du secteur privé ou des partenaires techniques, l’heure est à la vigilance et à la collaboration : les engagements doivent désormais se traduire par des résultats tangibles.
En définitive, la lutte contre les flux financiers illicites n’est pas seulement une affaire économique, mais aussi un combat pour la justice sociale et la souveraineté nationale. La RDC, forte de ses ressources, a désormais la responsabilité d’en faire un levier de développement inclusif, au bénéfice de tous ses citoyens. Si les engagements pris à Kinshasa se concrétisent, le pays pourrait devenir un modèle africain en matière de transparence minière.
Esaïe Vumi objectif DK TV