
En prélude à sa mission officielle dans la province du Kongo-Central, le Vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a marqué un arrêt solennel à Nkamba, Nouvelle Jérusalem, haut lieu spirituel de l’Église kimbanguiste. Cette halte, effectuée le dimanche 12 octobre 2025, s’inscrit dans le cadre d’un itinéraire soigneusement tracé avant le lancement de la campagne d’immatriculation biométrique des agents publics, opération annoncée pour ce lundi.

Cette visite — tant spirituelle que symbolique — témoigne du souci de l’autorité publique de conjuguer respect des traditions locales et mise en œuvre de réformes institutionnelles dans un contexte où le religieux occupe une place éminente dans la vie sociale et culturelle.
Jean-Pierre Lihau, figure montante du gouvernement Sama Lukonde, est reconnu pour ses réformes de modernisation de l’administration publique, notamment la rationalisation des effectifs, la digitalisation des services et la promotion du mérite. Sa présence au Kongo-Central s’inscrit dans la continuité de cette vision réformatrice, mais aussi dans une démarche d’écoute et de proximité avec les agents publics.
Lihau est arrivé à Nkamba, Nouvelle Jérusalem le dimanche 12 octobre 2025, en fin d’après-midi, où il a été accueilli par les fidèles et les responsables de l’Église kimbanguiste. Selon les témoignages relayés par les réseaux sociaux et les médias provinciaux, il s’est recueilli devant le tombeau de Papa Simon Kimbangu et a eu des échanges brefs avec les autorités religieuses locales.
Nkamba est, pour les kimbanguistes, le lieu d’origine du mouvement fondé par Simon Kimbangu à la première moitié du 20ᵉ siècle, et est souvent qualifiée de « Nouvelle Jérusalem ». Le site abrite le temple principal et les mausolées de Simon Kimbangu et de ses descendants. Cette dimension spirituelle confère au lieu une valeur symbolique forte dans l’implantation sociale du pouvoir dans la région.
L’hôte du jour n’a pas limité sa présence à un simple passage protocolaire : il a tenu à exprimer son respect envers l’héritage spirituel, a réaffirmé son attachement aux valeurs de paix, d’unité et de dignité, et souligné que l’État ne saurait ignorer l’âme de ses territoires. Cette visite s’inscrit dans une logique de dialogue entre l’autorité étatique et les composantes spirituelles du tissu social congolais.
Après son étape spirituelle, Jean-Pierre Lihau s’est dirigé vers Matadi, chef-lieu de la province du Kongo-Central, pour y lancer officiellement la campagne d’identification biométrique des agents publics de l’État auprès de la CNSSAP (Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics).
Selon les sources officielles du ministère de la Fonction publique, ce programme vise à recenser non seulement les agents en activité, mais aussi les retraités et rentiers, en vue de mieux organiser la prise en charge sociale (retraites, invalidité, survie) et de renforcer la transparence dans la gestion de la masse salariale provinciale.
Le lancement de cette opération correspond à une volonté affichée de moderniser l’administration publique, d’assainir les effectifs, de consolider la crédibilité de l’État auprès des agents et des citoyens. Le dispositif prévoit en outre la publication d’un annuaire alphabétique et numérique des fonctionnaires pour la province, fruit d’un travail de biométrie et d’identification rigoureux.
Le projet prévoit l’identification de plus de 15 000 agents de l’État dans la province du Kongo-Central. Chaque fonctionnaire recevra une carte biométrique dotée d’un identifiant unique, facilitant la gestion des salaires et la sécurité sociale. Cette base de données permettra d’éliminer les doublons, de mettre fin aux “agents fictifs” et d’améliorer la transparence dans la gestion des ressources humaines publiques
La stratégie adoptée est ambitieuse : permettre à chaque agent de s’authentifier via un portail numérique, vérifier sa conformité administrative et garantir une couverture sociale équitable.
- Confiance et légitimité
La brève incursion spirituelle à Nkamba permet au VPM d’afficher une latitude de gouvernance conciliatrice, respectueuse des institutions religieuses, ce qui revêt une importance non négligeable dans une province où la foi joue un rôle structurant. Cela peut renforcer sa légitimité dans l’œil des populations, en conjuguant autorité gouvernementale et humilité symbolique.
- Rationalisation de l’administration
L’immatriculation biométrique des agents publics vise à mettre fin aux doublons, aux recrutements fictifs (les « fantômes ») et à malversations liées à la masse salariale. Elle s’insère dans les réformes plus larges annoncées par le gouvernement en matière de modernisation de l’administration et de bonne gouvernance.
