
« Plus de 150 chefs coutumiers venus des 26 provinces de la RDC ont pris part à ce forum, représentant diverses entités traditionnelles, y compris des royaumes, chefferies et groupements. » « Le dîner officiel a eu lieu ce mardi 4 mars 2026, en marge des travaux du Forum National des Affaires coutumières. » les échanges entre le Président de la République, Félix Tshisekedi, et les autorités coutumières de la République démocratique du Congo se sont poursuivis ce mardi à Kinshasa, en marge des travaux du Forum National des Affaires coutumières. La rencontre s’est tenue au chapiteau du Palais du Peuple, à l’occasion d’un dîner officiel offert par le Chef de l’État en l’honneur des chefs traditionnels venus de différentes provinces du pays.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité du dialogue engagé entre les institutions de la République et les structures coutumières, considérées comme un pilier essentiel de la cohésion sociale et de la stabilité nationale.
Un cadre d’échanges au sommet de l’État
Le Forum National des Affaires coutumières réunit des chefs coutumiers, des notables traditionnels ainsi que des représentants institutionnels autour des questions liées à la reconnaissance, à l’organisation et à la valorisation du pouvoir coutumier en RDC. La poursuite des discussions avec le Chef de l’État traduit la volonté du gouvernement de renforcer la place des autorités traditionnelles dans l’architecture institutionnelle du pays.
Au cours de ce dîner, les échanges ont porté sur plusieurs thématiques majeures : la sécurisation des terres coutumières, la gestion des conflits communautaires, la transmission des valeurs traditionnelles, ainsi que la collaboration entre l’administration publique et les entités coutumières.

La reconnaissance du rôle stratégique des chefs coutumiers
Dans son intervention, le Président Félix Tshisekedi a salué le rôle historique et sociétal des autorités coutumières dans la préservation de l’identité culturelle congolaise. Il a rappelé que les chefs traditionnels constituent un maillon fondamental entre l’État et les communautés locales, notamment dans les zones rurales où l’administration publique reste parfois limitée.
Selon la Présidence, le Chef de l’État a insisté sur la nécessité de consolider l’unité nationale à travers un partenariat plus structuré avec les autorités coutumières. Il a également souligné que la paix durable passe par une meilleure intégration des mécanismes traditionnels de résolution des conflits dans les politiques publiques.
Le Président Félix Tshisekedi a pris la parole lors du dîner officiel pour saluer le rôle des autorités coutumières :
« Les chefs traditionnels sont le ciment de notre cohésion nationale. Votre rôle dans la paix et la stabilité de nos communautés est irremplaçable, et l’État s’engage à renforcer notre partenariat avec vous. »
De leur côté, plusieurs chefs coutumiers ont exprimé leurs attentes de manière claire. Le Chef coutumier de la province du Sud-Kivu a déclaré :
« Nous demandons que notre autorité soit reconnue par la loi et que nos terres coutumières soient protégées face aux conflits fonciers. Notre rôle dans la résolution des litiges et la transmission des valeurs traditionnelles doit être soutenu par l’État. »
Le chef coutumier de la province de l’Ituri a ajouté :
« La sécurité de nos communautés reste fragile. Nous souhaitons collaborer étroitement avec les autorités pour prévenir les conflits et garantir la paix dans nos villages. »
Ces interventions directes illustrent la volonté des participants de faire entendre leur voix tout en affirmant l’importance stratégique du pouvoir coutumier dans la gouvernance et le développement local.
Les attentes des autorités coutumières
De leur côté, plusieurs représentants coutumiers ont exprimé leurs préoccupations relatives à la reconnaissance juridique de leurs compétences, au respect des limites territoriales traditionnelles et à la gestion des ressources naturelles situées sur les terres coutumières.
Ils ont notamment plaidé pour :
Une clarification du cadre légal encadrant le pouvoir coutumier ;
Une meilleure représentation dans les instances consultatives nationales ;
La protection des terres coutumières face aux conflits fonciers ;
Un accompagnement institutionnel pour le développement communautaire.
Certains chefs ont également évoqué les défis sécuritaires auxquels font face leurs entités, en particulier dans l’est du pays, où les conflits armés fragilisent les structures traditionnelles et exacerbent les tensions communautaires.
