
Le président congolais Félix Tshisekedi participe à Paris, du 29 au 30 octobre 2025, à une conférence internationale visant à restaurer la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs. Un rendez-vous diplomatique majeur qui replace la RDC au centre du jeu international.

Ce matin, le Président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, accompagné de la Très Distinguée Première Dame Denise Nyakeru, a foulé le sol français pour prendre part à la conférence internationale organisée à Paris du 29 au 30 octobre 2025, consacrée au soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs. Cette participation souligne l’importance accrue de la crise congolaise dans le débat géopolitique mondial.
Organisées conjointement par la France et le Togo — ce dernier intervenant en sa qualité de médiateur désigné par l’Union Africaine dans la crise à l’Est de la RDC — ces assises cherchent à mobiliser la communauté internationale autour d’une paix juste, durable et conforme au droit international.
Cette participation s’inscrit dans une série d’initiatives régionales et internationales engagées par le chef de l’État congolais pour mettre fin aux violences dans l’Est du pays et promouvoir un développement inclusif. Le voyage de Paris intervient après plusieurs rencontres bilatérales récentes avec les partenaires de la RDC, notamment les États-Unis et le Qatar.
Le choix de la RDC comme pays central de cette conférence traduit une prise de conscience : la crise sécuritaire à l’Est du pays s’est muée non seulement en drame humanitaire, mais aussi en question de stabilité régionale et d’engagement international. Le gouvernement français, dans son annonce de l’événement, mentionne clairement que l’un des objectifs est « de mobiliser la communauté internationale à répondre à l’urgence humanitaire en RDC orientale et dans la région ».
Selon un blog du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), plus de 5,9 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, et près de 27,7 millions ne disposent pas d’un approvisionnement alimentaire suffisant. Le contexte humanitaire brutal confère ainsi à la conférence un caractère d’urgence.
« La paix dans les Grands Lacs n’est pas seulement une question africaine, mais un impératif mondial », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères lors de la séance d’ouverture.
Cette conférence se place dans une logique de médiation internationale qui, jusqu’à présent, avait été menée par les États-Unis à Washington et par le Qatar à Doha. Paris entend s’aligner sur cette dynamique, tout en y apportant une nouvelle dimension : celle de l’intégration économique régionale et de la consolidation institutionnelle.
Le soutien français et togolais s’inscrit en complément de ces efforts, en réunissant à Paris un nombre important de dirigeants et acteurs internationaux. Un communiqué européen précise que la conférence est « co-organisée par la France et le Togo, qui est médiateur de l’Union Africaine, pour la région des Grands Lacs ».
La conférence de Paris intervient dans un contexte géopolitique tendu entre Kinshasa et Kigali, sur fond d’accusations de soutien du Rwanda au mouvement rebelle M23. De nombreux observateurs estiment que toute solution durable passera par un dialogue franc entre les deux pays, sous l’égide de l’Union africaine et de la Communauté d’Afrique de l’Est. Le Burundi et l’Ouganda, également membres de la région des Grands Lacs, ont eux aussi exprimé leur engagement à participer activement à la recherche de la paix régionale.
Pour la RDC, cette conférence représente une opportunité de faire entendre ses priorités :
D’abord, la question sécuritaire : l’Est du pays reste le théâtre d’actions de groupes armés, de déplacements massifs de populations et de violations des droits humains. Des ONG alertent sur le fait que « le renforcement de l’accès humanitaire et la localisation des acteurs de la société civile » sont désormais indispensables.
Ensuite, l’intégration économique régionale : dans un article du PNUD, on rappelle que « la RDC a rejoint la Communauté de l’Afrique de l’Est pour renforcer ses liens économiques, politiques et sociaux dans la région » et que des corridors comme « Kivu-Kinshasa » ou « Lobito » sont envisagés pour créer de la croissance.
Enfin, la justice et la reddition de comptes : plusieurs observateurs estiment que la paix ne sera pas durable sans que les abus, y compris les crimes de guerre, ne soient traités.
Kinshasa espère que ces discussions aboutiront à des engagements concrets, notamment sur le financement du programme de désarmement et réinsertion (P-DDRCS) et sur la relance des projets économiques transfrontaliers comme la route Goma-Gisenyi ou le corridor Lobito
Au-delà des aspects sécuritaires, la conférence entend poser les bases d’une coopération économique accrue. Des discussions portent sur la création d’un fonds régional pour le développement des infrastructures transfrontalières, la transformation locale des minerais stratégiques, et l’intégration du corridor « Lobito », reliant la RDC, la Zambie et l’Angola, dans le commerce international. Ces projets visent à transformer les ressources naturelles en leviers de stabilité économique.
La conférence marque également un repositionnement stratégique de la France sur la scène africaine. Face aux mutations géopolitique c’est pas ça qui ouaiss—changement des équilibres en Afrique, montée en puissance de nouveaux acteurs—Paris souhaite renforcer son rôle de facilitateur dans les crises africaines. L’enjeu de la conférence à Paris est autant diplomatique qu’humanitaire.
