
L’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo traverse une zone de turbulence mêlant tensions sociales et bras de fer politique. Si la tempête qui opposait depuis plusieurs mois les assistants parlementaires au Bureau de la chambre basse semble en voie d’apaisement après la satisfaction de leurs principales revendications, une autre menace plane désormais sur le président Vital Kamerhe : une pétition initiée par certains députés nationaux pour remettre en cause sa gestion.
Assistants parlementaires : un combat de longue haleine
Depuis plus d’un an, les assistants parlementaires, rouage discret mais essentiel du fonctionnement de l’Assemblée nationale, dénonçaient des manquements criants. À leurs yeux, le Bureau, installé en mai 2024, avait violé les dispositions du règlement intérieur, notamment son article 115, qui impose la nomination officielle des assistants aussitôt le bureau définitif installé.

En plus de cette absence de reconnaissance légale, une série d’injustices s’étaient accumulées : non-paiement de plusieurs mois de salaire (mars, avril, mai et décembre 2024), non-octroi du 13ᵉ mois, absence de couverture médicale, primes de session extraordinaire et de Congrès impayées, et manque de cartes de service les empêchant d’accéder librement au Palais du Peuple.
Cette accumulation avait fini par tendre les relations entre ces agents parlementaires et l’institution qu’ils servent, au point de menacer la sérénité des travaux de la chambre basse.
Sept revendications satisfaites sur huit
Face à la pression, le Bureau de l’Assemblée nationale, conduit par Vital Kamerhe, a annoncé le 13 septembre 2025 avoir répondu favorablement à sept des huit revendications des assistants.
La mesure la plus symbolique fut la nomination officielle des assistants parlementaires, désormais actée conformément à l’article 115. À cela s’ajoute l’engagement de régler les arriérés de salaires, le paiement des primes liées aux activités extraordinaires (Congrès et session spéciale de décembre 2024), l’octroi du 13ᵉ mois ainsi qu’une prise en charge médicale.
Même si le communiqué de la cellule de communication ne précise pas quelle est la seule revendication encore pendante, il insiste sur la volonté du Bureau de garantir un climat d’apaisement et de collaboration. Pour les assistants parlementaires, cette avancée représente une victoire d’étape, même si certains restent vigilants sur l’application concrète des engagements.
Vital Kamerhe, stratège ou pompier de service ?
En obtenant l’apaisement des assistants parlementaires, Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale depuis mai 2024, tente de se présenter comme un artisan du dialogue et de la stabilité institutionnelle. Il fallait éviter que la grogne sociale des assistants ne dégénère en une paralysie du travail parlementaire à la veille d’une rentrée politique chargée.
Mais cet acquis ne masque pas les autres foyers de tension. Car si Kamerhe a calmé les assistants, il fait face à une contestation autrement plus délicate : une pétition lancée par des députés nationaux pour contester sa gestion et demander sa destitution.
La pétition contre Vital Kamerhe : un signal politique fort
La pétition initiée contre Vital Kamerhe par certains députés nationaux s’inscrit dans un contexte de mécontentement latent au sein de l’hémicycle. Plusieurs parlementaires lui reprochent une gestion jugée autoritaire, des décisions unilatérales, ainsi que son rôle dans le traitement différencié des avantages liés aux députés et à leurs collaborateurs.
Ce n’est pas la première fois que le président de l’Assemblée est visé par ce type de manœuvre. Dans l’histoire récente du Parlement congolais, les pétitions ont souvent été utilisées comme instruments de pression politique plus que comme véritables outils institutionnels. Mais leur existence traduit une fragilité de l’autorité du président de la chambre basse, surtout dans un contexte où la coalition majoritaire est traversée par des rivalités internes.
Vital Kamerhe, acteur politique chevronné et ancien président de l’Assemblée au début des années 2000, n’ignore pas que la pétition constitue autant un test de sa légitimité que de sa capacité à maintenir l’équilibre au sein de la majorité parlementaire.
Les enjeux pour la majorité et pour Tshisekedi
L’affaire dépasse de loin la simple gestion des assistants parlementaires. Elle met en lumière la fragilité du consensus politique au sein de l’Union sacrée de la Nation, la plateforme soutenant le président Félix Tshisekedi.
Kamerhe, considéré comme l’un des piliers de cette coalition, est censé garantir la stabilité de l’Assemblée et servir de relais entre le législatif et l’exécutif. Sa fragilisation par une pétition envoie donc un signal inquiétant au sommet de l’État.
D’autant que la contestation autour des assistants avait déjà exposé une image d’improvisation et de non-respect des textes, embarrassante pour une institution censée incarner la loi. En réglant ce dossier, Kamerhe a limité la casse, mais son autorité continue d’être contestée de l’intérieur.
Des assistants désormais dans l’attente de résultats concrets
Malgré l’annonce officielle du Bureau, beaucoup d’assistants parlementaires restent prudents. Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’obtenir des promesses, mais de voir des paiements effectifs et une véritable prise en charge.