Dans plusieurs provinces, les autorités coutumières ont joué un rôle déterminant dans la résolution de conflits locaux. Par exemple, dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, les chefs coutumiers ont réussi à désamorcer un litige foncier opposant deux communautés villageoises rivales, évitant ainsi l’escalade de violences qui aurait pu entraîner des pertes humaines.
Dans la province du Sankuru, les chefs traditionnels ont également mené des initiatives de médiation pour réguler les successions foncières, garantissant la transmission pacifique des terres et renforçant la cohésion sociale. Ces réussites démontrent que les mécanismes coutumiers, lorsqu’ils sont reconnus et soutenus par les autorités publiques, constituent un levier efficace pour la prévention des conflits et le maintien de la paix au sein des communautés locales.
Ces exemples concrets illustrent la capacité des autorités traditionnelles à agir comme intermédiaires entre les populations et l’État, contribuant à la stabilité et au développement local.
Un enjeu de gouvernance locale
La question coutumière en RDC demeure étroitement liée aux enjeux de gouvernance locale. Dans plusieurs provinces, les chefs traditionnels jouent un rôle déterminant dans la médiation des conflits, la gestion des successions, la régulation sociale et la préservation des coutumes.
Le Forum National des Affaires coutumières apparaît ainsi comme un espace de dialogue stratégique visant à harmoniser les relations entre l’État moderne et les structures traditionnelles. Les discussions en cours pourraient aboutir à des recommandations destinées à renforcer le cadre législatif et institutionnel régissant le pouvoir coutumier.
Une dimension politique et symbolique
Au-delà des aspects techniques, la tenue de ce dîner officiel revêt également une dimension politique et symbolique. En recevant les autorités coutumières dans un cadre officiel au Palais du Peuple, le Président de la République manifeste une reconnaissance formelle de leur légitimité et de leur importance dans la construction nationale.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte où la consolidation de l’autorité de l’État passe par l’implication de toutes les forces sociales et traditionnelles. Le pouvoir coutumier, enraciné dans l’histoire précoloniale du pays, demeure un vecteur d’influence majeur au sein des communautés locales.
Vers des réformes structurelles ?
Plusieurs observateurs estiment que les travaux du Forum pourraient déboucher sur des propositions concrètes de réforme. Parmi les pistes évoquées figurent :
La modernisation du statut des chefs coutumiers ;
La formalisation des mécanismes de collaboration avec les autorités administratives ;
Le renforcement des capacités des entités coutumières ;
L’intégration des autorités traditionnelles dans les stratégies de développement local.
Le gouvernement pourrait ainsi envisager une révision ou une adaptation de certaines dispositions légales afin de mieux encadrer les affaires coutumières, tout en respectant les spécificités culturelles propres à chaque province.
« Selon le Ministère de l’Intérieur, près de 70 % des litiges fonciers ruraux sont aujourd’hui traités par les chefs coutumiers, soulignant leur rôle stratégique dans la gouvernance locale. »
Un message d’unité nationale
Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et socio-économiques, la rencontre entre le Président de la République et les autorités coutumières envoie un message d’unité nationale. Elle témoigne d’une volonté de dialogue inclusif et de participation élargie à la gestion des affaires publiques.
Le Chef de l’État a, selon les informations relayées par la Présidence, encouragé les chefs traditionnels à continuer de promouvoir la paix, la cohésion sociale et le vivre-ensemble au sein de leurs communautés respectives. Il a rappelé que la stabilité du pays dépend en grande partie de la solidité du tissu social local.
Une dynamique appelée à se poursuivre
Les travaux du Forum National des Affaires coutumières devraient se poursuivre dans les prochains jours, avec l’élaboration d’un rapport final comportant des recommandations destinées aux autorités compétentes.
La poursuite des échanges lors du dîner officiel confirme l’importance accordée par les plus hautes autorités de l’État à la question coutumière. Elle illustre également une démarche visant à renforcer la collaboration entre tradition et modernité dans la gouvernance congolaise.
En consolidant le dialogue avec les chefs coutumiers, le Président Félix Tshisekedi cherche à inscrire son action dans une logique d’inclusion et de reconnaissance des identités culturelles, tout en poursuivant les réformes institutionnelles engagées.
Ainsi, cette rencontre au Palais du Peuple marque une étape supplémentaire dans la redynamisation du partenariat entre l’État congolais et les autorités traditionnelles, avec pour ambition affichée de contribuer à la paix, à la stabilité et au développement durable de la République démocratique du Congo.
Esaïe Vumi objectif DK TV