Un article publié récemment parle d’un « Paris seeking peace in the turmoil » à propos des Grands Lacs, évoquant la volonté française de reprendre la main dans un dossier longtemps jugé complexe.
Le Togo, dont le président du conseil est médiateur désigné de l’Union Africaine, joue un rôle central dans la préparation de ces assises. En tant que co-organisateur, il apporte la légitimité de l’Afrique dans un processus global qui ne peut pas se limiter aux seuls acteurs extra-continentaux.
Cette médiation inclut notamment les discussions entre la RDC et son voisin, la Rwanda, pour lesquelles des efforts ont déjà été entrepris à Washington et à Doha.
Lors de l’ouverture de cette conférence, plusieurs axes d’engagement ont été évoqués :
- Une mobilisation internationale accrue des financements d’urgence pour l’humanitaire et la reconstruction. Le PNUD insiste sur le fait que « chaque dollar investi dans la résilience est un énorme gain pour l’avenir ».
- Un plan de développement territorial qui associe infrastructures locales, gouvernance de proximité et participation citoyenne. Le PNUD précise que « lorsque les citoyens voient que l’État livre, la confiance est restaurée, la légitimité renforcée et la paix devient auto-entretenue ».
- Le renforcement de l’intégration économique régionale, via des corridors et des chaînes de valeur transfrontalières, permettant de transformer les zones de conflit en passerelles d’opportunités.
- La mise en avant de la justice transitionnelle et de mécanismes de reddition de comptes, pour donner du poids à la notion de paix « juste » et durable. Les ONG rappellent que la conférence doit « mettre la justice au cœur de son engagement ».
La participation de Félix Tshisekedi et de Denise Nyakeru à cette conférence revêt plusieurs dimensions symboliques et stratégiques. Symbolique, car elle montre que la RDC se présente comme un acteur responsable de sa propre reconstruction et de la paix dans sa région. Stratégique, car elle permet à Kinshasa de faire valoir ses priorités — accès humanitaire, intégration régionale, valorisation de ses ressources naturelles — au cœur d’un processus international.
En outre, cette présence marque une volonté de la RDC d’être davantage au centre des décisions la concernant, et non uniquement objet d’initiatives extérieures.
La délégation congolaise, conduite par le chef de l’État, comprend également le ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, le ministre du Plan, Judith Suminwa Tuluka, et plusieurs conseillers présidentiels. Selon une source diplomatique, la RDC entend défendre un plan en trois volets : sécurité, développement et gouvernance.
Tous les regards se tournent désormais vers la mise en œuvre des engagements de Paris. Pour la RDC, cette conférence pourrait marquer le début d’un nouveau chapitre, celui d’un pays qui aspire à transformer sa douleur en moteur de stabilité et de croissance pour toute la région.
Si les attentes sont élevées, les défis le sont tout autant :
Le vrai test sera l’implémentation des engagements pris à Paris. Une conférence ne suffit pas à elle-seule à transformer les dynamiques de terrain.
Pour l’Est de la RDC, l’accès humanitaire reste fortement entravé, les groupes armés continuent d’opérer, et la situation des populations déplacées demeure dramatique.
Le lien entre paix, prospérité et justice n’est pas automatique : sans mécanismes de reddition de comptes et de gouvernance, les accords risquent de rester lettre morte.
Enfin, la coordination entre acteurs internationaux, régionaux et locaux doit être renforcée pour éviter les doublons, les logiques de pouvoir cloisonnées ou l’inefficacité.
À l’aube de cette conférence internationale à Paris, la République démocratique du Congo est sous les projecteurs. Le Président Tshisekedi et la Première Dame Denise Nyakeru ont fait le déplacement pour faire entendre la voix congolaise à un moment diplomatique clé. Cette initiative, co-organisée par la France et le Togo, marque un tournant dans l’approche de la crise des Grands Lacs : elle n’est plus seulement un problème sécuritaire ou humanitaire local, mais un enjeu global de paix, de prospérité et d’intégration régionale.
La conférence du 29-30 octobre 2025 représente une fenêtre d’opportunité pour que les mots soient suivis d’actes, pour que l’engagement international se traduise en actions concrètes sur le terrain, et pour que la RDC transforme sa richesse géographique et humaine en moteur de stabilité. Le défi demeure immense, mais le signal diplomatique est clair : Kinshasa est au cœur du débat mondial.
Si la conférence de Paris parvient à transformer les promesses en actions tangibles, elle pourrait devenir un jalon historique pour la stabilité de la région. Mais les Congolais attendent désormais des résultats concrets : la fin des violences, le retour des déplacés et la reconstruction de l’Est du pays. Le monde observe, la RDC espère.
Esaïe Vumi objectif DK TV