La méfiance est d’autant plus grande que les engagements financiers de l’État congolais sont souvent retardés par des contraintes budgétaires. « Nous attendons de voir si nos arriérés seront réellement payés et si la couverture médicale promise sera mise en place. Ce n’est qu’à ce moment que nous pourrons parler d’une victoire totale », confie un assistant sous couvert d’anonymat.
Autrement dit, l’apaisement n’est peut-être que temporaire, et le Bureau devra encore démontrer sa bonne foi par des actes tangibles.
La situation des assistants parlementaires à l’Assemblée nationale ne peut être comprise sans replacer les événements dans le cadre politique et institutionnel plus large de la République démocratique du Congo. Ces assistants ne sont pas de simples fonctionnaires ; ils représentent le bras droit administratif et technique des députés, participant à la rédaction des projets de loi, à la recherche législative et à la coordination logistique des activités parlementaires. Leur efficacité conditionne directement le bon fonctionnement de l’institution, et toute tension à leur égard peut se traduire par un ralentissement ou un blocage des travaux parlementaires.
Le rôle de Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale depuis mai 2024, est central dans ce contexte. Kamerhe, figure politique majeure de l’Union sacrée de la Nation, est connu pour sa longue carrière au sein des institutions congolaises, ayant été tour à tour président de l’Assemblée nationale et directeur de cabinet du président de la République. Sa position lui confère un poids politique considérable, mais également une responsabilité accrue : il est tenu de maintenir l’équilibre entre les différentes factions de la majorité parlementaire et de garantir la stabilité institutionnelle de la chambre basse.
Dans le contexte de la RDC, où les tensions politiques et les rivalités intra-coalitionnelles sont fréquentes, la gestion des assistants parlementaires devient un baromètre de la légitimité et de l’autorité du président de l’Assemblée. Une mauvaise gestion ou une incapacité à répondre à leurs revendications peut rapidement se transformer en crise politique, donnant des arguments à ses opposants pour contester sa direction ou son influence.
Par ailleurs, l’initiative de la pétition contre Vital Kamerhe, déposée par certains députés, illustre cette fragilité institutionnelle. Elle met en lumière les rivalités internes et la complexité de la gouvernance parlementaire en RDC, où le président de l’Assemblée doit jongler entre maintien de l’ordre administratif, satisfaction des collaborateurs et gestion des ambitions politiques de ses pairs.
Enfin, ce contexte révèle un enjeu plus large : la nécessité pour la RDC d’instaurer des mécanismes clairs et transparents de protection des droits des collaborateurs parlementaires, afin d’éviter que des tensions internes ne paralysent l’action législative et n’affectent la crédibilité de l’institution auprès des citoyens. La question dépasse donc le cas des assistants et touche directement à la solidité de la gouvernance démocratique dans le pays.
La situation des assistants parlementaires à l’Assemblée nationale congolaise n’est pas un phénomène isolé et peut être mise en perspective avec des expériences similaires dans d’autres parlements africains et dans l’histoire récente de la RDC. Dans plusieurs pays de la région, comme le Kenya, le Nigéria ou l’Ouganda, les assistants parlementaires occupent un rôle central dans le fonctionnement de l’hémicycle, mais bénéficient généralement d’un cadre légal clair garantissant leur nomination, leur rémunération et leur couverture sociale. Là où ces garanties font défaut, des mouvements de protestation similaires à ceux observés en RDC ont été enregistrés, entraînant parfois des perturbations du travail parlementaire et des débats publics sur la transparence et la bonne gouvernance.
En RDC même, des précédents existent. Au cours des dix dernières années, plusieurs présidents de l’Assemblée nationale ont dû faire face à des revendications de leurs collaborateurs. En 2010 et 2015, par exemple, des assistants parlementaires avaient organisé des grèves internes et des pétitions pour dénoncer des retards de paiement ou des irrégularités dans la distribution des avantages liés aux sessions extraordinaires. Ces crises avaient alors obligé le Bureau de l’Assemblée à intervenir rapidement pour éviter le blocage des travaux législatifs et restaurer la confiance des collaborateurs.
Ces comparaisons montrent que la fronde actuelle contre Vital Kamerhe s’inscrit dans une logique récurrente : dès lors que le cadre institutionnel n’est pas appliqué ou que les droits des assistants ne sont pas respectés, la paralysie du travail parlementaire devient une menace concrète. Elles soulignent également l’importance d’établir des règles claires et exécutoires, non seulement pour protéger les collaborateurs, mais aussi pour maintenir la légitimité et l’efficacité de l’institution.
Ainsi, les expériences passées et les comparaisons avec d’autres parlements africains confirment que la résolution des revendications des assistants parlementaires est non seulement un impératif social, mais aussi un enjeu politique et institutionnel majeur.
Chronologie d’un bras de fer
20 mai 2024 : installation du Bureau définitif de l’Assemblée nationale, dirigé par Vital Kamerhe. Les assistants parlementaires attendent leur nomination officielle, qui tarde à venir.
