Modeste Bahati Lukwebo : « Si ceux qui ont 60 ou 50 ans ne sont pas matures, comment voulez-vous qu’une Constitution de 17 ans soit vieille ? »

Le premier vice président du Sénat de la République démocratique du Congo, Modeste Bahati Lukwebo, a récemment relancé le débat autour de la Constitution congolaise en réagissant aux discussions sur son éventuelle révision ou son remplacement. Dans une déclaration qui a rapidement fait réagir la classe politique et l’opinion publique, il a affirmé : « Si ceux qui ont 60 ou 50 ans ne sont pas matures, comment voulez-vous qu’une Constitution de 17 ans soit vieille ? ».

Cette prise de position intervient dans un contexte politique marqué par des discussions récurrentes sur l’avenir de la Constitution de la République démocratique du Congo, adoptée en 2006 à l’issue du processus de transition politique consécutif aux conflits armés et aux accords de paix qui ont marqué l’histoire récente du pays.

Un débat récurrent sur la Constitution de 2006

Depuis plusieurs années, la question de la révision ou du changement de la Constitution de 2006 revient régulièrement dans le débat politique congolais. Certains acteurs politiques estiment que ce texte fondamental ne correspond plus aux réalités actuelles du pays et qu’il mérite d’être révisé en profondeur, voire remplacé.

D’autres, en revanche, considèrent que la Constitution actuelle constitue un cadre juridique solide pour la gouvernance démocratique et que les difficultés rencontrées dans son application relèvent davantage du comportement des acteurs politiques que du contenu même du texte.

C’est dans ce contexte que la déclaration de Modeste Bahati Lukwebo prend tout son sens. En comparant l’âge de la Constitution à celui des individus, le président du Sénat semble vouloir souligner que la maturité d’un système politique ne dépend pas uniquement de l’âge d’un texte juridique, mais surtout de la manière dont il est appliqué.

Une métaphore pour défendre la stabilité institutionnelle

La phrase prononcée par Bahati Lukwebo s’apparente à une métaphore destinée à défendre l’idée que la Constitution congolaise n’est pas encore suffisamment ancienne pour être considérée comme dépassée.

En effet, à l’échelle des États modernes, plusieurs constitutions ont traversé des décennies, voire des siècles, tout en continuant d’organiser la vie politique. L’exemple souvent cité est celui de la Constitution américaine, adoptée en 1787 et toujours en vigueur aujourd’hui, bien qu’amendée à plusieurs reprises.

Pour le président du Sénat congolais, l’argument de l’âge ne peut donc pas, à lui seul, justifier un changement de la Constitution. Sa déclaration semble aussi rappeler que les institutions doivent d’abord être consolidées avant d’envisager des réformes profondes.

Des réactions contrastées dans la classe politique

La sortie médiatique de Modeste Bahati Lukwebo n’a pas tardé à susciter des réactions dans les milieux politiques et dans la société civile.

Certains responsables politiques ont salué une position qu’ils jugent prudente et responsable. Pour eux, le véritable défi de la République démocratique du Congo n’est pas de modifier la Constitution, mais de garantir son respect et son application effective.

Ils rappellent que plusieurs dispositions constitutionnelles, notamment celles relatives à la décentralisation, à l’indépendance de la justice ou encore au fonctionnement des institutions provinciales, ne sont pas encore pleinement mises en œuvre.

D’autres acteurs politiques, en revanche, estiment que le débat sur la Constitution ne doit pas être fermé. Selon eux, les transformations politiques, économiques et sociales que connaît la RDC pourraient justifier certaines adaptations du texte fondamental.

Le rôle du Sénat dans les questions constitutionnelles

En tant que président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo occupe une position institutionnelle stratégique dans le débat sur les réformes constitutionnelles.

Le Sénat constitue en effet l’une des deux chambres du Parlement congolais, aux côtés de l’Assemblée nationale. Toute modification de la Constitution doit passer par un processus législatif impliquant ces deux institutions, conformément aux dispositions prévues par le texte fondamental.

Dans ce cadre, la position exprimée par le président du Sénat peut être interprétée comme un appel à la prudence et à la réflexion approfondie avant toute initiative de réforme constitutionnelle.

Une question sensible dans l’histoire politique congolaise

Le débat sur la Constitution revêt une dimension particulièrement sensible en République démocratique du Congo. L’histoire politique du pays a été marquée par plusieurs changements constitutionnels, souvent liés à des périodes de transition ou de crise politique.

La Constitution actuelle a été adoptée en 2006 à la suite du référendum populaire organisé dans le cadre du processus de sortie de guerre et de reconstruction de l’État. Elle a instauré un système politique semi-présidentiel et un Parlement bicaméral, tout en consacrant plusieurs principes fondamentaux tels que la séparation des pouvoirs, la protection des droits et libertés fondamentaux et la décentralisation.

Depuis son adoption, certaines révisions ont déjà été opérées, notamment en 2011, ce qui démontre que le texte peut évoluer sans pour autant être totalement remplacé.

Entre stabilité et réformes

Pour de nombreux observateurs, la véritable question n’est pas de savoir si la Constitution est vieille ou non, mais plutôt si elle répond efficacement aux besoins de gouvernance du pays.

Dans ce sens, la déclaration de Modeste Bahati Lukwebo pourrait être interprétée comme une invitation à privilégier la stabilité institutionnelle. Dans un pays confronté à de nombreux défis, notamment sécuritaires, économiques et sociaux, la stabilité des institutions apparaît souvent comme un facteur essentiel pour garantir la continuité de l’État.

Cependant, les partisans des réformes constitutionnelles estiment que la stabilité ne doit pas empêcher l’adaptation des institutions aux réalités nouvelles.

Un débat appelé à se poursuivre

Quoi qu’il en soit, la déclaration du président du Sénat contribue à relancer un débat qui demeure central dans la vie politique congolaise.

Entre ceux qui prônent la préservation de la Constitution actuelle et ceux qui souhaitent son évolution, les discussions devraient se poursuivre dans les milieux politiques, académiques et au sein de la société civile.

Dans un État démocratique, les questions constitutionnelles ne peuvent être tranchées sans un large consensus national et sans un processus transparent impliquant l’ensemble des acteurs concernés.

En attendant, la phrase de Modeste Bahati Lukwebo — « Si ceux qui ont 60 ou 50 ans ne sont pas matures, comment voulez-vous qu’une Constitution de 17 ans soit vieille ? » — restera sans doute comme l’une des déclarations marquantes du débat actuel sur l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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