- Couverture sociale et justice administrative
Avec la CNSSAP comme instrument central, le gouvernement ambitionne d’assurer une meilleure protection aux agents publics : retraite, invalidité, survie. Pour beaucoup, c’est un gain tangible en termes de droits. Mais le défi sera de la mise en œuvre effective sur le terrain, en particulier en milieu rural ou dans les zones isolées.
Un représentant syndical local a salué l’initiative : « Depuis des décennies, nous demandons un système fiable. Cette biométrie redonnera confiance aux agents publics, à condition que le gouvernement assure un suivi sérieux. » Ces propos traduisent les attentes fortes de la base vis-à-vis de la réforme.
- Résistances et défis structurels
L’opération ne sera pas sans obstacles : retards logistiques, insuffisance d’infrastructures informatiques, résistance de certains agents non conformes ou irrégularités persistantes. Le contrôle, la sensibilisation et la formation locale seront des leviers essentiels pour la réussite de l’initiative.
Quelques réseaux sociaux et comptes institutionnels ont relayé des messages d’accueil chaleureux à Nkamba, saluant la démarche du Vice-Premier ministre. Le compte officiel de la Fonction publique a publié : « Bienvenu à Nkamba Nouvelle Jérusalem à son excellence Jean-Pierre Lihau Ebua, le cerveau d’État. »
Des vidéos circulant sur les plateformes montrent l’arrivée du VPM à Nkamba, sa marche dans l’enceinte du temple et des moments de recueillement devant le mausolée.
Par ailleurs, lors de son séjour à Matadi, des agents publics et des personnalités provinciales ont salué l’initiative, tout en appelant le gouvernement central à un appui renforcé en moyens logistiques.
Pour plusieurs fidèles rencontrés à Nkamba, la visite du Vice-Premier ministre revêt un caractère providentiel. « Lorsqu’un dirigeant vient à Nkamba avant une grande mission, cela signifie qu’il place son travail sous la bénédiction divine », a déclaré une croyante. Un autre fidèle a ajouté : « Nous prions que cette réforme porte des fruits pour tout le pays. »
Pour que cette opération ne reste pas une simple démonstration, plusieurs étapes critiques devront être suivies :
- Déploiement sur le terrain — chaque site administratif, chaque district, devra être équipé en dispositifs biométriques et relié au système central.
- Formation et sensibilisation — les agents doivent être accompagnés pour comprendre le processus, s’en approprier, et être rassurés sur la confidentialité de leurs données.
- Supervision et audit — un mécanisme indépendant doit assurer une supervision rigoureuse, pour contrer les fraudes et protéger l’intégrité des données.
- Suivi post-immatriculation — après la collecte, la vérification, la validation, l’intégration dans les systèmes sociaux (retraite, santé, etc.) devra se faire sans délai.
- Extension nationale — si le projet pilote au Kongo-Central est un succès, le modèle pourra être étendu aux autres provinces.
Des initiatives similaires ont été menées avec succès dans plusieurs pays africains, notamment au Rwanda, au Ghana et au Sénégal, où l’immatriculation biométrique a permis de réduire de 20 à 30 % les dépenses publiques. En s’inspirant de ces modèles, la RDC s’inscrit désormais dans la dynamique africaine de gouvernance numérique.
En posant le pied à Nkamba, Nouvelle Jérusalem, avant de lancer une réforme administrative, le Vice-Premier ministre Jean-Pierre Lihau a voulu associer symbolique spirituelle et exigence réformatrice. Le geste témoigne d’une stratégie subtile : inscrire l’action publique dans un tissu social enraciné, tout en affirmant une dynamique de modernisation et de justice pour les agents de l’État.
Mais la réussite de cette grandiose initiative dépendra bien moins de la symbolique que de l’efficacité concrète sur le terrain. Si le dispositif d’immatriculation biométrique fonctionne avec rigueur, transparence et inclusivité, il pourrait marquer un tournant dans la gestion de la fonction publique congolaise.
Reste à voir, au fil des mois, si l’esprit de Nkamba inspirera la constance administrative et le respect des droits que revendiquent les agents et citoyens.
Après le Kongo-Central, le Vice-Premier ministre prévoit d’étendre cette campagne à d’autres provinces, dont le Haut-Katanga et le Nord-Ubangi. L’objectif ultime est d’atteindre d’ici 2026 une base de données nationale unifiée de tous les agents de l’État, un pas décisif vers la modernisation complète de la fonction publique congolaise.
Esaïe Vumi objectif DK TV