2 janvier 2025 : déclaration publique des assistants dénonçant un traitement injuste, en violation des articles 115 et 69 du règlement intérieur.
Janvier 2025 : mobilisation accrue des assistants, avec publication de listes de revendications portant sur salaires, primes et avantages sociaux.
Début 2025 : des médias évoquent la pression exercée sur le Bureau, alors que certains députés s’associent à la cause des assistants.
Septembre 2025 : le Bureau annonce avoir satisfait sept des huit revendications et procède à la nomination officielle des assistants parlementaires.
Septembre 2025 : parallèlement, une pétition contre Vital Kamerhe est déposée par un groupe de députés, signe que la contestation politique ne faiblit pas.
Perspectives
L’avenir immédiat de l’Assemblée nationale dépendra de deux facteurs :
- La mise en œuvre effective des mesures promises aux assistants parlementaires, condition sine qua non pour restaurer une confiance durable.
- L’issue de la pétition contre Vital Kamerhe, qui pourrait soit se solder par un retrait faute de signatures suffisantes, soit fragiliser durablement son autorité s’il doit se défendre face à un vote.
Dans tous les cas, la rentrée parlementaire s’annonce décisive. L’apaisement avec les assistants ne doit pas faire oublier que le climat politique reste chargé, et que la légitimité du président de l’Assemblée est désormais un enjeu central.
En ce 13 septembre 2025, Vital Kamerhe a marqué un point en désamorçant la fronde des assistants parlementaires par un mélange de concessions et d’actes réglementaires. Mais sa victoire est relative. Derrière la façade d’apaisement, une pétition contre lui révèle les fissures au sein de la majorité et la fragilité de sa position à la tête de l’Assemblée.
Dans un pays où chaque crise sociale se transforme vite en bras de fer politique, le défi de Kamerhe sera désormais double : tenir ses promesses envers les assistants et résister à la fronde de ses propres collègues. Deux batailles qui, chacune à leur manière, conditionneront l’équilibre de la chambre basse et l’avenir de sa présidence.
En ce 13 septembre 2025, l’Assemblée nationale de la RDC a connu une avancée significative avec la satisfaction de sept des huit revendications des assistants parlementaires. La nomination officielle, le paiement des arriérés de salaires, l’octroi du 13ᵉ mois et la couverture médicale constituent des gestes concrets qui témoignent d’une volonté d’apaisement et de dialogue de la part du Bureau présidé par Vital Kamerhe. Ces mesures sont un signal positif pour le fonctionnement de l’institution, car elles permettent de restaurer la confiance des assistants, dont le rôle technique et administratif est indispensable au travail des députés et à la production législative.
Cependant, cette victoire reste partielle et fragile. La revendication non satisfaite rappelle que les tensions internes peuvent resurgir si les engagements ne sont pas pleinement appliqués. Parallèlement, la pétition déposée contre Vital Kamerhe par certains députés met en lumière les rivalités politiques et les défis de gouvernance au sein de la chambre basse. L’autorité du président de l’Assemblée reste donc sous surveillance, et la stabilité du Bureau dépendra autant de sa capacité à honorer ses engagements envers les assistants que de sa faculté à gérer les tensions politiques avec ses collègues parlementaires.
Au-delà de cette crise immédiate, la situation ouvre une réflexion plus large sur la gouvernance parlementaire en RDC. Elle souligne l’importance d’instaurer des mécanismes transparents et contraignants pour protéger les droits des collaborateurs parlementaires et prévenir les blocages institutionnels. Elle pose également la question de la responsabilité politique des dirigeants face aux tensions internes : comment concilier le respect des textes, la reconnaissance des collaborateurs et l’équilibre des forces au sein d’une majorité parlementaire souvent hétérogène ?
Enfin, cette affaire interpelle la société civile et les citoyens sur le fonctionnement de leurs institutions. Si même les assistants parlementaires, acteurs essentiels de la démocratie, doivent se battre pour faire respecter leurs droits, que dire des autres agents publics ou des populations qui attendent des services publics efficaces et justes ? La résolution de cette crise peut devenir un exemple positif si elle se traduit par une mise en œuvre rigoureuse des mesures promises et une gouvernance plus transparente. Mais elle pourrait aussi constituer un précédent inquiétant si les tensions persistantes ou la politisation des conflits internes devaient l’emporter sur l’intérêt général.
En somme, l’apaisement obtenu est une étape importante, mais il ne clôt pas le débat. L’Assemblée nationale, ses collaborateurs et ses dirigeants restent sous le regard attentif des citoyens, des médias et de l’histoire politique du pays. La manière dont cette crise sera définitivement résolue pourra servir de baromètre pour la crédibilité et l’efficacité future de la chambre basse, et plus largement, pour la consolidation d’une démocratie parlementaire solide en République démocratique du Congo.
Esaïe vumi objectif DK TV